‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 123 sur 217 · CHAPITRE XVIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIU

»> Oubliez les scènes affreuses dont vous avez été les témoins et » les victimes, pour vous livrer sans réserve aux doux sentiments de » fraternité et d*union, qui doivent caractériser les peuples libres et » les vrais républicains. »

Cette proclamation était Texpression la plus vraie des sentiments des sections victorieuses ; la loi, rien que la loi fut leur mot d'ordre.

Les Lyonnais s'étaient montrés grands et magnanimes à Theure du danger, ils furent sublimes après la victoire. Dans leurs ennemis vaincus ils ne virent que des frères, et, fidèles aux préceptes du Christ, ils s'empressèrent de rendre le bien pour le mal. Pleurant sur toutes les victimes , ils ne s'informèrent pas sous quels drapeaux elles avaient combattu, dans quels rangs elles étaient tombées, ils voulurent les réunir dans une seule pensée, comme elles allaient être ensevelies dans les mômes fosses. Us ouvrirent donc une liste de souscription en faveur des veuves et des orphelins que la guerre civile venait de faire; elles furent bientôt remplies, et parmi les noms qui s'inscrivirent pour des sommes considérables, on remarqua ceux que les vaincus avaient proscrits la veille. On eût dit que les Lyonnais voulaient se faire pardonner leur révolte, et justifier leur prise d'armes, par la générosité.

Les bataillons des communes éloignées arrivèrent, le 30 mai, au nombre de douze mille hommes, et au milieu du jour, faisant retentir les airs des cris de: Vivent les Lyonnais/ vivent les sections! Ivres de joie, ils portaient leurs chapeaux couronnés de branches vertes, et des fleurs d'églantier au bout de leurs fusils, de leurs faulx et de leurs fourches; mais bientôt ils baissèrent leurs armes pour se joindre silencieusement à un lugubre cortège. C'était l'heure des funérailles : les citoyens de Lyon consacraient le lendemain du combat à leurs frères qui manquaient au triomphe.

Cette cérémonie fut des plus imposantes. Pour la première fois, depuis longtemps, le catholicisme présida solennellement à cette fête des morts. Un prêtre fut appelé pour bénir les tombes qui devaient, engloutir tant de gloire et de dévouement.

Des hymnes religieuses remplacèrent les chants de la victoire, le sourd roulement des tambours enveloppés de crêpe noir se mêla au glas sinistre des cloches; la ville entière était en larmes. Des femmes, vêtues de longues robes de deuil, assistaient en pleurant à cette funèbre procession; des blessés se soutenant à peine la suivaient

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aussi. Toutes les sections en armes étaient accourues à ce rendezvous de mort ; Madinier et Gingeune, tous deux à cheval, conduisaient le cortège. On ne remarqua pas Tabsence des représentants du peuple. Un homme seul attira tous les regards : comme les autres, il était triste et rêveur; c'était le maire Bertrand, qu'on avait sorti de prison pour faire la reconnaissance des morts. Il fondit en larmes lorsqu'un des nouveaux commissaires, le citoyen Péricaud , lui dit au moment de l'absoute : Tu le vois y Bertrand, voilà ton ouvrage ! La journée du 29 mai comptait à Lyon deux cents morts et six cents blessés. Ce fut seulement alors que les deux commissaires, qui, pendant toute la durée du combat, avaient constamment paru blâmer la résistance des Lyonnais, feignirent d'approuver leurs efforts et leurs succès. Us firent plus encore, ils rendirent aux sections un éclatant et splendide hommage dans la proclamation qu'ils publièrent avant leur départ, les assurant qu'elles trouveraient en eux de justes et. d'éloquents interprètes auprès de la Convention nationale. Leur proclamation était ainsi intitulée :

Proclamation des représentants du peuple envoyés près l'armée DES ALPES, AUX CITOYENS DE LYON.

« Des avis alarmants sur la situation de Lyon et sur les dangers »' d'une contre-révolution, décidèrent les quatre représentants du »' peuple auprès de l'armée des Alpes, à faire passer dans cette ville >' une force armée qui devait en assurer la tranquillité et protéger » les propriétés nationales. Cette mesure a alarmé quelques sections; » les représentants du peuple ont cherché à les rassurer, et ils n'at- » tendaient pour la changer qu'à avoir des renseignements positifs » sur l'état de cette cité. Ils ont annoncé leurs dispositions à cet " égard; ils ont engagé tous les citoyens à la paix et à l'union; le " malheur a voulu que cette invitation n'ait pas réussi : ils ont re- » connu que les impressions qu'on leur avait données étaient fausses; » il leur est démontre que les sections ne désirent point une contre-ré- »> volution^ qu'elles sont au contraire animées de patriotisme et de sen* » timents républicains; mais qu^ elles provoquaient tine prompte répa- » ration des griefs et des abus dont elles avaient à se plaindre,

' Les représentants du peuple se sont, en conséquence, hâtés de

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