CHAPITRE XVHI
« se réunir au département et de donner ensemble les ordres ten- » dants à faire cesser Teffusion du sang.
" Citoyens, vos opinions, vos cœurs sont maintenant connus; les " inculpations dirigées contre vous, par des personnes qui étaient » accréditées par leurs fonctions, sont fausses. Les représentants du » peuple s'empressent de le publier ; ils regretteront longtemps que » cette vérité soit mêlée de Tamertume que leur j)rocurent les mal" » heureux événements de la journée d'hier.
« Fait à Lyon, le 30 mai 1793, Tan ll«de la République française.
" Signé : Nioche et Gauthier, commissaires de la » Convention nationale. »
Pendant que ces deux représentants rédigeaient cette étrange proclamation pour faire leur cour aux victorieux, ceux-ci arrêtaient , par l'organe de leurs nouvelles autorités, que les citoyens Nioche et Gauthier seraient dénoncés à l'Assemblée nationale, comme complices du ci-devant conseil général de la commune, et comme coupables des crimes qui avaient fait verser le sang dans la mémorable journée du 29 mai.
Le lendemain fut installée la nouvelle municipalité provisoire nommée par les sections ; elle était composée des citoyens Jean- Jacques Coindre, chargé des fonctions de maire; de Matthieu Valleton, de Gravillon, de Louis Buisson, de Paul Allegret, de Jean-Baptiste David, d'Augustin Figuet, de Claude Péricaud, de Pierre Arles, de Louis Fury et de Grognier.
Tous ces officiers municipaux, d'accord avec les administrateurs du conseil général du département de Rhône-et-Loire, des districts de la ville et de la campagne de Lyon, adressaient à la Convention une longue lettre par laquelle ils rendaient compte des événements qui avaient précédé et amené la journée du 29 mai, tout en maintenant la fière devise qu'ils avaient acquise avec du sang, résistance à l'oppression. Ils protestaient de leur inviolable attachement et de leur soumission au gouvernement de la France. Ils juraient de maintenir l'intégrité et l'inviolabilité de la République. Ils n'avaient pris les armes que dans un sentiment de conservation, et pour secouer le joug tyrannique d'un pouvoir odieux qui pesait depuis six mois sur les citoyens. Sans la victoire qu'ils venaient de remporter , Lyon
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disaient-ils, ne serait plus qu'un vaste cimetière ensemencé par la montagne qui cherchait à s'élever encore sur des monceaux de cadavres.
Pour renouveler au pied de Tarbre de la Liberté le serment qu'ils faisaient à l'Assemblée nationale, ils se rendirent accompagnés de tout ce que la ville renfermait de républicains modérés, sur la place des Terreaux, afin de jurer solennellement d'être toujours unis, de respecter les lois, les propriétés nationales et particulières, de soutenir jusqu'à leur dernier écu, et jusqu'à la dernière goutte de leur sang, la République une et indivisible.
Depuis la victoire du 29 mai, la cité avait repris son état normal, les Jacobins s'étaient effacés entièrement devant l'attitude imposante et calme de la nouvelle municipalité. Les clubs étaient déserts, leurs tribunes ne retentissaient plus de cris de mort contre les riches, les aristocrates et les modérés. Les bons citoyens jouissaient en paix du fruit de leur courage; la religion, opprimée pendant quelque temps, avait retrouvé ses pompes, ses cérémonies, ses prêtres et ses prières. Le 7 juin, elle vit, prosterné aux pieds de ses autels, un grand nombre d'hommes assistant religieusement au service funèbre qui fut célébré ce jour-là, dans l'église de Saint-Polycarpe, en l'honneur des victimes tombées bravement les armes à la main. L'abbé François Rozier prononça à ce sujet un discours des plus remarquables. Sa voix fit couler bien des larmes et souleva bien des sanglots; il fut admirable d'amour et de charité.
Cinq jours après, Tévêque du département voulut célébrer aussi pontificalement un nouveau service pour les citoyens morts en défendant les droits de l'égalité et de la liberté républicaine contre l'oppression horrible de l'anarchie; le prélat constitutionnel prononça un discours de circonstance en présence des administrateurs du département, des districts de la ville et de la campagne, de la municipalité provisoire et des députés de toutes les sections de la ville. Son excessive rareté nous a engagé à le reproduire dans notre ouvrage (1).
Tandis que les Lyonnais secouaient bravement le joug de la Montagne, une nouvelle révolution s'était faite au sein de la Convention. Le 31 mai et le 2 juin, les bourgeois de Paris s'étaient réveillés au
(1) Voir les pièces juslifioalives.
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son du tocsin, et à la voix des montagnards qui appelaient aux armes les habitants des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. Le jour était venu où les orateurs de la Gironde devaient subir à leur tour les terribles conséquences du sanglant anathème qu'ils n'avaient pas su, ou qu'il n'avaient pas voulu franchement combattre lors du procès du roi. En toute chose, il faut de la logique : Des hommes nobles et généreux, malgré leurs fautes et faiblesses politiques, allaient éprouver au pied de Téchafaud la vérité de cet axiome : Toute halte en révolution est un arrêt de mort pour les stationnaires ; car autre chose est de lancer le peuple, ou de lui dire :
Tu f arrêteras là Une fois parti, il faut que le peuple marche;
que ce soit à la prospérité ou à la décadence, à la liberté ou au despotisme, il faut qu'il suive le doigt de Dieu, soit que dans ses desseins secrets, il lui fasse traverser les échafauds, soit qu'il le mène par des champs de bataille au but que sa volonté suprême a choisi de toute éternité.
Le triomphe récent de la Montagne trouva peu de partisans à Lyon; les sections de cette ville se réjouirent plus que jamais de s'être soustraites aux lois des Jacobins. La guerre leur parut dès lors inévitable entre elles et le pouvoir qui venait de surgir de l'oppression ; elles en calculèrent de sang-froid toutes les conséquences, et persistèrent dans leur généreuse pensée. Les menaces d'une minorité qui par son énergie et son audace conduisait la France, rappelèrent aux Lyonnais qu'il y avait du sang gaulois dans leur nature d'hommes libres, et les fils de ceux qui avaient résisté à César se crurent assez forts pour braver les modernes Catilina.
Robert Lindet, que la Convention avait envoyé à Lyon avec de pleins pouvoirs pour rétablir l'ordre, put voir, en passant devant riIôtel-de-Ville, un drapeau sur lequel étaient écrits ces mots :
KÉSISTANCE A l'OPPRESSION.