‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 126 sur 217 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

révolution, on vit le royalisme, le 29 mai, répudier les haines et les vieilles rancunes qui l'avaient longtemps tenu à distance de la nation; on le vit abandonner ses salons au premier cri d'alarme, pour descendre bravement dans la rue le mousquet à la main, sans autre pensée au cœur que celle de faire cause commune avec la bourgeoisie menacée. Ses principaux chefs, jeunes gens de famille, presque tous officiers de l'armée des princes émigrés, plus habitués par conséquent au commandement qu'à une obéissance passive, s'étaient rangés à Tenvi sous l'autorité militaire d'un homme du peuple, d'un négociant proclamé général par le vœu libre des sections constituées en permanence. Pas un signe, pas une manifestation, pas un cri de Vive le Roi! ne leur avaient échappé, tant ils avaient craint de rompre l'accord qui régnait dans les rangs des insurgés. Les uns avaient combattu, et s'étaient fait tuer courageusement sous un drapeau qui n'était pas le leur ; les autres, bivouaquant la nuit sur la place des Carmes, n'avaient pas dédaigné de serrer, dans leurs mains blanches et parfumées, les mains noires et rudes des portefaix du Portdu-Temple et celles des mariniers de la Saône. Restait le parti jacobin, terrassé le 29 mai, et dont les meneurs attendaient dans les prisons la vengeance des modérés coalisés avec les royalistes.

Immédiatement après le 29 mai, les nouvelles autorités lyonnaises, envoyèrent à la Convention une députation de douze notables. Ils arrivèrent à Paris le l*"^ juin, au moment où les montagnards venaient de triompher de la Gironde, et ne jugeant pas les circonstances favorables, ils retournèrent à Lyon sans avoir osé se présenter. Ils allèrent voir le journaliste Prudhomme, rédacteur en chef et propriétaire des Révolutions de Paris. Celui-ci leur conseilla de repartir immédiatement : « La Montagne, leur dit-il, a l'appui des classes pauvres, et les députés qui ont voté la mort du Roi, craignant pour leur propre vie, mettrait tout en œuvre pour assurer le triomphe du parti ultra-révolutionnaire. Je vous conseille, si vous voulez sauver votre ville, de vous faire tous Jacobins, et de déclarer à vos concitoyens, que d'après ce que vous avez appris et su dans la capitale, la Convention a fait un acte de justice en expulsant les vingt-et-un Brissoiins. Par ce moyen, vous gagnerez du temps et obtiendrez la confiance de la multitude, que vous dirigerez; si vous ne vous rendez pas à mes avis, Lyon sera livré à tous les fléaux. »

Les douze notables suivirent une partie de ces conseils en retour-

nant à Lyon. Ce fut une simple lettre des administrateurs de Rhôneet-Loire qui apprit à la Convention les événements du 29 mai. Après avoir attribué l'émeute aux prévarications et aux actes arbitraires de la municipalité, ils justifiaient les mesures qu'ils avaient prises en présentant comme des royalistes les victimes de l'insurrection : « La découverte d'un complot contre-révolutionnaire nous a mis dans la nécessité de mettre en état d'arrestation les principaux auteurs de la conjuration, ainsi que les provocateurs au meurtre, et les agents connus de la faction qui l'a jusqu'ici insolemment provoqué. » Les représentants du peuple à l'armée des Alpes, éclairés sur la marche du parti vainqueur, annoncèrent au contraire « que le mouvement de Lyon était absolument contre-révolutionnaire. « Dubois-Crancé et Albitte écrivaient de Chambéry, le 2 juin : « Nous ne nous dissi- » muions pas que la municipalité , par l'abus d'un pouvoir dont » elle a excédé les bornes, avait révolté contre elle la très-grande » majorité des citoyens. Le petit nombre de ses défenseurs a suc- * combé dans une lutte inégale, et les membres de cette munici- » palîté, dispersés par la force des armes, sont dans les fers. Cette ré- » volution s'est opérée, il est vrai, aux cris de : Vive la République, la » Liberté, la Convention nationale ! Mais l'aristocratie s'est emparée de » ce grand mouvement pour exercer de cruelles vengeances; tous les » patriotes de Lyon sont persécutés, bannis ou jetés dans les cachots. « Des citoyens ont été massacrés au moment où ils faisaient entendre » les cris de ; Vive la Nation! vive la République! Les commissaires » de la Convention sont retenus comme otages, et leurs ordres mé- » connus. L'Arsenal a été pillé, et tous les postes sont occupés par les » insurgés. »

Cx)mme le fit observer le député Fermond, ce rapport était contraire à celui de Nioche et Gauthier; toutefois Jean -Bon-Saint- André demanda un décret immédiat. « La contre-révolution, dit-il, se fait dans la plupart des grandes villes au nom de la Liberté ; tout délai serait un crime; » et l'Assemblée, à une grande majorité, malgré les réclamations de la droite, vota, le 7 juin, le décret suivant:

« L Les représentants du peuple près l'armée des Alpes sont » autorisés à prendre les mesures de sûreté générale que nécessi- » teront les circonstances et les derniers troubles arrives dans la » ville de Lyon.

^ IL La Convention nationale chargera un comité de salut pu-

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