CHAPITRE XIX. 2Û
» blic de faire incessamment un rapport sur l'état de la ville de Lyon.
» m. Le présent décret sera envoyé sur-le-champ par un courrier » extraordinaire. «
Le lendemain, 8 juin, Robespierre s'écriait : « A Lyon, l'aristocratie plonge le fer dans le sein des meilleurs citoyens. » Déjà Marat avait écrit, le 4 juin, au président de l'Assemblée: « La contre-révolution » vient d'être opérée à Marseille, à Lyon, à Grenoble. Les ennemis « de la liberté ne se sont pas contentés de faire périr un grand nom- »» bre de patriotes; ils ont jeté dans les cachots les plus zélés de ceux » qui ont échappé à la mort. Ce serait le comble de l'iniquité, de » laisser dans les fers ces défenseurs de la patrie. Je demande que » leur relaxation soit décrétée à l'instant. Si le droit de faire cette » motion m'est contesté, à raison de ma suspension volontaire et » momentanée, je prie quelqu'un de mes collègues de la Montagne » de la faire en mon nom.»
La demande de Marat fut renvoyée au comité de salut public, et Robert Lindet se rendit à Lyon pour y examiner l'état des choses. Ce commissaire de la Convention s'efforça de concilier les partis. Il admirait en secret le courage et l'énergie que les sections venaient de montrer ; leur attitude imposante et calme, la confiance qu elles témoignaient pour leur nouvelle municipalité, leur assurance au milieu des cruelles incertitudes qui devaient les préoccuper en face d'un pouvoir central contre lequel elles s'apprêtaient à lutter, étaient pour sa nature bonne et généreuse une preuve certaine de la justice et du bon droit de leur cause. Cependant il n'avait pas eu l'occasion de se louer personnellement des Lyonnais le jour où il leur présenta le décret de la Convention nationale du 3 juin, qui l'adjoignait aux représentants du peuple près l'armée des Alpes. Alors on lui avait répondu froidement : « Citoyen , nous ne reconnaissons point » les décrets de la Convention rendus depuis celui de l'arrestation » des trente députés qu'elle a sacrifiés aux exigences et aux ordres » d'une populace ivre de sang et de pillage. La représentation na- » tionale, violée dans la personne de ses députés, a été brisée; elle » n'existe plus. Nous ne reconnaissons donc pas les représentants » envoyés par la Convention depuis cette époque; nous ne recon- • naîtrons la Convention elle-même, que quand elle aura rappelé » dans son sein les membres honorables que lâchement elle a laissé » proscrire. «
Malgré ces paroles sévères, Robert Lindet s'opposa aux projets des représentants du peuple, qui requéraient le général en chef de l'armée des Alpes de faire marcher sur Lyon, en prenant les mesures les plus promptes et les plus sûres pour leur réunion spontanée, dix bataillons d'infanterie, deux escadrons de cavalerie, ainsi qu'une nombreuse artillerie de siège et de bataille. Robert Lindet répondit : « Votre lettre est vraiment effrayante , vous » ne vous êtes pas tous concertés sur la situation de la ville de » Lyon. J'ai vu avec saisissement que vous vous proposiez de faire » marcher l'armée sur Lyon. Je crois que je vous offense ; mais je » suis persuadé que les journalistes, les rédacteurs des papiers pu- » blics défigurent tout ce qulls veulent transmettre ; tout ce qu'ils » racontent est empoisonné. Représentants, si Tannée marche sur » Lyon, la frontière va se dégarnir, et nous allons éprouver le mal- » heur d'une invasion. Que diront les Français envahis? je vous le » demande : quel sera leur sort? que deviendra l'armée? quelle sera »> la destinée de Lyon, à quels événements imprévus ne se fiera-t-elle •> pas? Représentants, nous avons poursuivi les fanatiques et les » émigrés qui nous ont déclaré une guerre ouverte ; mais la po- » sition de Lyon est d'une nature bien différente : il ne s'agit ici ni
» de royauté, ni d'aristocratie sacerdotale ou nobiliaire , em-
» ployer la force des armes contre Lyon serait un crime contre la » patrie, je le déclare ; vous savez, représentants, que si vos pou- » voirs sont gra<ids, la Convention nationale, forcée par les circon- » stances de vous en déléguer provisoirement l'exercice , vous a » avertis qu'une grande responsabilité pesait sur vos tètes.
» Au nom de la patrie, songez à ce que vous devez à la Conven- » tion, à la France, à l'humanité; une persécution précipitée est » aussi injuste que la marche d'une armée sur Lyon pourrait perdre » Varmée et la République, »
Le même jour, les administrateurs de Rhône-et-Loire, des districts de la ville et de la campagne de Lyon réunis, et les membres de l'administration de la commune provisoire, adressaient les protestations suivantes aux citoyens Dubois-Crancé et Albitte^
« Toujours des rapports infidèles ! c'est par eux qu'on en impose » à la Convention nationale, et qu'on parvient à lui surprendre des w décrets désastreux ;: c'est la marche que vous avez tenue dans les » détails que vous lui avez transmis sur les malheureux évéoemenU