CHAPITRE XIX
» des actes arbitraires, tefs que les trente tyrans dAthènes, les Dé- » cemvirs de Rome, les &farius, les Sylla, les Néron, les Tibère, les « ducs d'Albe, les inquisiteurs d'Espagne et de Portugal, enfin les i> Dalry du Japon n'auraient pu les surpasser dans les excès de leurs » fureurs et de leurs vengeances.
» Cette horrible proscription ne tomba pas môme sur les partisans » outrés du despotisme : ces deux sectes, qui semblent occuper les ex- » trémités par leurs moyens, se touchent par le but auquel elles veu- » lent atteindre.
» Les amis des lois, les hommes fidèles à leur patrie, furent enchat- »> nés parce qu'on redoutait le courage.
» Enfin le dernier des attentats vient d'être commis, le tocsin des >* factieux a été sonné pendant deux jours; la Convention a été » entourée d'ime armée de brigands : non, ce n'est point le peuple » de Paris, il est opprimé, l'univers entier le sait; c'est une horde » de scélérats venue de diverses parties du monde, pour être les » satellites des conspirateurs, et qu'ils paient à quarante sous par » jour.
» N'espérez plus, factieux aussi insensés que criminels, d'en im- » poser au peuple français! 11 sait déjà que les instruments de votre » tyrannie ont ravi la liberté à ses représentants; il sait qu'ils ont » osé commettre le plus grand des crimes, qu'ils ont souillé la re- » présentation nationale , et qu'ils sont allés jusqu'à confondre les » sufTrages impurs avec ceux de ses députés.
» Trente de ces députés sont dans les fers ! Gomment pourrez - » vous voiler cet horrible attentat? Répondez à cette question que « vous fait la France entière. Si nos représentants étaient coupables, » comment avez-vous pu leur offrir de racheter leurs tètes par une » démission, c'est-à-dire par une lâcheté, par un crime ?
» Ah ! frémissez, craignez le courroux d'un peuple qui va vous ju- » ger tout à l'heure.
» Vous voulez que les départements vous obéissent encore! vous » voulez qu'ils vous respectent I Avez-vous respecté leurs représen- » tants? Vous avez rompu l'équilibre, vous avez détruit l'unité, l'in- » divisibilité de la République; la représentation nationale n'est » plus une, elle n'est plus entière, elle n'existe plus.
» Français ! il est aiTivé ce moment, prédit par l'auteur du Contrat » social, où une faction a usurpé la souveraineté, et substitué sa I. 29
226 HISTOIRK DE LYON. — 1793.
« volonté à la volonté générale. Mais la résistance à l'oppression est le » droit le plus sacré de Thomme; jamais il n'y eut d'époque où elle » fut plus nécessaire, on ne vous laisse qu'à opter entre elle et le » despotisme de quelques brigands : car vous ne vous laisserez pas » séduire par leur langage imposteur; quelle que soit la forme »> qu'emprunte la tyrannie, en est-elle moins la tyrannie ? Vous les » avez toutes exterminées; voulez-vous céder à celle des plus mépri* » sables des hommes? Vous avez secoué le joug que tous les rois « veulent vous imposer, et vous plieriez la tête sous la verge de » Marat? Vils scélérats, factieux impudents, vous osez menacer des » hommes libres I cessez de vaines clameurs qui ne peuvent inspi- » rer que le mépris et la pitié. Dans l'excès de votre délire, auriez- » vous oublié que votre force n'était que dans la confiance du peu-
• pie, et que vous n'étiez rien que par elle. Paris ignore-t-il que, nous » aussi, nous avons fait nos preuves de courage et de dévouement ; » que, nous aussi, nous savons marcher contre les rebelles à la volonté » nationale, mais qu'il ne doit jamais entreprendre de nous donner » des lois. La République existe dans la réunion de tous les départe- » ments; Paris n'est qu'une portion : il doit comme les autres cesser » un instant de reconnaître la souveraineté du peuple.
» Cette souveraineté n'est pas dans les clubs ; elle est dans les » assemblées primaires, où chaque citoyen sans distinction, non pas » de rang, car il n'en existe plus, mais de fortune, doit donner libre- » ment son suffrage; que les vrais amis du peuple qui sont encore » dans ces sociétés aillent donc porter dans leurs sections un zèle et » des lumières qui deviennent inutiles, ou se corrompent même par » les vociférations des brigands.
» Français 1 la République est en danger, mais votre courage qui l'a » sauvée tant de fois, va la sauver encore.
» Au milieu d'aussi grands intérêts , c'est à peine si la ville de « Lyon doit vous parler de sa position particulière. La perte d'un » bon citoyen est grande sans doute pour la République; mais les ») factieux ont beaucoup exagéré celle que nous avons faite le 29 mai. » Nous pleurons un petit nombre de nos frères massacrés par des » assassins, nous accordons des sentiments de compassion et des » secours à des malheureux qui pouvaient n'être qu'égarés par la
• scélératesse de leurs chefs ; le triomphe de la liberté n'a été souillé » par aucun excès; pas une seule goutte de sang répandue, après une