CHAPITRE XIX
» victoire remportée sur des monstres qui avaient juré de couper » quatorze mille têtes ; si la nécessité commande de s'assurer les cou- » pables, ces mesures sont exécutées avec modération ; c'est nous « qui savons respecter les droits de Fhomme et prouver, par notre » exemple, que dans ce cas toute violence qui n'est pas nécessaire »> est un crime.
» Notre conduite était digne des succès qu'elle a obtenus. Du »> centre, aux extrémités de la République, partout les bons citoyens » nous adhèrent, nos frères des campagnes applaudissent avec en- V thousiasme, et ce n*est qu'en se rappelant les sentiments d'hu- » manité qui seront toujours gravés dans leurs cœurs, qu'ils ont » pu retenir les transports d'une trop juste indignation. Frères et » amis , citoyens de toute la République , délibérez sur Tétai où »> elle se trouve ; la ville de Lyon jure d'avance d'obéir à la volonté » nationale. Nos ennemis sont les vôtres ; ils sont ceux de la pa- » trie. Écoutez la déclaration de nos principes, nous saurons mourir »» pour les défendre.
» Nous renouvelons, à la face de l'univers, le serment de mainte- » nir la liberté et Tégalité, d'être fidèles à la République, une et indi- » visible. Nous déclarons que la souveraineté réside dans le peuple, » que la volonté générale du peuple s'exprime dans les assemblées » primaires, dans les sections où les citoyens doivent donner libre* » ment leur suffrage ; que tout individu, toute association quelcon- » que qui tenterait de faire prévaloir sa volonté sur celle des assem- » blées primaires, doit être considérée comme rebelle à la souverai- » neté nationale et traitée comme ennemie publique.
»» La ville de Lyon proclame qu'elle est en état de résistance à Top- » pression.
» Elle appelle les assemblées primaires à délibérer sur l'état de » la République.
» Nous protestons que nous sommes prêts à sacrifier pour elle » nos fortunes et nos vies; et nous jurons de ne cesser nos efforts « que lorsque la France aura obtenu une constitution libre qui doit » être le vœu, et faire le bonheur de tous les citoyens.
» Rédigée en séance permanente de la section du Port-du-Temple » et lue dans toutes les autres sections qui y ont adhéré à runanimité.
« Lyon, le ii juin 1793, Tan IPde la République française.
» Signé : Paganucci, vive-prrsfd€?i(; Clavière et M. L. Rosse , vice-sccrefaire.
Par sa seconde adresse, le peuple de Lyon afTirmaii à ses frères des districts et des communes du département de Rhône-^t~Loire, ainsi qu'à tous ses frères de la République française, que, depuis le commencement de la Révolution, il n'avait cessé de donner des marques de son obéissance à la loi, de son amour pour la liberté et la République, une et indivisible. Les sacrifices qu'il s était imposés en faisaient foi; du reste, il était prêt à s'en commander de nouveaux, et de plus graves encore, pour sauver la cité entière, « Cependant, » ajoutait-il, la calomnie nous a, jusqu'à présent, poursuivis; nos *> véritables sentiments ont été étouffés par les factieux que nous » avons enfin terrassés. Le nK)ment est arrivé où la République en- » tière doit nous juger : nous ne sommes plus contraints à garder le » silence, nous devons, nous pouvons parler, nous sommes libres » enfin, nous avons acheté ce droit au prix du sang de nos frères. »
Faisant alors le triste récit des maux qu'il avait soufferts, des épreuves qu'il avait traversées pour arriver au combat glorieux du 29 mai, des luttes qu'il avait dû soutenir contre une municipalité sanguinaire et tyrannique, le peuple de Lyon disait en terminant :
« Maintenant la tranquillité règne dans los. murs : des citoyens, » environnés de la confiance publique , composent la municipalité » provisoire, réunie aux corps administratifs; ils veillent sans cesse » au bonheur général. Les coupables ont été mis sous la sauvegarde » de la loi, leur procès s'instruit; mais notre triomphe n'est rien, si » nous ralentissons notre surveillance. Citoyens et amis ! joignez- » vous à nous, méfions-nous des citoyens qui viennent dans notre » sein jeter la discorde, méfions- nous de ces pièges perfides dont » tant de foi& nous avons été victimes; soyons scrupuleux sur le « choix de ceux qui doivent nous gouverner, que toutes nos démar- » ches soient réfléchies , qu'aucun esprit de vengeance ne conduise « nos actions, mais que la loi ne se plie devant qui que ce soit; in- » struisons nos frères qui pourraient être dans Tégarement; secourons » les malheureux qu'on pourrait égarer ; soyons sévères en un mot, » mais ne faisons qu'une grande famille; nos intérêts sont les mê- »> mes. Avec cette concorde fraternelle qui fait la seule force d'une » république, la cauie de la liberté triomphera, la chose publique >» sera sauvée.
« Au nom de tous vos frères de Lyon , recevez nos sentiments de • reconnaissance pour votre sympathie; nos bras seront toujours