CHAPITRE XIX
» prêts à repousser les coups que pourraient vous porter les des- » potes, sous quelque nom qulls se présentent.
n Nous vous jurons tous union, et la fraternité la plus sincère. » ^ous jurons tous avec vous de maintenir Tunité, l'indivisibilité de » la République, la liberté, la sûreté des personnes et des propriétés, » ou de mourir en les défendant.
» Signé : Adam, Goyet, Lambert, J.-A. Vachon, Métra, Martin, » N. Barret, Gonnet fils, Devilliers, Barmont, Dussourd,
i>BERR10T, GUILLARD, PeILLEUX, PÉRONNET, GaUGELIN, tOUS
»> commissaires députés de la ville de Lyon. »
Les Lyonnais se préparaient ainsi aux événements qui pouvaient surgir de leur nouvelle situation vis-à-vis de l'Assemblée nationale, lorsqu'ils apprirent un matin que le maréchal-de-camp Cortasse de Sablonet était mort pendant la nuit des suites de la blessure qu'il avait reçue le 29 mai, en ralliant la colonne du quai du Rhône. C'était une noble et belle victime. Les Lyonnais résolurent de lui rendre tous les honneurs dus au courage , au dévouement et à la vertu militaire ; ils Tixèrent le jour des funérailles au lendemain, à dix heures du matin. Dès les sept heures, toute la ville fut sur pied; les tambours couverts de crêpes noirs battaient le rappel, et parcouraient les rues; les bataillons de la garde nationale, tous au complet, étaient en grande tenue, et se rendaient tristement sur la place de Bellecour, oii la force armée devait se réunir pour aller chercher à l'hôpital les dépouilles de Tillustre défunt. Les drapeaux étaient voilés comme les tambours; une foule immense d*hommes et de femmes encombrait les rues et les places, malgré les apparences d'un prochain orage. En effet, le temps était sombre comme un drap mortuaire, le tonnerre grondait au loin, et de larges éclairs brillaient à de courts intervalles sur la surface noire du ciel, comme des torches funèbres. Le cortège se mit en marche à dix heures un quart, précédé par un piquet de gendarmes à cheval, et deux pièces de canon attelées. A dix heures et demie, il se rangeait en bataille devant l'Hôtel-Dieu pour recevoir le corps, et le saluer d'une décharge générale de mousqueterie. Le ciel était tout en feu, et les détonations de la foudre se succédaient sans interruption , lorsque le convoi funèbre se remit en marche pour aller au cimetière de la paroisse de Saint-Pierre, où
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l'ancien maréchal de camp avait désiré rejoindre les victimes du 29 mai. Quatre grenadiers, choisis parmi les plus forts et les plus beaux hommes des sections, portaient le cercueil, ombragé par quatre drapeaux. Les coins du poêle étaient tenus par les citoyens Frémînville et Madinier, par Gingenne qui avait servi sous ses ordres dans le régiment de la Couronne, et par un jeune homme de seize ans tout au plus, portant le bras en écharpe, et dont la douleur attirait tous les regards. Un vieux domestique conduisait un cheval caparaçonné de noir ; c'était un cheval de bataille que suivait la troupe, musique en tête et les armes renversées; deux pièces de canon et un détachement de cavalerie fermaient la marche. La foule muette et silencieuse se découvrait respectueusement à l'approche du convoi. Seuls, quelques hommes affectaient un cynisme impie; le parti Jacobin n'était point mort encore. Le cortège fit halte dans la rue Luizerne : le vieux soldat était arrivé à sa dernière demeure, accompagné des prières de la religion, et des regrets de toute l'armée lyonnaise.
Les fossoyeurs recouvrirent la tombe. Et après une nouvelle salve de mousqueterie, un homme s'approcha, le front nu , la parole éclatante, et prononça ces quelques mots :
« Braves Lyonnais, vous avez bien mérité de la patrie ! Quand tous « courbaient leur tète devant le despotisme hideux d'un pouvoir » qui a violé la représentation nationale, vous avez noblement relevé ^ le vôtre; vous avez osé regarder en face, et mesurer du regard le » sommet sanglant de la Montagne , où les modernes Titans de la » République forgeaient des fers pour la liberté. Braves Lyonnais, »» honneur et gloire à vous I honneur et gloire à toi, noble Cortasse » de Sablonet I à toi, qui t'es si courageusement associé à la magna- » nime pensée du peuple de Lyon ! Du haut du ciel où ton âme sainte » s'est envolée, jouis de notre triomphe, applaudis à nos efforts ! La V France est libre encore! Regarde ces hommes en armes autour » d'un tombeau, ils ont juré de ne le quitter que lorsque nos droits « méconnus auront obtenu justice; ils en ont fait le serment. Braves »» Lyonnais 1 jurons de nouveau par les dépouilles funèbres de notre » frère mort en brave, jurons de résister par tous les moyens que » Dieu a mis au pouvoir des hommes libres, aux actes d'une auto- » rite perfide et traîtresse à ses devoirs.
« Vive la France! et vive la RcpuMiquc! >
CHAl>ITRE XIX. 231
Lliomme qui scellait ainsi dans une tombe le germe de la guerre civile, et jurait sur un cadavre la résistance à la Convention, était un conventionnel, un Girondin proscrit, c'était Biroteau qui, depuis quelques jours, ne cessait d'instrumenter l'opinion publique à Lyon, pour la diriger dans le sens du girondinisme. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il comptait de nombreux auxiliaires dans cette ville, surtout auprès du haut commerce et des classes protestantes ; il communiquait à ses partisans toute l'exaltation de son âme, dont les expressions ardentes que nous venons d'entendre, ne peuvent être considérées que comme une bien faible appréciation. Par ses soins, Lyon devint bientôt le pivot autour duquel devait rayonner la pensée politique que les Girondins proscrits propageaient dans les autres départements. Buzot, à Ëvreux^ Barbaroux, à Caen, cherchaient à établir une ligne offensive et défensive qui pût allier les provinces insurgées de la Normandie à celles de la Provence, et former un centre d'opérations disposé de manière à tenir en échec toutes les forces disponibles de la Convention.
■2i'2 HISTOIRE l)K LYON. — 1793.