CHAPITRE XX
riait en Thonneur de la journée du 29 mai, fermait le club des Jacobins, et décrétait une force départementale de cinq cents hommes au moins, avec une commission nationale de cent soixante-dix membres pour dégager la Convention des factieux. A Nîmes, les Jacobins étaient désarmés et emprisonnés. Les présidents des quinze sections de Toulouse menaçaient Paris de la destruction, si l'on n'établissait un tribunal pour juger les conspirateurs contre la liberté de la représentation nationale. Bordeaux levait des troupes contre la capitale. Le Midi presque tout entier, soulevé par les commissaires de la Gironde, les agents royalistes et les commissaires des puissances ennemies, tendait à se séparer avec Lyon du reste de la France. Cependant l'assemblée centrale des départements, réunie dans la ville de Caen, motivait ainsi la mise hors la loi qu'elle décrétait contre les autorités constituées de Paris. « Considérant que les droits » de l'homme ont été méconnus, notamment dans l'art, ii qui porte : « Le but de toute association politique est la conservation des droits . «naturels et imprescriptibles de l'homme, et la résistance à l'op- » pression ; » et dans l'art, vi qui porte : « La loi est l'expression de la » volonté générale, tous les citoyens ont le droit de concourir per- » sonnellement , ou par leurs représentants, à sa formation; elle doit » être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse;— » Enfin , considérant que les événements arrivés dans la ville de » Paris au mois de mai, et dans les premiers jours du mois de juin, » ont évidemment été dirigés par une faction liberticide; que la » majesté du peuple français a été outragée dans les personnes de » ses représentants ; que la violation de tous les principes a été exer- » cée à main armée ; que la Convention nationale a cessé de repré- » senter le peuple français au moment où trente-quatre de ses man- » dataires ont été illégalement mis en état d'arrestation ; —Considérant » qu'il est devenu indispensable de mettre un frein aux projets dé- • sastreux des autorités constituées de Paris dont la coupable inten- » tion est d'usurper tous les pouvoirs, et de parvenir à leur but par » tous les attentats et par tous les crimes;— Déclare, au nom de ses » commettants, qu'elle regarde comme nuls tous les actes émanés » de la section de la représentation nationale, qui a continué de » délibérer depuis le 29 mai dernier ; ne pouvant reconnaître Tex- » pression de la volonté générale dans ces actes, jusqu'après la révi- I. 30
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» sion qui en sera faite par la Convention nationale rendue à son » intégralité et à sa liberté. »
Cette même assemblée invitait, au nom de ses commettants, le général Félix Wimpfen, général en chef des armées des côtes de Cherbourg, à se mettre à la tète des forces départementales qui demandaient à marcher sur Paris.
Ainsi tout présageait le triomphe du fédéralisme désorganisateur. Inquiète et mal informée, la Convention, sur le rapport de Ramel, au nom du comité de salut public, l'endit, le 17 juin, k décret suivant : « La Convention nationale décrète que le procureur-général- >» syndic du département de Rhône-et-Loire, le procureur-syndic du » district de la ville de Lyon, le procureur de la même commune, » provisoirement suspendus , se rendront auprès de la Convention >» nationale; que Robert Lindet, représentant du peuple, reviendra » à son poste à Paris, afin que la Convention nationale acquière des V renseignements certains et circonstanciés sur la positi(m actuelle » de la ville de Lyon. »
Robert Lindet parut à la séance du 21 juin. On y lut d'abord une lettre de Marat, qui mandait à ses collègues : « Une maladie inflam- » matoire, suite des tourments que je me suis donnés sans relâche, » depuis quatre années, pour défendre la cause de la liberté, m*af- » flige depuis cinq mois , et me retient aujourd'hui dans mon lit. » Dans l'impossibilité où je suis de me rendre à la Convention, je » vous prie de faire donner lecture de l'incluse ; elle vous convaincra »> de la nécessité de mander sans délai Challier à votre barre, non- » seulement pour le soustraire à la férocité des aristocrates de Lyon, » mais encore pour en tirer des renseignements sur les causes des » troubles de cette ville. J'en fais la demande expresse. Je demande » aussi que Laussel, procureur de la commune de Lyon et signa- » taire de l'incluse, y soit pareillement mandé. Je demande encore » que vous rendiez, contre le tribunal populaire de Lyon, le même » décret que vous avez rendu contre celui de Marseille... » La lettre citée par Marat, écrite le 13 juin de l'Abbaye, où Laussel était détenu , contenait les renseignements suivants : « J'apprends par une » voie sûre, et je vous le communiquerai si vous le désirez, qu'on se » dispose à Lyon à guillotiner Challier. C'est un patriote ardent et « pur; je crois que vous le connaissez; et si vous ne le connaissez