‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 134 sur 217 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

» pas, vous pouvez-vous informer auprès du comité de sûreté géné- » raie, où il est très-connu; c'est un guet-apens véritable. Em- » pressez-vous de demander son transport à Paris. J*ai lu avec sur- » prise que la Convention a décrété que le procureur-syndic du dé- »• partement de Rhône-et-Loire, le procureur-syndic du district, et » le procureur de la commune de Lyon, étaient appelés au comité » de salut public pour donner des renseignements. Pourquoi ne pas » appeler aussi Challier, président du tribunal du district, pour être » entendu contradictoirement? Pourquoi surtout ne m'avoir pas » appelé?

« J'ai écrit peut-être vingt lettres, et toutes sans réponse. Si Ton » m'eût entendu, on eût pu prévenir les derniers troubles. Je n'en » sais pas les 'détails, mais je sais très-bien que le département est » contre-révolutionnaire de vieille date. Ces trois brigands ne sou- » tiendraient pas ma présence en plein comité. Je me fais fort de les »> attérer.

» Nous avons ici des commissaires des sections de Lyon, qui doivent » partir demain ; ce sont des émissaires pour agir contre la Conven- » lion, qu'ils ne veulent pas reconnaître ; ne devrait-on pas les arrê- » ter pour répondre de la tête de Challier et des autres patriotes » emprisonnés à Lyon? Challier s'est bien mal conduit envers moi ; » mais ses malheurs et sa position me font tout oublier, pour me » souvenir seulement qu'il est patriote, et d'un bon genre, et que. nous » avons toujours combattu , côte à côte, les tyrans et leurs sup- » pots.

» Je ne vous dirai rien de mon affaire ; mon mémoire va paraître, » et mes ennemis seront confondus à la face de l'univers. Ensuite » je paraîtrai à la barre ; j'ai des horreurs à dévoiler sur un membre » de la Convention. Agréez mes salutations fraternelles.

» Signé' LAUSSEL, Procureur de la commune de Lyon. »

» P. S. Roland est à Lyon; Brissot allait l'y rejoindre lorsqu'il a » été arrêté. »

Cette missive pressante, celle de Marat, mettaient Robert Lindet en demeure de s'expliquer. 11 monta à la tribune, et dit : « Vous »> avez décrété, citoyens, que je me rendrais dans votre sein pour « vous rendre compte de l'état de la ville de Lyon, de la situation

» des esprits dans cette ville. Les ordres de votre comité m'imposent » l'obligation de garder le silence, jusqu'à ce que les fonctionnaires » publics que vous avez mandés , aient obéi à votre décret. Au reste, » je puis assurer la Convention que, si la nouvelle autorité qui s'é- » lève à Lyon, tient les rênes de l'administration avec fermeté, il n'y » a rien à craindre pour la liberté, mais beaucoup à observer. En » attendant, voici le projet que je suis chargé de vous présenter au >» nom du comité de salut public. »

Le décret proposé par Robert Lindet fut adopté en ces termes : « La Convention nationale, considérant que les personnes qui ont » été emprisonnées dans la ville de Lyon à la suite des événements ^ du 29 mai dernier, ne peuvent être considérées que comme des » prisonniers vaincus à l'égard de leurs vainqueurs, et qu'à une » époque où il se prépare de si grands mouvements, la justice ne » peut qu'être égarée et son glaive mal dirigé ;

^ Met sous la sauvegarde de la loi et des autorités constituées, ^ les personnes arrêtées à Lyon dans les derniers troubles qui y ont » eu lieu.

» Il sera sursis à toute instruction et poursuites commencées contre » ros citoyens. »

Les nouvelles autorités de Lyon refusèrent de reconnaître ce décret ; elles se déclarèrent hautement indépendantes , et cependant les membres qui la composaient, sous la présidence de Gilibert, avaient prononcé le serment solennel de maintenir « la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de la République, l'intégralité et Tinviolabilité de la Convention nationale, la soumission aux lois, la sûreté des personnes et des propriétés, et de mourir plutôt que de violer leur serment. >» Enhardi par la victoire, Gilibert le Girondin répondit par des railleries à la déclaration de la Convention, qui rendait les fonctionnaires publics de Lyon individuellement responsables des atteintes portées à la sûreté des personnes, et les menaçait de mort s'il tombait un seul cheveu de la tête de Challier. « Que la Convention soit tranquille, dit Gilibert le modéré, ce n'est pas un seul cheveu qui tombera, mais bien la tête entière. »

Pour soutenir l'énergie de la faction girondine, et seconder Biroteau, Chassey, conventionnel, banni le 31 mai, vint se réfugier à Lyon. C'était un homme d'intelligence et d'action, qui savait remuer les masses par une éloquence facile et toute d'inspiration. Non moins

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