‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 135 sur 217 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

habile que son collègue, il sut bientôt en quelque sorte rallier, sous le drapeau du girondinisme, les républicains purs et les royalistes modérés, en se posant aux yeux des uns comme un martyr de la liberté, et en rappelant aux autres que, député de Rhône-et- Loire, il avait été digne de son mandat, en cherchant à sauver la tête du roi Louis XVI. Les Lyonnais ne l'avaient point oublié : aussi fut-il reçu avec des transports d'enthousiasme, quand, se présentant à la commission populaire et républicaine, il Tencouragea à persister dans ses idées de résistance, disant : « La Convention n'est plus aujourd'hui qu un vil composé de factieux et de brigands, qu'un ramassis de botes féroces à face humaine, qui, ne pouvant se couvrir de la peau du mouton pour mieux nous dévorer, s'emparent du beau nom de la liberté pour opprimer le peuple et plonger leur patrie dans des fers cent fois plus lourds que ceux qu'elle a brisés naguère. Citoyens, soyez aussi fermes que vous avez été forts; vos pères ont résisté aux vainqueurs des Gaules, vous ne faiblirez point, vous! devant les Caligulas et les Tibères de notre moderne République. Ils vous accuseront de ne point vouloir la Convention, quand ce sont eux^ les misérables ! qui ne veulent point la représentation nationale libre et entière ; ils diront que vous avez juré de livrer la France à ses ennemis, lorsque ce sont eux, les infâmes ! qui veulent asservir les Français et accumuler sur leurs tètes tous les fléaux de l'anarchie et du despotisme. »

Après ce discours dont la véhémence pénétra tous les cœurs, le président Gilibert donna à lorateur, tant en son nom qu'en celui de tous les membres de la commission, le baiser frateniel.

De ce moment le peuple de Lyon s'occupa d'une manière active de lever et d'organiser sur un bon pied de guerre une armée départementale. Depuis le 29 mai, et l'attitude menaçante de la Convention, les sections lyonnaises ne cessaient d'en demander la formation, que la commission populaire et républicaine, guidée par un sentiment de prudence, avait cru devoir ajourner. Dès les premiers jours de juin, la section la plus paciGque de toutes par la nature de ses occupations, tout à fait en dehors des affaires politiques, la section de la rue Tupin avait signé et placardé partout une adresse, dans laquelle elle prêchait une croisade contre le gouvernement central.

« Aux armes, citoyens! disait-elle; aux armes! aux armes! car

238 mSTOIUE DE LYON. — 1793.

» raiiarchie dans Paris lève sa tète altière. La représentation natio-

» nale est violée Nos plus courageux législateurs gémissent dans

» la plus dure captivité Le despotisme des factieux est substi-

» tué à la volonté générale; la France notre belle patrie n'est plus » libre, elle est devenue la proie des intrigants et des ambitieux; » aux armes donc, citoyens, aux armes ! Le joug de l'esclavage est » prêt à s'appesantir sur le sol français ; la liberté et Tégalité ré- » clament votre courage ! Levez-vous, braves Lyonnais , vous êtes li- » bres, mais la France entière ne l'est pas; votre courage a donné un » grand exemple de vertu, mais les Français ne l'ont pas tous imité.

» SouflFrirez-vous que les ennemis de la liberté rivent en son nom » des fers à vos frères de Paris? Non, braves Lyonnais, la voix gé- » missante de ces frères opprimés a retenti dans les cœurs généreux » de tous les bons Français; vous n'y serez pas insensibles.

» Vous vous réunirez à vos frères de Bordeaux, de Rennes, du » Calvados, de l'Eure, de l'Isère et du Jura. Déjà, parmi eux, des » milliers de Scévolas ont fait une sainte coalition pour aller ren- » verser l'idole de la tyrannie qui veut , divinité impie , s'élever » sur les débris du trône. Les braves Marseillais viennent requé- » rir votre patriotisme; qu'ils trouvent dans cette ville des batail- » Ions nombreux et bien disciplinés qui partagent avec eux leur » ardeur, leur courage, leur amour de la patrie, et Lyon une seconde » fois aura bien mérité de la France. En conséquence, rassemblée »' arrête :

» lo Les citoyens de la section sont invités, au nom de la patrie » en danger, de concourir de leurs personnes à la levée d'une force » départementale.

» 2** Les citoyens enrôlés , attachés aux maisons de commerce , • conserveront leur emploi, en sorte que, dans le cas d'un départ, le » même emploi leur sera conservé pour le retour.

» Signé ROUX, Président; LESBROSSE, Secrétaire. »

Les autres sections se hâtèrent de répondre à cette proclamation en versant dans la caisse du comité militaire de généreuses et abondantes offrandes. Les citoyens du Port-du-Temple, toujours prêts à payer de leur personne et de leur bourse, envoyèrent une somme de 21,000 livres; ceux du Griflbn trouvèrent 25,700 livres dans le^ vingt-quatre heures; la section de Guillaume-Tell atteignit un

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