‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 136 sur 217 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

chiffre de 8,910 livres, qu'elle doubla le lendemain en envoyant pour une égale valeur des effets d'équipements. Celle du quartier Saint-Clair, habité par le haut commerce et les riches protecteurs? offrit une somme de 9,278 livres, promettant de porter sa contribution à 160,702 livres.

Mais ce n'était pas assez d'organiser une armée, il fallait s'assurer le concours des villes voisines, établir entre elles et Lyon des voies de communication, pour se procurer des secours et des subsistances en cas de siège; il fallait étendre le mouvement au delà des limites naturelles de la ville, conserver le passage libre du Rhône et de la Saône, il fallait même tenter de nouvelles négociations auprès des représentants du peuple qui s'apprêtaient à former le blocus du département du Rhône. C'est ce que comprirent les membres de la commission populaire, en envoyant à Màcon, à Bourg et à Grenoble plusieurs députés, fis échouèrent presque tous dans leurs démarches. Le citoyen Grognier, qui depuis devint professeur à récole vétérinaire de Lyon, faisait partie de la députation lyonnaise envoyée dans le département de Saône-et-Loire. Il plaida vigoureusement la cause de ses concitoyens, devant les représentants du peuple. Ceux-ci mettaient pour condition à une amnistie la tradition de tous les chefs du mouvement du 29 mai ; ils exigeaient en outre que la ville reconnût les faits accomplis au sein de la Convention le 31 du même mois. Le citoyen Grognier demandait une amnistie générale , sans condition, et la juste punition des coupables détenus dans les prisons de Lyon. Tout ce qu'il put obtenir fut qu'on levât l'embargo mis précédemment sur une expédition de blé destinée à cette ville ; ce qui lui fit dire, quand il rendit compte de sa mission à l'assemblée départementale :

« Soyez fiers , braves Lyonnais, vous êtes les forts et les victo- » rieux, j'ai vu les députés montagnards se ronger les poings dans » leur impuissance de vous faire une guerre inmiédiate; ils nous » craignent plus que nous ne les redoutons ; non-seulement ils n'ont » pas osé faire arrêter vos députés, mais retenir vos approvisionne- » ments. L'esprit public de Saône-et-Loire est pour nous, il en est de »même des départements qui nous avoisinent etde la République » presqu'entière. Vos ennemis sont encore sans force pour vous at- » taquer. »

A ssurés des sympathies de la population forézienne, les Lyonnais

concentrèrent tous leurs efforts dans le département de Tlsère ; Grenoble devait être leur plus puissant auxiliaire, ou leur ennemi le plus dangereux; aussi les députés qu'ils avaient envoyés dans cette ville ne négligeaient rien pour entraîner les Grenoblois dans le mouvement fédéraliste qui s'organisait de toutes parts. C*en était fait de la Convention et de l'unité française, s'ils avaient pu réussir dans leurs manœuvres, et bien peu s'en fallut qu'ils n*obtinssent un plein succès. Ils n'avaient pu voir sans inquiétude les rigueurs qui leur semblaient peu nécessaires ; ils inclinaient alors du côté de la Gironde, parce que cette fraction de la République leur paraissait plus en rapport avec les instincts et le vœu général de la France. Ses meilleurs citoyens s'effrayaient des tendances de la Convention, et plus d'une fois la voix de Robespierre ou de Marat leur parut une voix liberticide qui cherchait à étouffer dans le sang le cri de régénération, parti naguère du château de Vizille.

Pendant que le peuple grenoblois penchait indécis entre la Gironde et la Convention, les députés Lyonnais envoyés dans Tlsère mandaient à leurs commettants : « Grenoble serait à nous, si nous avions une forte somme à distribuer au peuple. »

Et les représentants Gauthier, Albitte et Dubois-Crancé écrivaient aux Jacobins de Paris : t La crise approche, le tyran sarde nous » menace. Le serpent de l'aristocratie se mimtre la tète haute. Gre- » noble, habilement instrumenté par nos ennemis, nous glisserait » dans les mains, si nous n'avions le soin de les entr'ouvrir quelque- » fois pour y laisser tomber des assignats. »

Le parti politique que Grenoble allait embrasser dépendait ainsi d'une question d'argent; cette question fut résolue dans la nuit du 22 juin en faveur de la Montagne. La séance où les administrateurs de Grenoble s'étaient réunis fut des plus orageuses : les partisans des Lyonnais demandaient que les représentants Dubois-Crancé et Gauthier fussent arrêtés et traduits à Lyon. Ils avaient déroulé sur le bureau une carte de la France pour prouver géographiquement que le Midi pouvait au besoin se passer du Nord. Le fédéralisme s'affichait effrontément.

Le lendemain même, Grenoble se déclara contre Lyon, et mit la Gironde hors la loi. Les députés lyonnais, avertis à temps , purent se soustraire par la fuite au mandat d'amener que Dubois-Crancé avait lancé contre eux.

Page 1