‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 138 sur 217 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

SOMMAIRE : La Convention en présence du fédéralisme. — Assassinai du municipal Sautemouche. — Jeu de mots sur son nom. — Discours d'un membre de la dépulation de Rhône-et-Loire. — Des Lyonnais dénoncent â la Convention l'oppression des patriotes. — Décret du 3 juillet. •^ Réunion conciliatrice dans la Loge-du-Change. — Discours du citoyen Loyer. — Installation de la commission populaire et républicaine du département de Rhône-et-Loire. — Casernement de dix-huit cents gardes nationaux. — Les blessés du 29 mai. — Lyon laisse passer des convois destinés à Tarmée des Alpes et à Grenoble. — Influence des royalistes. -* Us font mettre Tembargo sur une flottille destinée à Tarmée des Pyrénées-Orientales. — Saisie de quatre-vingt-huit chevaux. ^- Le général Seriziat à Lyon.

Le temps marchait sans laisser après lui la plus légère espérance de réconciliation. La Provence et la Normandie s'étaient déclarées en faveur du fédéralisme. Les villes de Besançon, de Dijon, de Màcon et de Bourg étaient autant de rayons puissants qui convergeaient vers Lyon, ce foyer principal de la résistance.

Un gentilhonune, un royaliste, le général Wimpfen, fort de sa haine contre la révolution, commandait les troupes rebelles du Calvados; un autre royaliste, Précy, sortira bientôt de sa retraite pour venir prendre aussi le commandement en chef de l'armée lyonnaise. Debout sous le drapeau tricolore, la France se trouvait donc alors divisée par le plus grand schisme politique dont fassent mention ses plus sombres annales. Vaincue au nord et au sud par les puissances étrangères, battue à l'ouest par de simples paysans qui avaient conquis par leur courage et leur dévouement le titre d'armée catholique et royale de la Vendée, la Convention se trouvait en outre

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menacée par trente mille hommes déterminés, recrutés dans les montagnes de la Lozère, combattant comme de vieux soldats sous la croix de cinquante prêtres insermentés et sous le drapeau blanc arboré par plusieurs oflîciers condéens.

Protégé par ce nouvel esprit de modérantisme mis à l'ordre du jour, par les vaincus de la Gironde, des réactions sanglantes avaient eu lieu sur plusieurs points de la République. Dès le 27 juin, le peuple de Lyon avait impitoyablement mis à mort un membre de l'ancienne commune. Nous devons mentionner ce fait que plusieurs personnes considérèrent dans le temps comme un acte de justice expiatoire, les autres comme un crime d'autant plus affreux qu^il avait été commis sans nécessité aucune.

Pour donner à la Convention nationale une preuve de l'indulgence que les vainqueui*s accordaient aux détenus du 29 mai, la police correctionnelle avait absous Sautemouche, ce terrible proconsul qui avait présidé d'une manière si fâcheuse à la contribution forcée de six millions. Le jour même de son élargissement, le 27 juin, le cidevant officier municipal était entré dans un des cafés du quai de la Saône, pour y boire de la bière; il était seul, paisiblement assis à Tune des extrémités de la salle, loi'sque plusieurs muscadins le reconnurent. « C'est Sautemouche, dirent-ils, c'est le meurtrier des demoiselles Cognet, et il vit encore Mort à Sautemouche 1 » Aussitôt on l'entoure; il demande grâce, on le serre de plus près. Attirés par le tumulte, un grand nombre de citoyens se rassemblent. « Sauvezmoi! leur crie la victime; sauvez-moi I... •» Point de réponse. Soit que son nom eût glacé tous les cœurs, soit que le peuple fût déjà habitué aux sanglants sacrifices, il assista froidement à l'agonie du malheureux qui demandait miséricorde. Il était neuf heures du soir, la foule grossissait toujours au milieu des clameurs de mort qui s'élevèrent de toutes parts. Les cris de : Sautemouche à la lanterne ! se font entendre; un réverbère est bientôt descendu, un nœud coulant se forme : à la vue de la corde fatale, le malheureux tend des mains suppliantes, il implore la pitié de ses bourreaux. « Pas de pitié pour toi, lui dit un jeune homme perçant la feule, point de pitié pour toi, puisque tu n'en as pas eu pour les auti'es. » Et d'un coup de sabre dans le côté gauche, il le renversa roide mort.

Alors on vit la répétition du drame horrible du 19 juillet 1790, la contre-partie du meurtre de l^gier, le soldat suisse. Le cadavre

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