‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 140 sur 217 · CHAPITRE XXL 2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL 2i

» un ennemi ordinaire 'que celui que vous aurez bientôt en tête, » c'est une faction altérée de sang et de pillage, qui ne pourra ja- » mais se rassasier. Notre dévouement serait une folie qui ne vous » donnerait pas raison; nos têtes ne sauveraient pas les vôtres; nos » pas sur le chemin de la guillotine ne serviraient qu'à vous en » frayer le passage: ainsi donc point de concession, point de fai- » blesse! traitons s'il le faut, mais comme nos pères le faisaient, la » main sur la garde de notre épée, ou bien comme Brennus, notre • épée dans la balance qui doit peser nos destinées. »

Cet essai de conciliation fut le dernier ; on s'occupa dès lors avec une activité peu commune à se mettre en mesure de résister jusqu'à la dernière extrémité.

Le dimanche 1«' juillet, l'administration lyonnaise s'était installée à l'Hôtel-de-Ville, dans la salle publique du conseil général, sous le nom de Commission poptdaire et républicaine de salut public du département de Rhâne-et'Loire. Quoique les Lyonnais ne fussent pas encore sérieusement menacés, quoique Dubois-Crancé parlât seulement de les faire expliquer ^ les autorités prirent l'initiative de la lutte, sans examiner la possibilité d un pourparler, sans admettre qu'on dût travailler à rétablir la concorde par des concessions mutuelles. Un arrêté du 2 juillet ordonna le casernement de dix-huit cents citoyens soldats, classés à tour de rôle dans les bataillons; le même jour des citoyens, armés de pelles et de pioches, préparèrent des retranchements à la culée extérieure du pont Morand. Le 3 juillet, les tambours battirent la générale dès cinq heures du matin, et la garde nationale se rendit par bataillons sur la place Bellecour ; c'était la première fois , depuis le 29 mai , qu'elle se trouvait réunie tout entière sur les lieux d'où elle avait marché à la conquête de l'Hôtel-de-Ville.

L'enthousiasme de ces soldats citoyens fut à son comble quand, aux sons d'une musique guerrière, ils aperçurent , à la tête du défilé, une compagnie d'hommes pâles et amaigris par la souffrance, revenant marquer leur place pour les jours de périls qui s'approchaient : c'était les blessés de la journée du 29 mai.

Au milieu de ces dispositions hostiles, Lyon eut la générosité de ne pas s'opposer au passage des convois militaires, qui, sous le prétexte de secourir l'armée des frontières, devaient bientôt fournir aux assiégeants un matériel imposant contre les assiégés.

i2i8 HISTOIRE DE LYON. — 1793.

A une lettre signée dans les derniers jours du mois de juin par le citoyen Desparro, directeur des transports militaires de la République, les officiers municipaux Faidy et Royer avaient ré(>ondu, le 2 juillet, que les douze mille boulets venus d'Auxonne pour Grenoble, et qu'il réclamait, resteraient à Lyon jusqu'à nouvel ordre dans leurs bateaux , sous la sauvegarde des sentinelles ; mais la commission populaire et républicaine leva presqu'aussitôt cet embargo, déclarant au peuple de Lyon que tous ses comités réunis, ayant pesé toutes les raisons pour et contre, étaient d'avis que les douze mille boulets devaient avoir leur destination, et que le département de Rhône-et-Loire ne pouvait, dans les circonstances présentes , sans aucun prétexte et sans aucune responsabilité majeure, arrêter des munitions de guerre qui d'un moment à l'autre pouvaient devenir d'une grande nécessité pour les armées. La commission populaire ajoutait que le peuple de Lyon devait prouver en cette circonstance, à ses frères d'armes des frontières, qu'il était incapable de mettre le plus léger obstacle au succès de leurs armes, et qu'il pensait assez bien des troupes républicaines pour être entièrement convaincu que celles-ci ne feraient jamais usage contre leurs frères du département de Rhône-et-Loire et de tous les autres départements, des armes et des munitions de guerre, dont il aurait facilité de tout son pouvoir le passage et la translation.

Quatre jours après, la commission populaire permit également un libre passage à un convoi de cent quarante - trois sacs de farine destinés, disait-on, à la ville de Grenoble, et que les Lyonnais voulaient retenir pour approvisionner la leur. Ces générosités étaient fatales, car les représeittants de la Convention prenaient pour de la faiblesse ce qui n'était que du patriotisme ; et forts de la condescendance de la commission populaire, ils en profitèrent pour leur enlever, sous divers prétextes, toutes les ressources qui, plus tard, pouvaient l'aider à soutenir avec avantage le siège dont elle était menacée. Les royalistes, qui formaient la partie occulte des nouvelles autorités lyonnaises, comprirent si bien cette imprévoyance, qu'ils réussirent le lendemain à faire retenir momentanément une flottille descendue pareillement sur la Saône, et destinée à l'armée des Pyrénées orientales ; elle contenait trente-deux pièces de canon de fer de seize et de vingt-quatre, montées sur des affûts de remparts. L'armée départementale qui s'organisait avec activité se ré-

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