CHAPITRE XXI
jouit de cette mesure, mais sa joie fut de courte durée; car, quelques jours après, la commission populaire et militaire crut devoir relâcher la flottille et la compagnie d'artilleurs qui raccompagnait sous le commandement d'un nommé Salva. Les représentants du peuple près Tannée des Pyrénées-Orientales avaient écrit une lettre menaçante aux Lyonnais, les rendant respoivsables, devant la postérité, de tous les revers qui pourraient frapper un peuple dépourvu de secours et de munitions*
Ce fut la dernière concession. Les royalistes, acquérant insensiblement chaque jour un peu plus de consistance, unirent par prendre sur les délibérations un ascendant qui, de la part de leurs collègues, ne rencontra bientôt plus d'opposition. Pour en arriver là, ils s'étaient plies d'abord à tous les événements, aux exigences même les plus contraires à leur manière de voir. La cause fie Lyon pouvait compter sur eux à la vie et à la mort, ainsi qu'ils le prouvèrent presque tous, trois mois plus tard, sur les champs de combats et sur les écbafauds. En attendant, elle n'avait pas ^ meilleurs conseillers et de plus dévoués soldats. Ce furent eux, surtout, qui décidèrent la commission populaire à décréter la saisie de quatre-vingt-huit chevaux destinés à la légion des Allo))ro^es et confiés à la garde du général de brigade Seriziat, l'anciej» commandant du bataillon ^e Rhône-et-Loire, D'après leurs conseilS| la commission arrêta, en outre, que le général serait mis à la disposition des autorités du département, et qu'il serait invité à ne pas quitter la ville jusqu'à ce qu'elle eût pris des mesures de sûreté à son égard, et avant qu'il n'eût rendu compte lui-même de la mission que lui avait confiée Dubois-Crancé.
Il fut introduit à ce sujet au sein de rassemblée populaire avec tous les égards et tous les honneurs dus à son rang. Le président Cilibert le fit asseoir à ses côtés, le priant de s'expliquer avec franchise et loyauté sur l'objet de sa mission : le général s'exprima en ces termes :
<• Je déteste autant que vous le désordre et l'anarchie; je porte dans mon cœur d'homme libre et de soldat la haine de tous les tyrans : c'est surtout contre les ennemis de ma patrie, contre les oppresseurs de sa liberté que je veux m'élever; j'ai appris en arrivant ici le parti vigoureux que vous avez pris de résister à l'oppression des tyrans. J'ai lu vos superbes déclarations, vos princi- I. 32
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pes sont les miens ; le peuple de Lyon donne un grand exemple à la nation : il se lève, et la liberté est sauvée. Citoyens, ma mission n'a rien d'effrayant pour vous, et quelle qu'elle fût, quel qu'en fût le porteur, elle n'ébranlerait pas votre courage; mais Sériziat, votre ami, votre frère, votre compatriote, n'entreprendra jamais rien contre la liberté de sa patrie. Citoyens, telle est mon opinion politique; à l'armée, je ne connais que l'obéissance; parmi vous, je suis votre frère, et mon cœur s'épanche avec effusion.
V Maintenant je vais vous dire quelle est ma mission.
» Je suis chargé de vous faire des propositions de paix et de réconciliation au nom de Dubois-Crancé et d'Albitte, qui se qualifient de représentants du peuple. »
Alors de grands cris interrompirent l'orateur ; au nom de Dubois- Crancé, tous les membres de l'assemblée populaire et républicaine se levèrent en masse, transportés par un mouvement d'indignation. « Non, non, s'écrièrent-ils, point de paix avec les scélérats, avec les traîtres; votre mission, général, à cet égard est Hqie. Nous ne pouvons et ne devons pas en entendre davantage, et, sachez-le bien, nous ne reconnaissons pas les pouvoirs des hommes que vous venez de nommer; nous ne pouvons les reconnaître que comme nos plus implacables ennemis. Malheur à eux ! ou malheur à nous ! car entre eux et nous c'est une guerre à mort ! »