‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 146 sur 217 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

transporter tous les huit jours les armes à feu qui seraient fabriquées à l'avenir dans le plus bref délai.

Un second article autorisait les autorités de Saint-Etienne à Qxer elles-mêmes le prix de ces armes, comparativement à la valeur des matières premières et à la main-d'œuvre. Une autre mesure également importante fut arrêtée sur la motion d'un citoyen qui prouva que dans les circonstances où se trouvait la République , il était urgent de donner la plus grande publicité aux délibérations prises par la commission populaire du peuple de Lyon , et notamment aux déclarations du 4 de ce mois, afin d'éclairer les esprits sur les patriotiques intentions des Lyonnais et de les prévenir contre tous les discours des malveillants. L'orateur pensait avec raison que le meilleur moyen d'atteindre ce but, était de donner Tordre à tous les curés d'en faire la lecture au prône, attendu que presque tous les citoyens des communes assistaient à la messe de paroisse. Les citoyens curés devaient en outre inviter leurs paroissiens à exécuter avec exactitude tous les ordres qui émaneraient de la commission populaire, à se réunir autour de cette assemblée, à ne faire qu'une seule union avec elle, et à se tenir prêts à sacrifier au besoin leurs biens, leurs personnes et celles de leurs enfants pour assurer la tranquillité de la République et maintenir les droits conquis par la victoire du 29 mai.

Le conventionnel Chasset, député de Villefranche, applaudit vivement à toutes ces mesures, et engagea les Lyonnais à mourir plutôt que de faiblir un seul instant. « Citoyens ! s*écria-t-il au milieu » des applaudissements , braves Lyonnais I je serais mort à mon » poste si le sacrifice de ma vie eût pu être de quelque utilité à ma »> patrie : j'ai pensé qu'elle serait plus utile parmi mes concitoyens, » et que je pourrais y soutenir avec succès les droits de l'homme, « la cause de la liberté et de l'égalité. La Convention n'est plus » qu'un vil composé d'un reste impur de factieux et de scélérats » qui, au nom de la liberté, veulent opprimer leur patrie et la pion- » ger dans les fers. Ils vous accuseront de ne point vouloir de Con- » vention nationale , et ce sont eux qui ne «veulent point de repré- » sentation nationale; ce sont eux qui veulent asservir tous les » Français, et appeler sur leurs têtes tous les fléaux de l'anarchie » et du despotisme. Le citoyen Biroteau , mon collègue , qui m'a » précédé dans cette patriotique enceinte, vous a dit quelles ma-

» nœuvres odieuses, quelles violences on avait pratiquées contre vos » représentants ! et comment, dans le momeui même qu'on arra- » chait à la (Convention nationale la déclaration qu'elle était libre, »» cent bouches à feu étaient préparées contre elle; cent ouille hom. » mes armés entouraient son enceinte, et les satellites des anarchis- » tes repoussaient à coups de baïonnettes vos représentants. Per- » sistez, Lyonnais, dans votre courage et dans vos nobles résolutions, » les anciens Républicains de Rome survivent en vous ; vivez libres » ou mourez dignes d'eux. »

Les vives acclamations qui avaient accueilli la Qn de cette vigoureuse harangue duraient encore, lorsqu'un député de 1^ ville de Marseille introduit à llnstant même, prenant la parole, fît part à l'assemblée d'une victoire complète , remportée par les Marseillais contre Tannée avignonnaise, rangée en bataille sur les rives de la Durance. « L'action, dit-il, parait décisive, car l'armée des Montagnards, après avoir essuyé une grande perte d'hommes, est en pleine déroute. Les vainqueurs sont aiqourd'hui dans les murs d'Â* vignon, d'où ils partiront demain pour venir partager la gloire et les périls de leurs frères de Lyon. « Cette nouvelle, dont une partie seule était vraie, redoubla l'enthousiasme. Dans ce moment, on annonça l'arrivée d'une nombreuse députation de la commune de Bully, canton de l'Arbresle; introduite immédiatement dans la salle des séances, un homme vieux par les années , mais jeune encore par te cœur et la pensée, prononça avec fermeté ces paroles :

« Citoyens, dit-il, les habitants de la commune de Bully qui nous » ont députés vers vous, ne viennent pas vous féliciter par notre » organe de l'énergie républicaine que vous avez montrée dans vo- » tre proclamation du 4 de ce mois; ils nous autorisent seulement » à vous dire que vous avez rempli fidèlement votre mission; que » vous avez peint avec exactitude leurs sentiments , et que vous » avez justifié la confiance de vos commettants.

» Nous ne vous ferons pas des phrases, nous en ignorons l'u- » sage : la raison agreste de nos pays est accoutumée à se montrer » dénuée des ornements de l'art; mais comme elle tient de plus • près i la nature par ses habitudes et son genre de vie, elle sent ^ plus fortement ce qui est vrai, ce qui est juste, ce qui est beau : » elle a donc applaudi à votre déclaration.

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