‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 151 sur 217 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Mémoires d'un pauvre diable, M. Passeron, témoin oculaire des événements que nous décrivons, prétend que son teint basané, son petit chapeau à trois cornes, ses grandes bottes , la redingote grise qu'il portait dans les jours froids, sur un petit frac boutonné droit sur le devant, et laissant apercevoir un gilet fortement échancré, lui donnaient une ressemblance plus grande encore avec Napoléon.

II avait conservé toute la vigueur et même toute la fougue d'un lieutenant de hussards. ^ Un chef de parti , disait-il souvent, doit payer de sa personne comme le dernier de ses soldats. » Aussi n'épargna-t-il jamais la sienne. Excellent militaire, il manquait' peutêtre de cette portée morale et politique qu'exigeaient les circonstances graves qu'il devait diriger; il faut avouer toutefois qu'elles étaient bien difficiles, et qu'un génie plus grand que le sien se serait trouvé fort embarrassé alors, surtout, que les départements fédérasses lâchèrent pied de toutes parts, et que Lyon fut réduit à ses propres forces. Quoi qu'il en soit, Précy, abstraction faite de ses opinions anti-nationales, est une noble figure à laquelle l'auréole de la victoire a seule manqué, et que les Annales de la France militaire doivent mettre au nombre des plus belles et des plus héroïques.

Le même jour, et pendant que cette scène se passait non loin de Lyon, douze cents hommes de bonne volonté, sac au dos, drapeaux déployés, et précédés par quatre pièces de campagne, se dirigeaient de Sainte-Foy sur Saint-Étienne , où des troubles graves et mena çants pour l'avenir venaient d'éclater. Des avis pressants, envoyés par le district de Saint-Étienne et le niaire de cette ville, M. Praire- Royet, annonçaient à l'administration départementale que le parti montagnard avait réussi à soulever la population, composée en grande partie douvriers employés aux fabriques d'armes, ainsi qu'aux manufactures de rubans, et que la garde nationale craignait à chaque instant d'être débordée; des symptômes d'insurrection se manifestaient d'heure en heure; déjà les Jacobins avaient attaqué un détachement de dragons de Lorraine, caserne dans le couvent des Capucins, sous le prétexte faux que les officiers étaient des émigrés, et les soldats des contre-révolutionnaires ; peu s'en fallut même que soldats et officiers ne fussent exterminés ; la prudence et la fermeté du maire, l'attitude de la garde nationale purent seules les préserver.

H n'y avait pas un moment à perdre. La colonne lyonnaise arriva

le lendemain à Rive-de-Gier, où les habitants lui firent un excellent accueil. Malgré l'excessive élévation de la température, les Lyonnais se remirent en marche le lendemain, et marchèrent par division sur la grande route , leurs têtes de colonnes appuyées sur leurs quatre pièces d'artillerie.

Us étaient dirigés par des adjudants-généraux au milieu desquels on remarquait les girondins Biroteau et Chasset , commissaires du département, tous deux en grande tenue.

L'armée expéditionnaire marchait ainsi depuis quelques heures, lorsque le commandement de halte se fit entendre ; un jeune homme de Saint-Chamond venait de prévenir les chefs, qu'un certain nombre de Jacobins se préparaient à défendre l'entrée de cette ville.

Trois cents hommes et une pièce de canon détachés du corps principal, reçx)ivent l'ordre de s'emparer des hauteurs qui sont à l'ouest de la route de Saint-Chamond du côté du mont Pila , pour dominer cette ville, tandis que la colonne d'attaque la prendrait de front, et l'emporterait de vive force.

Malgré l'ardeur des Lyonnais et l'impatience qu'ils avaient de brûler leurs premières cartouches, on continua de marcher avec précaution. Les éclaireurs, parmi lesquels se faisait remarquer par son ardeur le jeune Fleur- de-Lis , fils de l'ancien greffier de la sénéchaussée de Lyon, battaient les hauteurs à droite et à gauche, pour ne point se trouver pris dans quelque embuscade. De temps à autre, ils apercevaient au loin des hommes armés qui les observaient sans doute et n'osaient les attaquer. Le mauvais état des chemins retardait leur marche, par les difficultés sans nombre qu'ils rencontraient. Les banonniers se virent plusieurs fois obligés d'aider aux chevaux pour faire passer leurs pièces ; ils parvinrent cependant sur les crêtes qui leur avaient été désignées.

Presque en même temps, la colonne principale qui suivait la grande route était arrivée à l'entrée de la ville, et s'était trouvée en présence d'une nombreuse troupe, qui témoignait, par ses démonstrations, l'intention de disputer vigoureusement le passage; c'étaient les Jacobins de Saint-Étienne qui, trop faibles pour oser résister à main armée à la garde nationale, étaient venus se joindre à ceux de Saint-Chamond, pour donner plus de consistance à leurs mouvements. On était près d'en venir aux mains. Les Lyonnais attendaient avec impatience le signal de l'attaque, lorsque tout à coup

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