‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 152 sur 217 · CHAPITRE XXlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXlll

de grands cris se firent entendre aux flancs de la Montagne : A bas les Jacobins! Vive Lyon et la République f vive la nation!

La seconde colonne avait parfaitement exécuté la manœuvre ordonnée. A la vue de cette division lyonnaise et craignant d'être pris en queue, les Jacobins de Saint-Etienne et de Saint-Chamond se débandèrent en toute hâte, ^ans tirer un seul coup de feu, en proférant seulement ce cri : ii bas les Muscadins ! Mais ceux-ci, s'élançant à leur poursuite, s'emparèrent de quelques-uns, qu'ils relâchèrent presque aussitôt; les meneurs avaient eu le soin de se mettre à l'abri.

Les habitants de Saint-Chamond reçurent les Lyonnais en. libérateurs, les maisons riches s'empressèrent de leur offrir la plus généreuse hospitalité; le soir, il y eut festins et bals, la ville entière était illuminée comme aux jours des grandes victoires. C'en était une bien grande, en efTet, que l'ordre venait de remporter sur l'esprit d'insurrection qui, depuis longtemps, retenait la population de cette cité sous le poids d'une affreuse perplexité. On n'entendait partout ^ que des acclamations en l'honneur des Lyonnais ; les dames surtout ne revenaient pas de la surprise qu'elles éprouvaient de trouver des formes exquises et d'aussi bonnes manières chez des soldats arrivés couverts de poussière, et le sac au dos. Elles n'avaient pas compris jusqu'alors le surnom de Muscadins ; ce mot, qui, pour quelques-unes, signifiait toute autre chose que des habitudes distinguées et anti-sans-culottes, trouva près d'elles réhabilitation complète.

Le 12 juillet, l'expédition lyonnaise, s'arrachant pour ainsi d\fe aux regrets de Saint-Chamond, se dirigea sur Saint- Etienne dans le même ordre de marche, artillerie en tête, et tirailleurs sur les flancs : cette disposition fut inutile, les Jacobins ne se montrèrent plus. Les Lyonnais arrivèrent de bonne heure à Saint-Etienne , où les attendaient, à l'entrée de la ville, le maire f raire-Roj^et, le conseil municipal, la garde nationale, et presque toute la bourgeoisie vêtue .de ses habits de fête. Le maire les complimenta sur leur magnifique tenue, sur leur belle organisation, et l'excellent esprit qui les animait. Les Lyonnais, à leur tour, félicitèrent cet administrateur et lui offrirent une couronne aux branchages d'or, en témoignage de sa fermeté et de son courage civique. En la recevant, Praire-Royet leur dit : « Citoyens, quels que soient les événements qui se préparent, que nous soyons vainqueurs, ou que nous succombions dans

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cette guerre de résistance à l'oppression ; quel que soit le sort que la Providence me réserve, la distinction honorifique, que je viens de recevoir de vos mains, me rappellerait à mes devoirs et soutiendrait mon courage, ^i jamais j'en avais besoin. » Les Lyonnais entrèrent alors dans la ville, aux cris de : Vivent les braves enfants de Lyon! vive la nation! vive la République!

La ville de Saint-Étienne comptait à cette époque dix-huit mille habitants , dont la plus grande partie, appartenant à la classe ouvrière et travaillant sur le fer et la soie, subissait l'influence de la Montagne. Aussi les clubs jacobins de cette commune étaient-ils nombreux et fort avancés dans les idées démocratiques ; Texaltation qui les animait ne cédait en rien à celle que Challier avait mise autrefois à Tordre du jour dans le club central de Lyon. La première mesure que prirent les Lyonnais fut de fermer toutes les Jacobinières ; cette opération ne rencontra aucun obstacle. Le soir même toutes les sections furent convoquées. L'église des ci-devant Minimes servit de lieu de réunion. Le Conventionnel Biroteau se fit applaudir par une harangue vigoureusement sentie, plus énergiquément encore exprimée; le lendemain il partit, avec une forte escorte, pour aller occuper militairement Montbrison; il y trouva une seconde colonne expéditionnaire, composée d'environ huit cents hommes, envoyés récemment par la commission populaire et républicaine du département.

Montbrison était la ville du Forez qui présentait le plus de ressources et le plus de sympathie à la cause lyonnaise, par la nature et l'esprit de sa population; une nombreuse et vaillante noblesse militaire y conservait les vieilles traditions chevaleresques du royalisme et de la fidélité.

La cavalerie lyonnaise, détachée de l'armée départementale, et composée de vingt cavaliers seulement, y recruta soixante hommes d'élite parfaitement équipés et montés, qui formèrent un escadron remarquable par sa brillante tenue autant que par son courage. Ce corps était indispensable pour battre la plaine, et se porter rapidement d'un point à un autre.

L'occupation du Forez ayant été effectuée par la possession de ses deux villes principales, on prit les moyens nécessaires pour maintenir ces contrées sous la dépendance de Lyon^ assuré de trouver, dans une manufacture considérable, des armes pour ses soldais,

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un terrain fertile, et des grains en abondance pour ses approvisionnements. Toutefois , on pensa que six cents hommes déterminés seraient suffisants pour maintenir cette occupation, et observer les Jacobins ; car les populations de Montbrison et de Feurs étaient dévouées presqu'entièrement à la cause lyonnaise. On pouvait compter à Saint-Étienne sur le con^urs actif du maire et du citoyen Molle, commandant de la garde nationale, ainsi que sur le boti esprit de l'adjudant-général Desjardin et des hommes les plus influents de la Cité. Le maire, Praire-Royet, était dans toute la force de Tàge : doué d'un physique agréable, il joignait à un sens droit une élocution facile, entraînante, et une vigueur de volonté peu commune même en temps de révolution. Sa maison de commerce en rubans, Tune des plus importantes, sinon la première du pays, occupait un assez grand nombre d'ouvriers, sur lesquels on pouvait compter aussi. L'anarchie n'avait donc plus de partisans à Saint-Etienne que parmi les Jacobins, association formée, comme à Paris, Lyon et dans toute la France, des membres les plus abjects de la société, à part quelques exceptions fort rares, composées de folies ou d'exagérations.

D'après ces renseignements regardés comme certains, les chefs de l'expédition conservèrent à Montbrison trois cents hommes de garnison, infanterie, vingt cavaliers et une batterie de deux pièces de canon servies par des artilleurs d'élite.

On établit à Duerne, bourg intermédiaire entre Montbrison et Lyon, un piquet de dix cavaliers pour assurer la communication entre ces deux villes. Une garnison de cent hommes fut casernée à Saint-Chamond avec l'ordre de se réunir en cas de besoin à trois cents hommes d infanterie laissés dans Saint-Étienne. Ce petit corps d armée se complétait par cinquante dragons de LoiVaine, quelques cavaliers volontaires et quatre pièces de campagne supérieurement servies par de bons canonniers et des artilleurs de ligne, au nombre desquels l'on distinguait le vieux, le brave sergent Larferté, remarquable en effet par sa longue moustache blanche, ses quarante ans de service et ses nombreuses cicatrices.

Le quartier-général fut établi à Saint-Étienne, et le commandement en chef confié à l'adjudant-général Servan \ sous ses ordres le capitaine Roche commandait à Montbrispn , et le capitaine Roux à Saint-Chamond.

Servan était un jeune homme de 28 ans; sa figure était belle, sa taille fort élevée, ses manières pleines de grâces et de courtoisie. Orphelin dès Tàge de quatorze ans, il jouissait d'une fortune indépendante dont il faisait un noble usage. La révolution, en portant un rude atteinte à ses affections politiques, avait brisé son avenir militaire; car, après avoir servi Louis XVI comme garde du corps, il aurait cru commettre un sacrilège, ainsi qu'il le disait parfois, en prêtant son épée à ceux qui avaient fait tomber sur la place publique la tète de son royal maître. Plein d'audace et de courage, Servan manquait entièrement des qualités premières qui constituent un bon général ; en revanche il avait tous les brillants défauts qui caractérisent la Furia française, cette cause ordinaire de nos plus glorieuses défaites. Son esprit léger, impétueux , présomptueux même, ne pouvait se plier aux nombreux calculs de la stratégie; il ne savait pas tourner une difficulté, il la prenait de face, dût-elle le briser. Mauvais général, mais excellent soldat, sa bravoure à toute épreuve marchait toujours l'égale de son incroyable activité.

Forcé par les exigences de ses fonctions à s'absenter souvent de Saint-Étienne , il nomma un quartier-maître, chef de Tétat-major de la place. Ce fut un simple grenadier, un nommé Puy, qui fut promu à ce poste important et fort difficile dans les circonstances présentes.

Les Lyonnais avaient été casernes dans le couvent des religieuses de Sainte-Catherine, monastère à moitié dévasté, dont le jardin ravagé devait servir d'emplacement à la nouvelle route de Roanne. Ce séjour s'harmonisait fort peu avec les goûts de jeunes volontaires habitués à toutes les douceurs de la vie, et qui auraient préféré dix combats meurtriers, à un seul jour de privation. La plupart d'entre eux commençaient à murmurer; quelques-uns même, secouant le joug de la discipline militaire, avaient repris la route de Lyon, fâcheux exemple pour les autres! lorsque l'adjudant-général Servan reçut des fonds de Lyon, qui permirent au quartier- maître de distribuer une paie de 5 livres par jour à chaque homme : les murmures et les désertions ne se renouvelèrent plus. Cependant les Jacobins de Saint-Étienne, violemment comprimés, n'attendaient qu'une occasion favorable pour jeter le masque et pour se déclarer contre ceux qu'ils appalaient leurs oppresseurs; elle ne tarda pas à se présenter. La promotion du ci - devant comte de Précy

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