‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 153 sur 217 · CHAPITRE XXllI. î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXllI. î

au commandement absolu de l'armée lyonnaise, leur servit de prétexte pour accuser celle-ci de royalisme , et soulever les passions de la rue contre elle. Cette accusation, adroitement répandue parmi la population stéphanoise, sembla répondre d'abord aux vœux des montagnards, en produisant une grande fermentation dans les classes ouvrières. La position des Lyonnais devenait critique, il était même question de les égorger pendant la nuit; il n'y avait donc pas une minute à perdre pour conjurer l'orage; il fallait, avant tout, déti-uire l'accusation portée contre eux, et prouver aux Stéphanois que leur intérêt était entièrement lié à celui des Lyonnais.

Le maire Praire-Royet convoqua les sections à une assemblée publique, à laquelle les principaux chefs de l'expédition lyonnaise furent invités à venir rendre compte de leur mission. Le chef de l'état-major, le citoyen Puy, prit le premier la parole.

« Oui, citoyens, nous sommes royalistes, s'écria-t-il , si le roya- » lisme consiste dans l'exercice consciencieux des droits et des deu voirs que la nation accorde à tous les citoyens nés Français. Oui, » nous sommes royalistes, si le royalisme réside dans l'amour que « tout citoyen français doit avoir pour la République, et dans la ré- » solution bien arrêtée de tout sacriGer et de mourir pour elle, plu- »> tôt que de laisser toucher à son inviolabilité et à son intégralité. >» Nous voulons la représentation franche, loyale et entière de la » Convention nationale ; nous voulons la liberté pour tous , pour » nos amis comme pour nos ennemis. Nous voulons l'affranchissc- V ment des honnêtes gens trop longtemps esclaves des méchants ; » nous voulons l'égalité de la loi pour tous. Nous voulons la gloire, « le bonheur, la liberté du pays et la réconciliation des partis, po- » sée sur des bases vraies et sincères. Oui, citoyens, je le répète, » à ce compte-là nous sommes royalistes. »

Ce discours hardi produisit une vive impression. Plusieurs autres personnes s'étaient fait successivement entendre, et le maire allait lever la séance, lorsqu'un jeune homme de vingt-un ans, à la figure distinguée, k la voix sonore et à la pensée vive, se levant, demanda quelques instants de silence. Par un brillant exorde^ il chercha d'abord à rassurer ceux pour lesquels la nomination du général Précy avait été un sujet d'appréhension. « Si les patriotes lyonnais ont choisi Précy pour chef, s'écria-t-il, c'est qu'ils avaient foi dans son courage, dans son énergie et dans ses talents militaires, I. 35

autant que dans sa probité politique. C'est le soldat expérimente et non le royaliste qu'ils ont vu dans la personne du général ; d'ailleurs la République était trop grande, trop forte, trop puissante pour avoir à craindre Tinfluence d*un seul homme, qui serait son défenseur le plus dévoué, si jamais il faisait le serment de la servir; parce que Précy, dit-il, est un de ces hommes qui croient à Dieu, et par conséquent à la sainteté du serment. » Il dépeignit ensuite les horreurs de Fanarchie, en dévoilant les projets impies des ambitieux et des intrigants, qui, pour arriver aux honneurs et aux dignités, voulaient soumettre la France à un joug plus odieux encore que celui dont elle s'était affranchie. Il conjura les habitants de Saint-Étienne de repousser, comme une aflreuse calomnie, l'imputation de royalisme portée contre les Lyonnais, qui ne voulaient et ne souhaitaient que le bonheur du pays tout entier. « Nous n'avons pris les armes , ajouta-t-il , que pour la défense de la liberté, citoyens; car, Lyonnais, nous sommes les fils de cette race d'hommes magnanimes qui s'estimaient heureux de mourir en combattant les soldats de Rom^, pour ne point se laisser attacher au char du triomphateur. Nous aussi, citoyens, nous serons heureux de mourir comme nos pères dans toute notre indépendance, plutôt que de subir le joug honteux des triomphateurs d'une assemblée qui n'est plus nationale , et que nous repoussons comme traîtres à la nation. »

Cette péroraison, prononcée avec le sentiment d'une conviction profonde, produisit une impression inexprimable sur un auditoire devenu tellement nombreux, qu'il encombrait toutes les parties de l'église où se tenait l'assemblée. A la vérité, tout intéressait chez Camille Jordan ; son éloquence , sa haute raison , sa connaissance approfondie des affaires, et son extrême jeunesse surtout captivaient tous les cœurs. Lorsqu'il s'assit, les applaudissements qu'il avait excités redoublèrent et devinrent unanimes. Les auditeurs s'étaient levés en masse, et s'écriaient en frappant des mains : Uim^ pression/ Vimpression! Le président lui-même, s'unissant au vœu général, remercia l'orateur au nom de tous, et le pria de livrer son discours à l'impression. Camille Jordan promit de le faire, malgré la difficulté de reproduire un discours improvisé.

Cette conférence produisit le meilleur effet sur la population; les esprits se calmèrent, les rassemblemenls cessèrent, et les Jacobins

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furent encore une Tois réduits pour quelque temps au silence et au regret d'une défaite. Les trois principales villes du Forez persistèrent donc plus que jamais dans leurs résolutions de rester unies à la cause lyonnaise.

Tandis que les soldats du peuple de Lyon occupaient ainsi militairement les principales positions du Forez , leurs auxiliaires des contrées méridionales levaient partout l'étendard de la résistance pour l'opposer au drapeau de la Convention.

Dès le 8 juillet, poussant le cri d'alarme, les représentants du peuple, envoyés près l'armée des Alpes, mandaient aux représentants du peuple, membres du comité de salut public :

« La marche des Marseillais, pour se réunir aux insultés de Lyon » avec les rebelles de Nîmes et de Montpellier, nous a été annoncée. » Nous avons envoyé à leur rencontre un corps de quatre mille » hommes, avec ordre d'employer tous les moyens nécessaires pour » les faire rétrograder ; mais ils avaient déjà forcé le passage de la V Durance. Les Nlmois occupent aujourd'hui le château de Saint- » Esprit, de sorte qu'ils sont maîtres de se porter sur la rive droite « du Rhône, d^arriver à Lyon par Saint-Etienne. Nous voulions pré- » venir cette jonction en marchant en même temps contre Lyon, » mais le général Kellermann a craint de compromettre les frontières » en retirant momentanément douze ou quinze bataillons.

» Nous pensons que des ordres positifs donnés à Kellermann rem- » pliraient Fobjet important d^étoufler à son principe un incendie » très-dangereux ; il le serait, il y a plus d'un mois , si l'on eût eu » plus de conOance en nous. Sortez donc de votre léthargie, frap- »• pez un coup terrible sur Lyon et tous ses adhérents: déclarez émii> grés tous ces contre-révolutionnaires de l'intérieur, et soumettez- » les aux mêmes peines. Si vous voulez qu'on se réjouisse de leur » châtiment, déclarez que vous autorisez les communes dans le lieu « de la situation de leurs biens, à se les partager comme biens » communaux. Nous vous garantissons que ce décret vaudra mieux » que cent mille hommes ; car cette guerre est celle des riches » égoïstes, et ce sera pour eux un coup de foudre : les pauvres aî- » meront mieux partager leurs biens , que de les servir pour leur » argent.

>> Si vous voulez en imposer davantage encore à Lyon, faites filer • dcT^rmée du Rhin douze ou quinze bataillons sur cette ville; cette

« armée est de toutes la moins occupée, et peut fournir ce secours à « celle des Alpes. Enfin ordonnez, et nous sommes prêts à marcher. »

Sans attendre la réponse des représentants membres du comité de salut public, le général Carteaux, pressé par les progrès de l'insurrection méridionale, avait fait un mouvement en avant dans les premiers jours de juillet. Paf ses ordres, des canonnière, un piquet de dragons et une compagnie d'infanterie avaient pris position à Tain pour surveiller le cours du Rhône, et couper la communication des insurgés de Lyon, avec les rebelles du Saint-Esprit, pendant que lui-même allait se poster avec le gros de son armée à quelque distance de cette ville, pour recevoir de Tartillerie et des troupes que devaieilt lui envoyer les représentants du peuple. En attendant ce renfort, il donna l'ordre au chef d'escadron Doppet d'occuper encore avec une colonne volante les environs de Boulêne, de Mornas et de Montdragon , pour empêcher de ce côté l'augmentation des forces rebelles. Ce petit corps d'armée se composait d'un bataillon du Mont-Blanc, de la légion des Allobroges, d'une compagnie du régiment ci-devant Bourgogne, de quelques dragons et de deux pièces de canon.

Après un combat insignifiant d'avant-garde, le chef d'escadron Doppet campa le 14 juillet devant les murs d'Orange. Le lendemain, au moment où il se mettait en marche sur la route d'Avignon, occupé, disait-on, par six mille soldats, il reçut la lettre suivante qu'un exprès de la municipalité de Sorgues lui apporta à franc étrier : '

« Citoyen, là patrie est en danger plus que jamais; les Marseillais « qui étaient sortis de la ville d'Avignon y sont rentrés sur les onze « heures, en faisant un carnage terrible de tous les patriotes qu'ils » ont rencontrés en rentrant. Déjà plus de deux cents citoyens sont » arrivés dans nos murs, après avoir échappé à une mort inévita- » ble. Si vous ne vous hâtez à faire marcher les troupes qui sont » sous votre commandement, c'en est fait de nous. Nous vous atten* » dons avec la plus vive impatience.

» Signé Le Maire et les Officiers municipaux de Sorgues. »

A la réception de cette lettre alarmante, Doppet hâtant sa marche, alla camper au Pontet, situé à une demi-lieue d'Avignon, où le rejoignit un renfort de deux pièces de qualre et d'un bataillon. 11 y

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