‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 154 sur 217 · CHAPITRE XXIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIU

séjourna fort peu, car sur l'avis que cinq cents insurgés d'Apt et de 1 Haine se dirigeaient sur la petite ville de Lille, il résolut de marcher à leur rencontre pour leur livrer bataille. Son avant-garde arrivait à la portée du canon de cette ville, que les rebelles y faisaient leur entrée aux acclamations des habitants. Doppet raconte, dans ses mémoires, comment alors il plaça sa petite armée sur le pied de la défensive, en attendant la réponse de deux dragons parlementaires qu'il venait d'envoyer à Lille.

U y avait à peine un quart d'heure que ces deux cavaliers étaient partis qu'il s'opéra un grand mouvement parmi les troupes les plus avancées du corps de bataille. Ce mouvement se changea bientôt en tumulte, et sans avoir reçu aucun ordre, ces troupes s'élancèrent sous les murs de la place en criant : Vengeance! Un des parlementaires avait été tué d'un coup de pistolet dans la ville, au mépris du droit des gens. Non moins révolté que ses soldats de cette violation des principes de la guerre, Doppet lit les plus grands efforts pour rétablir l'ordre dans sa colonne, qui demandait à grands cris le combat. 11 eut un canonnier tué d'un coup de carabine, et plusieurs soldats blessés à ses côtés , pendant qu'il cherchait à ramener sa colonne à la distance du canon de la ville. U était trop tard pour commencer l'attaque. Doppet passa toute la nuit, avec ses principaux ofliciers, à la préparer pour le lendemain. A la pointe du jour, les insurgés les premiers commencèrent le feu, Doppet y répondit vigoureusement à coups de canon. Comme ses boulets, quoique bien dirigés, ne pouvaient enfoncer la porte qui devait faire brèche, il lança contre elle un piquet d'infanterie, pour l'abattre à coups de hache; mais la porte barricadée au-dedans par des poutres, des charrettes et de grosses pièces de bois, résistant à tous les efforts, il y fit mettre le feu, dirigeant toujours l'action de son artillerie sur les points d'où partaient les coups do fusils et de carabines. La porte fut longtemps à brûler; enfin elle livra passage aux troupes de Doppet.

Lille subit alors le sort des villes conquises à la pointe de l'épée; elle fuk livrée au plus affreux pillage ; les soldats irrités par la résistance, aiguillonnés par l'appât du gain, enfonçaient les portes à coups de crosse de fusil, et s'emparaient de tout ce qui leur tombait sous la main. H y eut ce jour-là bien des crimes commis, bien des atrocités, bien des meurtres inutiles ; les vieillards de Lille se rap-

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pellent encore la rage et les excès des vainqueurs. Doppel raconte lui-môme que tous les efibrts qu'il fit pour arrêter le pillage furent nuls ; en vain, il demanda un tambour pour faire battre la générale, il n'en trouva pas un seul à son poste; tous se livraient impunément à la dévastation, les insurgés ayant abandonné la ville.

Le courrier qui porta au général Carteaux la nouvelle de la prise de Lille, se croisa avec celui que le général envoyait à Doppet, pour lui annoncer la reddition du Saint-Esprit.

Battus sur ces deux points, les insurgés du Midi ne perdirent cependant pas courage; nous les retrouverons plus d'une fois encore sur des champs de bataille. En attendant, toutes lés communes du département du Gard écrivirent la lettre suivante aux représentants Dubois-Crancé, Albitte et Gauthier, en fonction auprès de l'armée des Alpes.

« Citoyens ,

- Tandis que , méconnaissant tous vos devoirs, vous retenez sur » les bords du Rhône les forces destinées pour l'armée des Pyré- »> nées ; tandis que vous vous efforcez de diriger contre des citoyens » paisibles les troupes qui devaient faire leur sûreté, les Espagnols » envahissent notre territoire et sont prêts à dévaster les départe- » ments du Midi.

«Quels sont vos projets, représentants? Parlez : à quoi peuvent » tendre des mesures si funestes? Voulez-vous favoriser les progrès » des tyrans qui nous font la guerre ? Etes-vous des citoyens français, » ou les alliés des Espagnols? Prétendez-vous régner sur les dépar- » tements du Midi par la violence, établir dans nos belles contrées » la dictature de la terreur, et nous accabler sous des chaînes mille » fois plus pesantes que celles que nous venons de briser? Espérez- » vous, au moment où un projet de cx)nstitution va nous être pré- » sente, influencer notre opinion par l'appareil de la force, et nous » ravir l'expression de notre pensée , la plus chère propriété de • Thomme libre ?

» Citoyens représentants , détrompez-vous ; les peuples du Gard » ont solennellement proclamé la résistance à l'oppression; ils sau- » ront, jusqu'au dernier d'entre eux, combattre pour leur indépen- »> dance.

^ Ils vous déclarent donc qu'ils emploieront toutes leurs forces

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