‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 165 sur 217 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

» ont quelque amour de Tordre et de la justice, viennent se ranger » sous le drapeau des phalanges lyonnaises!

n Ne comptons au rang de nos ennemis et ne regardons comme » suspects que les factieux et les désorganisateurs. Appelons indis- » tinctement tous les citoyens du département à prendre place soit » dans les brigades de la ville, soit dans celles des districts; que » tous les Français, animés de nos principes et jaloux de résister » à l'oppression, soient admis à concourir avec nous à la défense » des droits les plus précieux et les plus sacrés. Empressons-nous » d'annoncer que tous ceux qui se feront inscrire, jouiront d'une * solde du moment de leur inscription sur les registres des sections » ou des municipalités.

» C'est en réunissant nos forces et nos cœurs que nous contien- » drons les malveillants, que nous détruirons à jamais les manœu- » vres et les espérances des anarchistes» et que nous parviendrons » à faire respecter les propriétés et les personnes.

» Fait en comité de sûreté générale, à Lyon, le 14 juillet 1793, » l'an U de la République.

» Signé BURTIN, président; Ahiot, secrétaire. »

Cétait la première fois que le citoyen Précy, appelé au comman* dément général de l'armée lyonnaise, paraissait au milieu de ses bataillons. Sa présence fut saluée par les plus éclatantes acclamations tout le temps que dura la revue fédérative. « Vive notre brave général, s'écriait-on de toutes parts, avec lui nous sommes sûrs de ta victoire I »

Cette fête fédérale se termina le soir par un grand banquet dans chaque section, où l'on renouvela le serment « de mourir les armes à la main plutôt que d'accepter le joug honteux de la Montagne. » Les illimiinations de la ville se prolongèrent fort avant dans la nuit, ainsi que des danses vives et animées sous les tilleuls de la place Bellecour.

Le lendemain, dans la séance du 15, le citoyen Rambaud, ci-devant lieutenant en la sénéchaussée et le siège présidial de Lyon, fut nommé, à l'unanimité , président de la commission populaire , en remplacement du dtoyen Gilibert, démissionnaire.

Le drame sanglant du 29 mai touchait à sa fin; le jour était venu où la tdte de Challier devait être l'enjeu de cette partie terrible,

jouée dans les clubs et les seetions d'abord, dans les rues et sur les quais ensuite, puis enfin à THÔtelde-Ville et sur la place des Terreaux.

Dans les premiers moments qui succédèrent i la défaite de son parti, Chaîner, croyant à l'inviolabilité de sa personne protégée par les décrets de la Convention, avait dit, quand des cris de mort étaient parvenus à son oreille : « Ils n'oseront jamais. » 11 ne tarda pas à revenir de cette opinion à la vue de l'inébranlable résolution des Lyonnais; alors lespérance fit place au doute qui se changea bientôt luimême en une terrible certitude. Du fond de son cachot, le farouche proconsul avait souvent entendu le son du tambour et le bruit des pas des bataillons lyonnais qui se rendaient aux Brotteaux pour apprendre le métier de soldats; il avait tressailli plus d'une fois, la nuit surtout quand la ville dormait, en écoutant des voix sauvages qui le réveillaient en sursaut Les grilles, les murs épais de la prison n'avaient point empêché des cris sinistres d'arriver jusqu'à lui; il avait distinctement reconnu son nom au milieu des vociférations de mort exhalées contre lui. Une fois même il fit pitié à ses geôliers; des voix d'honunes et de femmes disaient en chœur une atroce chanson dont 'voici l'effroyable refrain, sur Tair: Bende^^-mùi mm éeueOe de bois.

Des bras et des jambes de Cliallier, Oui nous joûrons aux quilles, A la goillotine, Challier!

A la guillotine !

Le 14 juillet, il avait dit, en apprenant que la ville entière était illuminée en rhonneurj de la fédération : « Ce sont les torches de mes funérailles ; » puis il avait ajouté : « Les Lyonnais font une grande faute en demandant ma mort; comme le isang du Christ, mon sang retombera sur leurs têtes et sur celles de leurs petits-enfants ; car je serai à Lyon le Christ de la révolution, Téchafaud sera mon Golgotha, le couteau de la guillotine la croix où je mourrai bientôt pour le salut de la République. »

Les amis de Challier avaient eu beaucoup de peine à lui trouver un défenseur, tant l'exaspération de la bourgeoisie lyonnaise était grande. Cependant un nommé Moulin, avoué, se chargea de ce rôle difficile;

Page 1