CHAPITRE XXIV
mon patriotisme, et déposera éternellement contre votre barbarie.
» Mais si vous êtes mes juges, comme j'aime encore à le croire, incapables de ressentiments particuliers, de prévention locale, de haine, de vengeance; si Tesprit de parti si dangereux, manifesté ouvertement et sans pudeur contre moi, n'est compté pour rien dans la profonde sagesse et la fermeté de votre conscience, je me jette dans vos bras en réclamant justice et^ protection. »
Le tribunal, repoussant les moyens d'incompétence et de récusation que lui proposait Ghallier, résolut de passer outre et de procéder sans délai, et séance tenante, au jugement du fond. Le citoyen Cozon, homme de cœur et d'une grande probité politique dont il fit preuve dans le cours de ces débats judiciaires, réduisit l'accusation à douze chefs sur lesquels les jurés furent appelés à statuer. Alors on conduisit Ghallier dans une pièce d^attente où il s'endormit profondément. Après huit heures de délibération, les jurés rentrèrent et le directeur du jury, le citoyen Renard, prononça d'une voix ferme la déclaration qui reconnaissait Ghallier coupable sur tous les chefs. Le citoyen Cozon rendit aussitôt le jugement suivant:
« Après avoir entendu l'accusateur public et le citoyen Moulin, » conseil et défenseur de l'accusé, ainsi que l'accusé lui-même et » d'après la déclaration des jurés du jugement portant :
« l» Qu'il a été formé un complot d'égorger un grand nombre » de citoyens de cette ville, qui devait être mis à exécution dans les » premiers jours du mois de février dernier;
» 29 Que ce complot a été développé dans une assemblée tenue » le 6 du même mois au club central, où, les portes fermées, on a • préalablement exigé le serment de garder le secret sous peine de » mort; qu'après la prestation de ce serment on y annonça que les » prévenus à l'hôtel commun étaient des aristocrates contre-révo- » hitionnaires qu'on devait exécuter et juger sur-le-champ; qu'à cet » effet on forma de suite un tribunal populaire dont les juges et » les jurés furent choisis parmi les membres que les différents > clubs y avaient envoyés en qualité de commissaires; que, sur la » motion d'un de ces conjurés, il fut arrêté que la guillotine serait » placée sur le pont Morand, afin que les tôtes de ceux qu'on exé- » enterait tombassent dans le Rhône, et que les corps pussent y » être ensevelis à l'instant; que l'on mettrait deux pièces de canon
» aux deux extrémités du pont; que les citoyens des clubs seraient » armés pour protéger les jugements et exécutions; que les auto- » rites constituées seraient paralysées par une forte garde; et que » si le maire ou quelque autre voulait s*opposer à ces exécutions, » il serait guillotiné le premier; » 3<> Que Joseph Challier est convaincu d'avoir été l'un des chefs
• de ce complot;
» 40 Que si ce complot n'a pas été exécuté, c'est parce qu'il fut » dévoilé au citoyen Nivière, maire, qui fit mettre de suite sous » les armes une force suffisante ;
» 50 Qu'il 9&t constant qu'on a cherché à faire revivre ce com- » plot sous la forme d'un tribunal révolutionnaire, et qu à cet effet » on a entretenu la fermentation par des discours prononcés dans » les lieux publics, par des affiches et par toutes sortes de moyens;
> 6» Que Joseph Challier est convaincu d'avoir concouru à ce » nouveau projet;
• 7^ D'avoir provoqué au meurtre par ses discours publics et » ses écrits affichés, et d'avoir fait prêter à cent de ses affidés, au » pied de l'arbre de la liberté, le serment d'exterminer tous ceux » désignés sous le nom d'aristocrates, de feuillantins, de modérés, » d'égoïstes, d'agioteurs, d'accapareurs, d'usuriers et de la caste » sacerdotale fanatique, et d'être Fauteur du placard intitulé : Ser-
• meni des trois cents Républicains ;
• 99 Que ledit Joseph Challier est convaincu d'avoir provoqué la » guerre civile dans cette cité, en armant les clubistes contre les ci*
• toyens des sections, en sollicitant auprès du comité de salut pu* » blic , demi-livre de poudre à tirer pour chacun de ceux de son
> parti, et en soulevant le peuple contre les administrateurs du dé* » partement ;
» 9<> Qu'il est aussi convaincu d'avoir, le 27 mai, provoqué à l'as-
• sassinat en disant, dans l'assemblée du club dit des Jacobins, qu*il » fallait faire un faisceau des présidents et secrétaires des sections, 1 leur trancher la tête et se laver les mains dans leur sang; qu*il
• fallait aussi guillotiner les administrateurs du département;
» i(^ Qu'il est constant que l'émeute qui eut lieu à Lyon, le 29
> mai dernier, a été suscitée pour occasionner des troubles, détruire » la liberté des citoyens et les empêcher de s'assembler dans leur
> section, quoiqu'ils fussent autorisés par la loi du 21 mars dernier