CHAPITRE XXIV. SOI
» et par un arrêté du département du 25 mai dernier; que ces trou- » blés tendaient par une suite nécessaire à armer les citoyens con- » tre l'autorité légitime;
» tl<> Quil est constant qu'à cette journée du 29 mai dernier il » y eut un grand nombre de citoyens tués ou blessés ;
» 12o Et enfin que Joseph Challier est convaincu d'avoir été, par » l'ensemble de sa conduite, ses provocations au meurtre, ses écrits, • sa correspondance, et ses efforts pour empêcher la permanence » des sections et les dissoudre, l'un des principaux auteurs de cette » journée malheureuse, dans l'intention de renverser la liberté et » de s'opposer à l'exécution des lois :
» Le tribunal condamne Joseph Challier à la peine de mort sans » recours au tribunal de cassation, conformément à l'article 2 de > la seconde section du titre !«' du Code pénal, à l'article 2 du « titre m des complices des crimes , et à la loi du 28 août der^ » nier, dont il a été fait lecture, lesquels sont ainsi conçus:
» Art. 2 de la seconde section : « Toutes conspirations et complots » tendant à troubler l'Etat par une guerre civile, en armant les ci- » toyens les uns contre les autres, ou contre l'exercice de l'autorité » légitime , seront punis de mort. »
» Art. 2 du titre IIL « Lorsqu'un crime aura été commis, quiconque » sera convaincu d'avoir provoqué directement à le commettre , » soit par des discours prononcés dans les lieux publics, soit par » placards ou bateleurs, affichés ou répandus dans lesdits lieux, soit » par des écrits publics rendus par la voie de l'impression, sera » puni dé la même peine prononcée par la loi contre les auteurs du » crime. » (Loi du 29 août 1792).
» L'Assemblée nationale, considérant que rien n'est plus pressant » que de punir les ennemis de la patrie, décrète qu'il y a urgence; » l'Assemblée nationale, après avoir décrété l'urgence, décrète que » les tribunaux criminels des départements jugeront définitivement » et en dernier ressort, sans recours au tribunal de cassation, tous » ceux qui s'attrouperont dans l'intention d'occasionner des troubles » et des désordres tendant à renverser la liberté ou à s'opposer à » l'exécution des lois, ainsi que les prévenus du crime d'embau- » chage.
» Et sera le présent jugement mis à exécution à la diligence de » l'accusateur public.
30â HISTOIRE DE LYON. — 1793.
> Fait à Lyon, en l'audience du tribunal, Tan II de la République, » après une séance de vingt heures, le 16 juillet 1793*
» Présents , Jean- Bernard-François Cozon, président ; Jean-Baptiste- » Pierre Régnier, François-Marie Maret et Barthélémy-Antoine Pour- » ret, juges audit tribunal, quijont signé
» CozoN, Régnier, Pourrkt, Màret (1). •
Challier dormait encore lorsque le président Cozon donna Tordre de le ramener, pour lui prononcer le jugement qui le condamnait à la peine de mort; il entendit cet arrêt avec fermeté; mais au moment où le citoyen Cozon se préparait à lever la séance, il laissa éclater en violents reproches Torage de colère qui grondait depuis si longtemps en son cœur.
«> Magistrats iniques, s*écria-t-il en écumant de rage, vous êtes » des bourreaux et non des juges; je vous avais récusés et vous ne » deviez pas en connaître par un abus monstrueux de pouvoir, vous » avez été tout à la fois accusateurs et juges.
• Vous avez osé prononcer, tandis qu'une autorité bien supérieure » à la vôtre, celle du peuple souverain, vous défendait de juger » les détenus du 29 mai. C'est en violant, c'est en transgressant ou- » vertement tous les sages décrets, toutes les formes, que vous vous » êtes permis de satisfaire pleinement votre rage. Eh! qui êtes-vous
• donc pour user d'une autorité aussi criminelle et sans bornes?
• Mais ne craignez-vous point de vous en repentir amèrement ? » ne craignez-vous point le bras vengeur et exterminateur du peu- » pie-Dieu? ne craignez-vous point que votre conscience bourrelée » ne vous fasse sortir le sang par tous les pores? ne craignez-vous p point que mes cendres ne vous glacent, un jour, d'elTroi, et ne » vous fassent tomber de stupeur? Ce jour peut-être n'est pas loin. » Tremblez! vous avez condamné un homme vertueux, juste, bien- » faisant, enfin un Tier républicain; cet homme c'est moi!... Je ne » crains pas la mort ; je m'y suis préparé dès le jour que les serres » aristocratiques m'ont ravi à la liberté pour laquelle je vais ex- » pirerl
» Juges et jurés, vous m'avez condamné, mais je serai vengé : » si ce n'est pas dans huit jours, ce sera dans deux mois, quatre
(I) Voir les piùcefi jusIiGcalives.