CHAPITRE m
écriée : <• Vs n'est pas seulement la couronne de France qui est menacée ; c'est la tète du roi! » Elle éprouvait même, dit-on, un frémissement involontaire lorsque son regard, plongeant dans la longue avenue du jardin des Tuileries , s'arrêtait sur la place qui en forme l'extrémité»
Le projet d'établir momentanénient à Lyon le siège de la France, examiné sous toutes ses facps, semblait offrir par ses diverses combinaisons un résultat in£aillible. Le roi, la reine, madame Elisabeth et les enfants de France, accompagnés de madame de Tourzel leur gouvernante, se seraient rendus au château de Fontainebleau : de là Louis XVI, prétextant une partie de chasse , devait longer à cheval la rivière du Loing et rejoindre la reine à Avallon, pour se réunir ensuite à madame Elisabeth et à ses enfants qui l'auraient attendu à Autun. Un régiment de chasseurs à cheval aurait éclairé la route entre Chàlons et Autun; d'autres troupes échelonnées sur la route de Cbàlons à Lyon devaient protéger ce voyage, d'où le salut de la monarchie dépendait peut-être. Dans ce but, le gouvernement avait déjà concentré près de quatorze mille hommes autour de Lyon. Les chasseurs à cheval de Bretagne et d'Alsace cantonnés à Bourg, Mâcon et Senecey donnaient la main au régiment de la marine et à celui de Bourgogne, casernes, le premier à Trévoux, le second à Villefranche : de leur côté , les dragons de Penthièvre et le régiment suisse Steiner étaient prêts à seconder activement le mouvement. Enfin la ville de Lyon se préparait à devenir capitale par des dispositions militaires en parfaite harmonie avec le concours promis par la cour de Piémont, le gouvernement des treize Cantons, et l'appui des princes émigrés, déjà les uns à Turin, les autres à Chambéry.
ImberUColomès, le trésorier Regny, le procureur Boscary, Guillin de Pougelon, ancien bâtonnier de Tordre des avocats, préparèrent l'exécution du complot. Guillin de Pougelon parvint à conférer avec Trouard de RioUes, dans la prison de Pierre-Scize, et mit à profit les plans qu'avait conçus , les premiers résultats qu'avait obtenus ce complice de M. de Maillebois. Le nombre des conjurés augmentait, ils attendaient le moment d'agir, quand le prince de Condé, écoutant plutôt l'ardeur de ses gentilshommes que les conseils de la prudence , envoya à Lyon MM. d'Escars, de Maccarty, d'Égrigny, et son aide de camp Terrasse de Tessonet, jeunes gens d'un rare courage.
Ces quatre gentilshommes ayant pris sur les lieux une connaissance exacte de l'état des choses, de la disposition des esprits, et, se trou-
vant parfaitement d'accord avec la pensée du comité royalirte de Lyon, écrivirent au comte d'Artois et au prince de Condé qu'il y au* rait folie de venir prendre possession de cette ville avant le roi, sans une démonstration auxiliaire, sans un mouvement de Tarmée piémontaise. Cet avis déplut aux princes. Alors poussés dans une voie d'agression par les obsessions d'une centaine de.gentilshommes venus d'Auvergne, et les instances de deux cent cinquante officiers de toutes armes réunis à Lyon pour prendre part à laction, les conjurés se dé* cidèrent à la provoquer sans plus de retard. Le chevalier Terrasse de Tessonnet avait su gagner un maître ouvrier en taffetas, dont rri> fluence s*exerçait non-seulement sur les hommes de son état , mais encore sur toute la classe ouvrière de la Grande-Côte. Un autre maître ouvrier également influent, nommé le père Mathevon , fut employé à disposer les masses et à répandre des libelles. Le Vceu d'un Français^ y Adresse aux Provinces, par M. deCalonne, distribués avec discernement , lus avec avidité , apprirent au peuple à regretter Tancien régime. Quand les esprits semblèrent suffisamment préparés, le chevalier de Tessonnet manda Mathevon et lui annonça que, le moment d'agir étant venu, il fallait ameuter le peuple au plus tôt, et l'amener en masse dans les rues, sur les places, autour de l'Hôtel-de-Ville, pour demander à grands cris l'arrivée des princes à Lyon. Cet agent s'engagea à tout ce qu'on lui demandait, contre une somme de vingt-cinq mille écus, dont il avait besoin , disait-il^ pour payer le silence et Tappui de ses nombreux affidés. Cette sonune lui ayant été promise, il alla trouver un agent municipal et lui vendit contre une nouvelle somme fort importante le secret du complot dont il était le principal émissaire, et dont il avait tous les fils en main. On avait arrêté que le mouvement populaire aurait lieu le 8 décembre 1790, le jour de la fête de la Conception de la sainte Vierge. Le peuple, entraîné par ses meneurs, devait se porter le soir à rHôtel-de-Ville, pour forcer la municipalité à publier elle-même une proclamation qui invitât le comte d'Artois et le prince de Condé à choisir la ville de Lyon pour résidence, la place des princes n'étant point dans un moment aussi critique à l'étranger, mais en France, pour neutraliser les mouvements révolutionnaires, et défendre au besoin lautorité du chef de l'État.
Le maréchal de camp de la Chapelle, commandant les troupes autour de Lyon, était entré dans la conspiration; elle allait éclater lorsque quatre agents subalternes, Monnet , Bcrthet, David et Charot, la