‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 18 sur 217 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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dénoncèrent à la municipalité. Le 4 décembre , à une iicure avancée de la nuit) on arrêta Guillin de Pougelon, Terrasse de Tessonnet, le marquis d*£scars et le comte dÉgrigny, et ils furent aussitôt conduits au château de Pierre-Scize, au milieu d une escorte qui chantait le Ça ira. Le samedi 20 décembre, dans la séance du soir, Voidel , au nom du comité des recherches , exposa k l'Assemblée constituante les détails de la conjuration. L'abbé Gharrière, Tabbé Maury, prirent inutilement la défense des accusés, dont la translation dans les prisons de Paris futimmédiatement décrétée. Ils y furent traînés d* étape en étape, et relâchés, après huit mois de captivité , en vertu de l'amnistie qui suivit l'acceptation de la Constitution de 1791.

En apprenant l'échec de leurs afGdés, les princes résolurent de payer de leurs personnes et de se rendre à Lyon, comptant, sinon sur le dévouement des masses , du moins sur la fidélité des troupes qui entouraient la ville; mais Louis XVI, soit qu'il ne partageât pas leurs espérances, soit qu'il craignît les effets de cette démarche hasardeuse, avait déjà prévenu ce dessein en envoyant à Turin un courrier extraordinaire portant la défense formelle de donner suite à ce projet. De son côté , le roi de Sardaigne , quoique tout dévoué aux intérêts de la maison de Bourbon , mais craignant que les événements survenus à Lyon ne donnassent lieu à quelques mesures hostiles de la part du gouvernement français, ne négligea rien pour décider les princes à quitter ses États. Le comte d'Artois se rendit alors en Italie pour conférer avec l'empereur Léopold; et le prince de Condé porta sa résidence à Stuttgard, où il se mit à la tête des émigrés.

L'aRaire de la conspiration donna, suivant l'expression du Mercure de France, un coup de fouet au patriotisme endormi. Louis Vitet, médecin , président du club des Jacobins, M porté à la mairie; Bret, membre inQuent de la même société, devint procureur de la commune; Châlier entra dans le corps municipal : on vit apparaître sur la scène encore d'autres démagogues qui prirent la direction des affaires et des esprits. L'importance du rôle qu'ils ont joué dans les sanglantes catastrophes qui suivront, nous engage à donner sur eux quelques détails biographiques.

Joseph Châlier était né à Beaulard, en Piémont, l'an 1747 ; son père le destinant dès son plus jeune âge à letat ecclésiastique, lui fit donner d'abord cette première bonne éducation qui sert de base à la jeu-

liesse, et lui fit suivre ensuite un cours de philosophie chez les Dominicains. Cest sur les bancs de cette école religieuse que sa bouillante imagination, portée aux choses extrêmes, commença à se manifester. Il observait déjà, dit un de ses condisciples, il suivait, dans le silence de rindignation et Tespoir de la réparation, la marche des vices et des abus qu'il se préparait à combattre; il se posait déjà en ennemi de la société qu'il connaissait à peine. Le cours naturel des événements attristait sa pensée; à son âme ardente et passionnée il fallait des émotions en dehors des sentiments ordinaires, des commotions en dehors des voies connues. Prêt à se dévouer jusqu'à la mort à la cause de rhumanité, qu'il appelait la cause de Dieu, il s*écriait parfois, abîmé dans ses extases républicaines : « J'aime les grands desseins, les vertiges, l'audace, les catadysmes, les révolutions : le grand Être a fait de grandes choses, c'est vrai; mais il est trop bon, trop facile; si j'étais lui!.,., si j'étais Dieu!.... de mon petit doigt je remuerais les montagnes, de mon haleine j'éteindrais les étoiles^ de ma soif je sécherais les mers, je bouleverserais le monde enfin, pour tout refaire, pour tout renouveler. » Ainsi disait Chàlier, Vami de thumcniité entière; la nature, toute magnifique qu'elle parût à ses yeux, n'était point encore assez belle. Souvent, dans le délire de sa fièvre, dans les folies de son imagination, il ajoutait, s'adressant à l'un de ses camarades:* Lève-toi, frère, levons-nous dans l'intérêt des hommes; à toi Tépée d'Achille, à moi la massue d'Hercule :que ces deux armes nous servent de leviers pour remuer le monde. Sois le colosse de Rhodes, je serai l'Atlas. »

Ces idées étranges s'harmonisant fort peu avec l'état ecdésiastique, Chàlier déchira son habit de séminariste, vint à Lyon, obtint plus tard une place d'instituteur à Charly et l'abandonna prèsqu'aussitôt pour entrer, en qualité de commis-voyageur, dans les comptoirs de la maison Muguet. Son imagination vagabonde, entraînée toujours par un vague besoin de changement, lui fit bientôt quitter cette place pour celle que lui fit offrir quelque temps après la maison Bertrand. Ses fonctions l'appelant à Paris vers la fin de 1789 , il y fit promptement la connaissance des principaux chefs du parti révolutionnaire. Marat, Loustallot, Fauchet, Camille Desmoulins, Robespierre, l'ex-jésuite Cerutti l'admirent dans leur vie intime et l'initièrent aux secrets de leurs pensées. Égaré davantage encore par leurs doctrines subversives , Chàlier revint à Lyon avec

Challier

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