‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 183 sur 217 · CHAPITRE XXVH. 33i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVH. 33i

nous ayons laissées sur les bords du Rhône, aux* prises avec une division détachée des Alpes. Arrêtées dans leur marche sur^Lyon, battues presque sur tous les points, embarrassées dans Iqurs mouvements par un grand nombre d'hommes sans aveu et sans courage , qui s'étaient rangés sous le drapeau de l'insurrection pour piller plutôt que pour combattre, elles s'étaient renfermées dans les murs d'Avignon avec de l'artillerie, et paraissaient bien décidées à repousser tous les efforts de leurs ennemis.

Ce fut là que le général Carteaux vint les chercher le 24 juillet, à trois heures de l'après-midi ; il avait sous ses ordres cinq mille hommes de bonne infanterie : c'était peu comparativement aux forces dont les Marseillais pouvaient disposer; mais il avait un immense avantage sur eux dans six cents hommes d'excellente cavalerie, et surtout dans son artillerie parfaitement exercée et admirablement servie par des officiers d'élite.

A son arrivée devant Avignon, Carteaux trouva les portes fermées, les remparts, les hauteurs occupés par les insurgés et les Avignonnais. Il somma la ville d'ouvrir ses portes aux soldats de la Republique française et de reconnaître la Convention nationale, sous peine d'être regardée et traitée comme une cité rebelle ; la réponse fat insolente et négative. Le général fit aussitôt ses préparatifs d'attaque; mais avant d'ouvrir son feu, il adressa dans la nuit une nouveUe sommation aux insurgés, les conjurant de se rallier à la mèrepatrie, et de ne plus déchirer son sein par le fer impie de la guerre civile. La seconde réponse des fédéralistes fut plus insultante encore que la première. Tous les moyens de conciliation étant épuisés , le combat s'engagea à deux heures du matin: l'attaque fut vive, et la résistance vigoureuse; le général Carteaux avait divisé son armée en trois colonnes; tandis que les deux premières faisaient une attaque simulée aux portes de Saint-Roch et de Saint-Lazare , il menaçait, à la tête de la troisième qui était la plus forte, la porte de l'Ymber, cherchant à l'enfoncer à coups de canon. Mais les assiégés avaient eu le soin de la barricader intérieurement de manière à ce qu'elle résistât aux efforts de l'ennemi.

Le général, qui n'avait que des pièces de quatre et des pièces de huit, repoussé d'abord par les Marseillais, se vit obligé de se replier devant le feu bien nourri de leurs pièces de douze et de seize , et même de trente-six. De larges trouées avaient été faites dans les

rangs des troupes conventionnelles, et leur avant-garde battait en retraite, d^ns la direction du camp du Pontet, lorsque Tartillerie marseillaise qui, dès la pointe du Jour, vomissait la mort du haut de la plate-forme du rocher d'Avignon , cessa tout à coup son feu. Les fédéralistes, s' arrêtant au milieu de leurs succès, évacuaient euxmêmes la ville, emmenant tous les citoyens patriotes qu'ils avaient emprisonnés , pour s'en faire des otages sans doute. On connut bientôt ce qui avait déterminé leur mouvement de retraite. La colonne républicaine, qui avait suivi la rive droite du Rhône, était entrée sans résistance dans Villeneuve-lès-Avignon, qui n'est séparée de la métropole que par les eaux du fleuve. Un jeune lieutenant qui commandait Tartillerie attachée à ce petit corps d'armée, avait aussitôt mis en batterie ses deux pièces de quatre sur une plate-forme d'où Ton pouvait battre le rocher d'Avignon. Le jeune officier pointa luimême ses canons ; du premier^coup il démonta une pièce de vingtquatre; du second, il tua plusieurs canonniers; chaque coup portait le désordre dans les batteries des insurgés.

Les canonniers] d'Aix et de Marseille, qui, pour la plupart, improuvaient les excès commis par ces hommes dont nous avons parlé plus haut, rangés sous leurs drapeaux pour se livrer au brigandage, profitèrent de ce désordre pour déclarer « qu'ils ne pouvaient et ne voulaient pas lutter contre l'artillerie de l'armée révolutionnaire, et que rester plus longtemps dans Avignon, ce serait exposer la ville à être prise d'assaut, et livrée aux horreurs qui naguère avaient ensanglanté Lille; ce serait aussi courir la chance certaine . d'être fusillés. » Toute insurrection qui s'arrête dans ses opérations pour faire un semblable calcul, est une cause perdue. L'épouvante devint bientôt générale; les Marseillais et les Avignonnais, trop compromis, évacuèrent la ville, et se dirigèrent avec leurs canons du côté de Saint-Remy.

L'armée de la Convention bivouaqua le jour même sous les murs de la ville, et le lendemain elle y lit son entrée dans le plus grand ordre. Le général Carteaux s'empressa d'annoncer ainsi cette nouvelle, au représentant du peuple Dubois-Crancé.

« Quinte et quatorze et le point. J'ai gagné, Dubois-Crancé.

» Le 14, la citadelle du Pont-Saint-Esprit; le 25, Avignon. Repic

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