CHAPITRE XXVII
» et capot sur Marseille, va le tout sur Lyon. Albitte bat les cartes, » moi je coupe, et l'année taille.
» Salut et fraternité. »
« Bravo, général, bravo, lui répondit aussitôt Duboîs-Crancé; nous » n'attendions rien moins de votre patriotisme. 11 vous reste à ré- » duire à la honte de ses intentions criminelles, cette phalange aris- » tocratique qui se masque en République. Peut-être c'est déjà fait, » et je vous en félicité d'avance.
» Le général Kellermann boude un peu, il nous a dit vous avoir » écrit sévèrement sur ce que vous lui laissiez ignorer votre marche » et vos succès. Vous pouvez lui répondre que vous agissez direc- » tementsous l'influence d' Albitte; mais, pour le consoler, mandez- » lui ce qui se passe.
» Il vient d'être décidé que la légion des AUobroges avec six ba- » taillons se porterait sur Perpignan. Vous aurez, mon ami, la » gloire de tout pacifier dans l'intérieur et de conduire cette troupe » ensuite aux Espagnols ; mais il faut avant réduire Marseille et ra- » mener à l'ordre le Gard et l'Hérault.
» Vous allez suivre votre pointe sur Marseille avec trois batail- » Ions de plus qui vont vous joindre; pendant ce temps nos coUè- » gués, qui sont à Toulon, se préparent à se présenter de leur côté. » Vous envelopperez les hauteurs, pendant que six frégates croi- » seront devant le port; et déjà vous ordonnerez qu'on vous amène » les présidents des sections pour les transférer à Paris. Nous vous » envoyons un homme sûr, qui vous rendra compte du projet de » nos collègues, et se concertera avec vous. Il faut avant tout ré- » tablir Tordre dans Marseille , et y ranimer l'esprit de patriotisme. » Vous corrigerez Aix en passant.
» Voilà, mon ami, ce qu'il faut faire. Prenez donc toutes vos me- » sures ; concertez-les bien avec nos collègues de Toulon, et que,^ » sous quinze jours, Marseille soit à la raison. Songez que les Py- » rénées ont un pressant besoin de secours , et qu'il ne faut mettre » à la chose que le temps nécessaire pour la bien faire.
» Je vous embrasse. DUBOIS-CRANCÉ. •
Le jeune officier qui, par la sagesse de ses dispositions, la précision de son tir, lit taire le feu des Marseillais et les arrêta dan$
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leur marche progressive sur Lyon, s'appelait Napoléon Bonaparte; c'était la première fois qu'il assistait à un combat; ce fut là son premier fait d'armes.
Les Marseillais repoussés, mais non vaincus entièrement, firent bien encore quelques efforts qui furent réprimés à Tarascon, Beaucaire, Apt, Pertuis, Saint>-Remy, Cavaillon, Gadenet, Salon. Il y eut auprès de cette dernière ville un combat très-vif; les combattants luttèrent corps à corps ; de part et d'autre, il périt beaucoup de monde, car les fédéralistes opposèrent une résistance opiniâtre. Ceuxci continuèrent à se replier sur Marseille; mais en disputant le terrain pied à pied, se retranchant dans tous les villages, tous les bourgs qui leur offraient une position favorable. Ils se battirent vaillamment à Pelissane contre les Allobroges de Doppet, à Lambesc contre les soldats de Garteaux. Ces divers combats les firent rqplier sur Aix; mais à l'approche de Carteaux, et cette ville ne leur présentant pas de grands moyens de défense, ils ne songèrent plus qu'à couvrir Marseille en occupant les hauteurs et les gorges du côté de Septéme.
Ce fut là qu'après un combat horrible, terminé par la défection d'un bataillon marseillais, la victoire se rangea définitivement du côté des troupes de la Convention. Les gorges de Septême peuvent être considérées comme le tombeau du fédéralisme méridional. Dans le même temps, l'armée du Calvados commandée, ainsi que nous l'avons dit, par le général Vimpfen, et renforcée par un corps de royalistes bretons, sous les ordres de Puysaye, était mise en déroute et anéantie sans espoir de ralliement.
Ainsi, la ville de Lyon se trouva réduite à ses propres forces, par les défaites successives, la faiblesse ou les défections de tous ses auxiliaires; mais le courage de ses habitants ne s'en émut pas. Commandée par des chefs braves et expérimentés, son armée continuait à se préparer au combat, satisfaite peut-être dans son amourpropre, et d'après les préjugés de l'honneur français, d'avoir seule à lutter contre la République entière.
Cependant ses corps administratifs venaient d'accepter la constitution, ainsi que le mandait à la Convention une lettre des représentants du peuple Rouyer et Brunel , qui, depuis quelque temps, se trouvaient en état d'arrestation à Lyon. Tant de défections successives avaient fait naître de l'hésitation dans^le sein de la commission populaire, et elle reçut sans colère les députés du lura, de l'Ain et du