CHAPITRE XXVIL
DoubS) qai se présentèrent, dans la séance du 21 juillet, afin de s'unir à elle pour l'examen de la constitution. Un député de Marseille s'opposa à la prise en considération de la motion; les débats occupèrent toute la séance du 22, et n'amenèrent aucun résultat ; mais, si l'on en croit le Journal de Lyon, une transaction s'effectua, dans la soirée du mardi 23 juillet, entre les administrateurs du département et les représentants Rouyer et Brunel, qui avaient été relaxés aprèsavoir été quelque temps détenus comme otages. En effbt, par une lettre du même jour, ils mandaient à la ConTention : « Nous vous avons annoncé, par notre » dépèche du 20, que nous mettions notre arrestation à proGt pour » désabuser les citoyens du département de Rhône-et-Loire, et les » exhorter à se rallier à la Convention nationale. Aujourd'hui nos » vœux sont en partie remplis.
» Les corps administratifs, réunis ainsi que l'Assemblée départe- » mentale, ont pris les délibérations ci-jointes, en nous priant de » vous les faire parvenir par un courrier extraordinaire. Nous nous » prêtons d'autant plus volontiers à solliciter l'indulgence de la Coi^ » vention à leur égard, que nous avons lieu d'espérer que le peu- » pie, dans ses assemblées primaires convoquées pour le 28, s'em- » pressera] également, en acceptant la constitution y de reconnaître » la Convention nationale, de respecter et d'exécuter ses décrets.
» P.\S. Nous joignons encore les rétractations individuelles des » administrateurs du département, et des citoyens Gilibert et Ma- • rillon qui nous en ont prié ; nous devons la justice à ces derniers» » de déclarer qu'ils n'ont pas peu contribué à propager le principe » de réunion et de ralliement à la Convention nationale.
» Signé Rouyer , Brunel. '•
Cette lettre renfermait sous son pli la rétractation des administrateurs du département de Rhône-et-Loire, signée et ainsi conçue :
« Nous adressons à la Convention nationale !<> notre rétractation > individuelle et la déclaration émise aujourd'hui par les autorités » constituées de la ville de Lyon ; en nous conformant à la loi, » nous devons jouir de sa protection. Nous prions la Convention » de prononcer sur notre rétractation, et de retirer les décrets qui » nous concernent, ou de nous en excepter nominativement. Nous » désirerions connaître, par le retour du courrier, la décision que
> portera la Convention. Notre profession fut toujours celle de vrais » républicains.
» Signé Santallier, Belleville, Couturier, Delacroix, » Fasson, Richard aîné, Mignet. »
A la lecture de cette lettre, un député de la Convention, le fougueux Bentabolle, s'était écrié : Les Lyonnais sont malades, ils ont peur. Les Lyonnais pouvaient être malades dans leurs affaires vis-àvis de la Convention, mais, à coup sûr, ils n'avaient point peur ; car ces concessions faites à la révolution, qui, prises individuellement, peuvent être considérées comme un acte de faiblesse ou même de pusillanimité, étaient, au point de vue général, un moyen assez habile pour ôter au pouvoir suprême qui régnait en France le prétexte de mouvements hostiles, ou se poser en martyrs aux yeux de la France révolutionnaire. Les représentants du peuple gardés à vue, et cependant entourés d'égards dans la ville insurgée, le comprenaient si bien, qu'après avoir conjuré la Convention de ne point avoir recours à la voie des armes pour soumettre Lyon, ils écrivaient à leurs collègues de l'armée des Alpes, ces lignes remarquables dictées par le sentiment des choses justes et l'esprit de conciliation :
« Citoyens nos collègues, disaient -ils, nous voyons avec une » douleur profonde les préparatifs hostiles dirigés contre Lyon, et son » plan concerté de défense ; le sang des Français est prêt à couler !
» Quoi 1 lorsque dans le Nord nos places fortes tombent au pou- » voir de nos ennemis, quand au Midi le territoire de la République » est envahi, que nos côtes sont menacées, qu'on nous soulève nos » colonies, que les brigands de la Vendée font chaque jour de nou- » veaux progrès ; on arme le frère contre le frère, le citoyen contre » le citoyen, et en détouniant des forces imposantes de leur desti- » nation première et naturelle, on expose les plus riches contrées » de la France à devenir la proie des satellites de la tyrannie, ou » à se voir embrasées par les brandons de la guerre civile! Se peut- » il que la prévention ou l'erreur d'un côté, et l'exaspération de » de l'autre, fassent oublier que les membres de la même famille, » d'accord d'ailleurs sur les principes, ne veulent les uns et les au- V très que la République une et indivisible, chérissant la liberté et