CHAPITRE XXVII
Lorsque les Lyonnais furent parfaitement d'accord sur Tacceptation de Tacte constitutionnel, sur 1^ reconnaissance de TAssemblée nationale, et sur les termes sous lesquels l'adresse, qui en était l'expression, devait être présentée, ils nommèrent quarante commissaires pour la porter à la Convention. Vingt d'entre eux prirent •aussitôt la route de la Bourgogne pour voir, en passant à Màcon, les représentants du peuple, Reverchon et Laporte; les vingt autres suivirent la route du Bourbonnais.
On touchait alors aux derniers jours du mois de juillet : la commission populaire, républicaine et de salut public s'était renouvelée; le citoyen Richard avait succédé, dans la présidence, au citoyen Rambaud, afin de continuer avec persévérance l'œuvre de résistance, entreprise et commencée par ses prédécesseurs. Pour donner plus d'ensemble et plus d'unité aux opérations, on avait arrêté que désormais les mesures de sûreté générale seraient prises en commun par la commission populaire républicaine et la réunion des corps admiriistratifs séant à Lyon. On convint aussi de changer le titre des procès-verbaux des séances de la commission pour celui de :
« Les corps administratifs séants à Lyon, réunis aux délégués de la section du peuple français dans le département de Rhône-et-Loire, formant le comité général de salut public. »
La dénomination à donner aux Lyonnais insurgés fut le sujet de longues délibérations; on balançait entre celle de Section du peuple Français et celle de Peuple de Lyon. Après bien des hésitations, celleci, acquise et sanctionnée par une habitude de deux mois, prévalut. Ce fut donc au nom du peuple de Lyon que le nouveau pouvoir du département de Rhône-et-Loire traitera bientôt, d'égal à égal, avec celui de la Convention, représentée par des députés et des généraux. On posait ainsi nettement en principe le droit de la fraction lyonnaise à lutter contre le reste de la nation.
Nous retrouverons cette désignation de Peuple de Lyon à la tête de tous les actes, de toutes les adresses, de toutes les proclamations.
Au nom du peuple de Lyon, la nouvelle commission populaire et républicaine, voulant contre-balancer l'effet désastreux que pouvait produire dans les départements circonvoisins l'appel aux armes des représentants du peuple, adressa la proclamation suivante aux habitants des départements de l'Isère, de l'Ain, de Saônc-et-Loire et de la Haute-Saône :
« Citoyens soldats,
» On veut vous arracher de vos foyers pour porter dans les nôtres > le feu et la mort. Obéirez-vous à ces ordres aussi injustes que san- » guinaires ? Dévouerez- vous en aveugles vos frères au carnage, selon » le calcul ou le caprice d'un tyran ?
» Si nous élevons notre voix, ce n'est pas par crainte : Résister à » l'oppression ou mourir, telle est notre devise; mais nous voulons » épargner à nos frères des départements des crimes et des remords, » et à nous des regrets.
» Avant de tremper vos mains dans le sang, écoutez des Français ^ qui vous parlent le langage de la vérité.
» La justice de votre cause , votre intérêt personnel , le salut de la » république , les cris de l'humanité , tout vous fait un devoir de vous » refuser à la guerre qu'on allume.
» 1» La justice de votre cause. Avant le 29 mai , nous étions oppri- » mes par une municipalité coupable; des listes de proscription que » traçaient de vrais cannibales, portaient la désolation dans nos famil- » les. Avant cette époque, nous voyions nos autorités avilies, le crime » impuni, les propriétés attaquées, la sûreté des individus violée, la » morale du peuple corrompue. Avant cette journée, notre ville était » couverte de deuil , et n'offrait pour tout spectacle qu'une arène de » gladiateurs où la majorité vertueuse était immolée par une minorité » scélérate. Dans les caves de la maison commune les victimes étaient » entassées par centaines.
» Dans cette position, notre insurrection n était-elle pas un devoir » et le plus sacré des droits ? Vous savez , citoyens , qu'aucun excès ne «souilla notre victoire. Si nous fîmes des arrestations, c'était pour • que les coupables n'échappassent pas au glaive de la loi.
» Sur ces entrefaites , nous sommes instruits de l'attentat porté à » la souveraineté nationale dans la personne de ses représentants. » Sentinelle vigilante, le département de Rhône-et-Loire sonne l'a- » larme. Le peuple se réunit en assemblées primaires , et nomme des » députés pour le sauver.
„ Qu'y a-t-il d'illégal dans cette conduite ? Jusqu'à ce que la repré- » sentation soit entière et libre , nous déclarons que les décrets de la » Convention seront comme non avenus, et l'on prend cette déclara- « tion ix)ur un acte de rébellion? On nous taxe de royalisme, on