‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 190 sur 217 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

» notre union viendraient se briser tous les traits de nos ennemis, y» et cependant on cherche à allumer la guerre civile, on arme le »> département; au lieu de réunir tous les cœurs, on exaspère toutes - les passions. Citoyens , vous prêteriez-vous à ce système destrur- » teur? laisseriez- vous nos frontières dégarnies pour enchaîner de » vrais républicains? Frères et amis, si tant de vérités ne vous frap- » pent pas, soyez du moins sensibles aux cris de l'humanité; quand » on fait mordre la poussière à un brigand de TAutriche, la vue des « attributs de Fesclave qui le couvrent, irrite. En pensant aux chaîw nés de l'esclave , le sang de l'homme libre bouillonne, il frémit » d'horreur. Mais à Tombre des drapeaux tricolores, en voyant nos « symboles de la liberté, en entendant nos accents républicains, ose- » riez- vous lancer un plomb meurtrier? Non, citoyens! la nature se w refuse à ces horreurs. Un frère n'aime que les embrassements de » son frère. Dans ces combats toute la honte est pour le tyran qui »• souffle la discorde, qui secoue les torches de la guerre civile. Voilà, » citoyens, ce que le peuple de Lyon avait à vous dire. L'amour de « la patrie lui a dicté ces vérités ; le même amour doit vous y ren- » dre sensibles.

» il s'agit peut-être du sort de toute la République, pesez nos w considérations. Nous portoRs l'olivier de la paix et des armes : » l'olivier de la paix sera offert à tous les vrais Républicains ; nos * armes nous serviront de défense contre quiconque voudrait nous »> asservir. •

La commission populaire et républicaine fit tirer cette adresse et la répandit à très-grand nombre d'exemplaires dans toutes les communes et dans les départements voisins.

Cette adresse, ainsi qu'on le voit, offrait un singulier mélange de courage et de peur, d'énergie et de faiblesse, dont la conséquence morale fut contraire à la cause lyonnaise. En effet, on aurait cru, d'après la forme de cette protestation, que les signataires se retranchaient dans les couleurs nationales pour repousser l'accusation de royalisme, et qu'ils élevaient parfois le verbe bien haut pour implorer humblement et bien bas grâce et merci auprès des délégués de la Convention. Le premier acte de la commission nouvelle semblait démentir et renverser tout ce qui avait été dit et fait depuis le 29 mai; aussi ce n'étaient plus les mêmes hommes; on voyait bien qu'une espèce de révolution d'HcHel-de-Ville s'était opérée dans le 1. 4ï

sein de rassemblée départementale, et que les hommes de cœur et d'action s'étaient momentanément effacés devant les faiseurs d'esprit et de paroles. En temps de contre-révolution, ce ne sont pas des rhéteurs et des savants qu'il faut mettre à la tête des insurgés, ce sont des hommes énergiques et résolus à tout, que l'on doit choisir pour chefs : car les premiers ne sauraient que perdre ce que les seconds seuls pourraient conserver.

Les sections militaires de l'Union, du Port-du- Temple et de la Croizette le comprenaient si bien, qu'avant la formation de la nouvelle commission , ils conjurèrent l'ancienne de ne pas cesser ses fonctions, qu'ils la supplièrent de poursuivre les mesures générales adoptées pour la défense du département, de se déclarer enfin en permanence de résistance à l'oppression. Le président Rambaud dut se retirer devant l'influence du citoyen Richard, habile professeur de langues étrangères. C'est à cette influence malheureuse et au système de faiblesse qui en fut la conséquence immédiate que l'on doit attribuer, sans aucun doute, le peu de succès de la députation chargée de porter à la Convention nationale l'adresse des Lyonnais qui se rattachaient à elle comme au seul point central de la République française.

Cette adresse portait en substance : « Nous vous adressons le prop cès-verbal d'acceptation de la constitution. D'après un acte pa- » reil, qui prouve notre attachement à l'unité, à l'indivisibilité de » la République, nous espérons n'avoir plus à craindre les disposi- » tions hostiles dont nous menacent vos commissaires près l'armée » des Alpes. « La Convention se contenta de renvoyer cette pièce à son comité de salut public , qui n'interrompit point ses préparatifs de guerre. Une concession tardive ne suffisait plus; la Convention devait nécessairement attaquer la ville rebelle , qui, tout en promettant obéissance à ses décrets, méconnaissait tous ceux qu'elle avait rendus spécialement contre le département de Rhône-et-Loire.

Page 1