CHAPITRE XXVIll. 35i
sacrifice la seconde ville de la République. » Vains efforts , la volonté de la Convention était immuable, il fallut agir.
Ainsi, d'après le plan définitivement adopté en conseil militaire pour cerner la ville , une colonne appuyant sa gauche à la rive droite du Rhône, et sa droite à la rive gauche de la Saône, devait, en interceptant le cours de ces deux rivières, empêcher toute communication entre Lyon et Genève et le département de TAin.
Une deuxième colonne, appuyant sa droite à la rive gauche du Rhône, par Toccupation de Villeurbanne, de La Ferrandière et du faubourg de la Guillotière , devait couvrir le département de Tlsère ; elle devait en outre occuper tout le front de la ville insurgée parallèlement au quai du Rhône, en appuyant sa gauche à la rive gauche du Rhône au delà de la Mulatière et vis-à-vis Pierre-Bénite.
Une troisième colonne appuyant sa droite à la rive droite du fleuve, à Pierre-Bénite même, devait couvrir les routes de Montbrison et du Puy, et menacer les hauteurs de Sainte-Foy et battre la chaussée de Perrache,. par l'occupation des positions de terrain situées entre Saint-Genis et le pont d'AlaL
Enfin une quatrième colonne partant du pont d'Alaî, et passant devant le château de la Duchère par EcuUy et Saint-Rambert, devait également couvrir les routes du Bourbonnais, de la Bourgogne , et fermer la circonvallation en prêtant sa gauche sur la Saône à la droite de la première colonne.
Ces quatre colonnes devaient se relier et communiquer entre elles, par une première traille placée sur le Rhône à Pierre-Bénite , par une seconde traille plus rapprochée au-dessus d'OuUins auprès du pont de la Mulatière, et par deux ponts jetés, l'un sur le Rhône au château de Lapape, l'autre sur la Saône en face de Collonge.
En conséquence trois bataillons formant tête de la colonne des réquisitions des départements de l'Ardèche et de l'Isère reçurent l'ordre de se porter à marches forcées sur Bourgoin pour occuper la ligne parallèle au prolongement du Rhône vis-à-vis Lyon.
Trois autres bataillons formés avec les réquisitions de la Côte-d'Or, de Saône-et-Loire et de Rhône-et-Loire, se rendirent à Limoney avec ordre de prendre position entre Saint-Rambert et la tour de Salvagny; six bataillons, faisant de Caluire leur point de centre, occupèrent tout le terrain compris entre la rive droite du Rhône et la rive gauche de la Saône , avec les réquisitions de TAin et les compagnies composées
des Jacobins sortis de Lyon et de leurs frères de Rhône-et-Loire.
Les Lyonnais ainsi bloqués ne pouvaient plus communiquer avec le Forez que par les routes de Grézieux , de Saint-Genis et d'OuUins jusqu'à la rive droite du Rhône, laissées libres par le retard des troupes de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme , commandées par le général Nicolas. De leur côté les Lyonnais n'avaient négligé aucun des moyens de défense que leur avait permis et indiqués la position topographique de la ville. Leurs ouvrages étaient presqu' entièrement terminés ; ainsi la Croix-Rousse présentait le 7 août un amphithéâtre coupé de ravins plus ou moins escarpés , et garni d'importantes redoutes dont les feux croisés soutenaient merveilleusement sur trois étages l'effet de la mousqueterie qui jouait en outre d'une foule de murs et de maisons crénelées, où les Lyonnais s'étaient retranchés armés jusqu'aux dents.
D'autres redoutes non moins formidables présentaient majestueusement leur front d'airain sur la terrasse de la maison de campagne des ci-devant Pères de l'Oratoire, dans les jardins des maisons Panthod, Neyrac et Loys. Le cimetière de Cuire, la tour de la Belle- Allemande, la Croix-Noire, la Patte-d'Oie, l'enclos du docteur Carret, la maison Combe, étaient autant de redoutes plus fortes encore par le courage de leurs défenseurs que par les pièces de canon chargées à mitraille, et prêtes à faire feu.
Ces différents postes communiquaient entre eux par le moyen de chemins couverts. Toute l'enceinte bastionnée qui garantissait la ville du côté de la Croix-Rousse était comme une ceinture de fer qui la couvrait depuis le fort Saint-Jean jusqu'à la porte Saint-Clair, défendue par une redoute de premier ordre ; deux batteries regardaient les Brotteaux, Tune de la terrasse Tholosan, l'autre des Colinettes.
La fameuse redoute de Chenelette défendait la tète du pont Morand, construite partie en pierre de taille, partie en terrasse, avec un excellent fascinage ; cette redoute de forme circulaire était garantie par un fossé de vingt pieds de largeur sur douze de profondeur; elle contenait huit pièces de canon, et pouvait recevoir mille hommes. Un chemin couvert, très-fort, revêtu de banquettes en pierres, et percées de distance en distance pour recevoir du canon, se prolongeait à droite et à gauche.
A la gauche, du côté des Charpennes, plusieurs redoutes dominaient la plaine et s'appuyaient sur le bois r«lranché de la Pépinière.