‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 197 sur 217 · CHAPITRE XXIX. 3Ç · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. 3Ç

chaque jour des officiers de Tarmée deCondé^munisde faux passeports, traversaient librement les frontières et les lignes des années conventionnelles pour venir augmenter les forces de Tarmée lyonnaise. Chaque jour de jeunes gentilshommes hardis et entreprenants accouraient, la ceinture pleine d'or, sous des noms supposés , se réunir à la pensée secrète qui cependant n'était point encore assez sûre d'elle-même , assez osée pour déclarer ouvertement ses désirs et ses espérances ; chaque jour le royalisme, ce parti le moins nombreux, mais le plus riche et le plus habile,/ecrutait mystérieusement, dans l'ombre, des partisans dévoués et prêts à déchirer au premier signal le masque d*emprunt dont ils s'étaient couverts ; chaque jour, enfin, le principe de la résistance à l'oppression, proclamé solennellement sur le champ de bataille du 89 mai , s'éloignait de son but pour arriver à un problème encore bien incertain. A la lettre que nous venons de citer, Kellermann répondit :

« 11 ne peut convenir à un général de la République française de » professer d'autres sentiments que la fraternité qui lie tous les bons » citoyens; mais il ne peut y avoir dans un état républicain qu'un » seul et même guide, celui qui fait la base de notre gouvernement, » et de notre bonheur : vous sentez que je ne puis entendre parler en » ce sens que de la Convention nationale et de ses décrets.

* Si la Convention nationale pouvait se tromper sur mon compte, » je lui exposerais avec franchise mes sentiments , je lui ferais ma w pétition; mais je commencerais par lui obéir, et à ses lois : votre » manière d'agir a trop le caractère de la rébellion, pour que vous ne

• vous fassiez pas vous-mêmes l'application de ce principe, et encore si » j'avais des torts, je ne compromettrais que moi , et vous, vous sacri- ^ fiez tous vos concitoyens.

^ Jusqu'à ce que vous soyez soumis aux décrets de la Convention M nationale, je ne reconnaîtrai pas en vous des républicains , et mon « devoir est de vous traiter en rebelles k la loi , et en ennemis de la » République.

» Au reste, nous devons faire dans notre camp la fédération du 10;

* si vous voulez fraterniser avec nous, ouvrez vos portes à l'armée que » je commande , et aux représentants du peuple qui m'accompagnent. » Je vous garantis de tous inconvénients de la part de larmée, et les " représentants vous assurent qu'ils feront, auprès de la Convention

366 HISTOIRE DE LYOiN. — 1793.

» nalionale , lous leurs eflbrts pour qu'elle ne considère plus la ville de » Lyon que comme une des plus intéressantes parties de la Hépubliw que, et son égarement passé comme non avenu. « Pour copie conforme,

Signé KELLERMANN.

Cet échange commun de lettres , d'adresses , de proclamations, de reproches et de menaces réciproques, n'interrompit point les mouvements hostiles des armées en présence. Pendant que les représentants du peuple au quartier général de Lapape , et les administrateurs du peuple de Lyon, à Thôtel commun de cette ville, délibéraient , les troupes conventionnelles et les soldats lyonnais se fusillaient à la Croix- Rousse; ceux-ci , protégés par la position des lieux et l'avantage de la défensive, repoussèrent sur tous les points les attaques dont ils étaient l'objet, ils perdirent cependant quelques hommes; mais pour leur compte, ils en tuèrent un plus grand nombre , et firent niéme quelques prisonniers.

Ce jour-là, 10 août, au moment où Kellennann s'apprêtait à reconnaître la position des assiégés, un cavalier arrivait en toute hâte, agitant un mouchoir blanc dans les airs; c'était un trompette que les Lyonnais envoyaient à Lapape pour remettre au général un nouveau message. Il l'ouvrit et le parcourut rapidement; puis se retournant vers les officiers qui l'entouraient. — Ma foi, Messieure, leur dit-il, il faut que ces b.... de Lyonnais aient le diable au corps , ils sont fiers comme les citoyens de Sparte et galants comme les damoiseaux du moyen âge. Et il relut à haute voix le message qu'il venait de recevoir :

I^s corps administratifs séants à Lyon, réunis aux délégués de la section du peuple de Khône-et- Loire, au général Kellermann.

^ Malgré les hostilités commencées contre la ville de Lyon, quoique » nous soyons attaqués de toutes parts , nous avons résolu de célébrer » en vrais républicains la fête civique du 10 août. Il manquerait à » notre satisfaction, dans ce jour de réunion de tous les bons Français, » si nous n'avions pour témoins de cette fête auguste, une députa- ' tion de votre armée, composée de trois ou quatre membres à votre • choix.

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