‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 198 sur 217 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

» Ils jugeront de la pureté de nos principes comme de nos actions. » Si cette proposition i)eut vous être agréable , nous vous prions - d'accélérer l'envoi de vos commissaires dont le caractère sacré, » pour le peuple de F^yon, sera sous la sauvegarde de sa loyauté.

» Nous vous prions de répondre sur-le-champ, nous retarderons jus- » qu'à ce moment la célébration de la fête.

» Le 10 août 1793.

» BE}/LXN\, Président.

^ MOLLIN, secrétaire, «

Kellermann refusa cette invitation , disant qu'il ne pouvait assister à la fédération lyonnaise, parce qu'il la célébrait lui-môme avec son armée dans son camp, où il serait heureux de recevoir les citoyens de Lyon s'ils se décidaient à accepter les conditions qu'il leur avait faites.

Le trompette prenant alors congé des troupes crancéennes disparut dans un nuage de poussière, et, un instant après, il rendait compte de sa mission aux corps administratifs du peuple de Lyon assemblés à THôtel-de-Ville. A trois heures, dans la même journée, les administrateurs du district de Lyon, ceux de la campagne réunis aux membres du département et de la municipalité provisoire, de Lyon, les municipalités de Valse et de la Croix-Rousse, les commissaires pris dans le sein des délégués de la section du peuple de Rhône-et-Loire, réunis aux membres du tribunal criminel, les juges du district, les membres du bureau de paix, les juges et les assesseurs de paix s'ébranlèrent pour se rendre solennellement sur la place Bellecour.

La gendarmerie nationale à cheval déployant deux bannières tricolores ouvrait la marche, et précédait un corps nombreux de musiciens jouant le chant de guerre de Rouget de Lisle; les compagnies de vétérans, les gardes nationales de Lyon, et tous les districts du département, accourus précédemment au secours de..^ ville menacée, venaient ensuite, les drapeaux également déployés. Dix hommes détachés des bataillons qui se trouvaient en armes aux avant-postes, précédaient les corps administratifs, suivis par quatre pièces de canon de huit , et un escadron de chasseurs à cheval.

Les rues, les places, les fenêtres, les toits même des maisons étaient garnis de citoyens applaudissant avec transport au passage du cortège. Lorsque la tête de la colonne débouchant par la rue de la Barre fut en vue de la place , une salve d'artillerie salua son arrivée. On avait con-

struit au milieu de cette place un autel orné d^une statue de la liberté couronnée de lauriers, entourée d'attributs, et portant à la main un drapeau sur lequel on avait écrit cette devise : Je vole au bonheur, quand je marche avec la loi. Au milieu de cet autel sortait un arbre de la liberté surmonté d'un drapeau et du bonnet phrygien , quatre colonnes garnies de feuillage et surmontées également d'un drapeau tricolore soutenaient l'estrade où les corps administratifs et judiciaires prirent place. Un peu plus loin s'élevait un bûcher immense, au sommet duquel flottait majestueusement la bannière donnée au département à l'époque de la fédération du 14 juillet 1790.

A l'un des angles du bûcher, on voyait supporté par un trépied en bronze un vase où pétillait une flamme ardente attendant l'instant de Tauto-da-fé pour dévorer les titres des droits féodaux échappés au sacriGce du 9 septembre 1792, et qu'on avait apportés sur le bûcher, tant du district de la ville que de celui de la campagne. A quatre heu: res, cent vingt tambours placés à la tète de la colonne battirent aux champs ; le général Précy arrivait par la rue Saint-Dominique entouré de son état-major et suivi par une escorte de cavalerie ; il vint se placer à la droite des corps administratifs. Un second roulement de tambour et une nouvelle salve d'artillerie annoncèrent le serment qu'on allait prêter : alors le président du district de Lyon chargé de le recevoir, s'avançant au bord de l'estrade, prononça d'une voix sûre, quoique émue, un discours inspiré par les circonstances fatales qui dominaient la situation.

<- Citoyens , dit-il ,

» Il est douloureux pour des républicains de n'apporter que le deuil * dans une fête où devrait briller la joie d'avoir à célébrer l'accepta- » tion unanime d'une constitution qui promet le bonheur à tout le >* peuple français ; il est plus aflreux encx)re que la ville de Lyon n'ait » que les cris de la douleur à pousser, quand toutes les autres villes > de la République entonnent avec transport l'hymne de la liberté. » Cependant, comme elles, Lyon est l'enfant de la République; comme » elles , Lyon reconnaît la Convention ; comme elles, enfin, Lyon veut » la constitution, la République, la liberté , l'égalité. Ah 1 si, dans cet » instant, nos frères égarés pouvaient nous voir autour de cet autel « sacré; s'ils pouvaient contempler ces drapeaux, emblèmes de la y> liberté que nous chérissons tous, flottant sur nos tètes menacées,

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