CHAPITRE XXIX. 3i
» qu'un seul et même guide, la Convention? Nous l'avons déclaré » solennellement dans tous nos actes, dans toutes nos proclamations , » que pouvez-vous à cet égard nous objecter?
» Si la Convention nationale, dites-vous, était trompée sur votre w compte, vaits lui exposeriez avec franchise vos sentiments, vous lui » feriez votre pétition, et en attendant vous obéiriez à ses lois.
» Citoyen général , votre conduite serait sage ; mais l'exemple d'un » individu ne peut servir de règle à une fraction du peuple souverain.
» Vous connaissez les députations que nous avons envoyées, les » lettres que nous avons écrites, les pétitions que nous avons faites, » les adresses que nous avons expédiées ; et les représentants du peuple » qui vous accompagnent les connaissent aussi. Où sont-elles ces » pièces? Ensevelies aux comités de surveillance et de salut public, y » a-t-on fait droit? Vous et votre armée, déposez le contraire.
» Jusqu'à ce que nous soyons soumis aux décrets de la Convention >» nationale, ajoutez-vous, vous ne reconnaîtrez pas en nous des répu- » blicains, et vous nous traiterez en rebelles. L'acceptation de la con- » stitution , la publication de ses décrets , le brûlement que nous avons » fait des titres féodaux dans la fête civique du 10 de ce mois , sous le » feu de votre canon auquel nous n'avons pas riposté, pour ne pas » troubler cette belle journée , sont la preuve complète de notre sou- • mission à l'autorité de la Convention nationale. Voulez-vous de nous » une obéissance aveugle et passive, au point de nous faire courber » la tête comme de vils esclaves , sous des décrets de proscriptions et » de sang? Est-ce à des Français , est-ce à des républicains qu'on peut » tenir un pareil langage? dans quel endroit de la constitution cette » obéissance servile est-elle consignée? que signifient donc les art. 34 » et 35 de la déclaration des droits ?
» Si le droit de la résistance à l'oppression n'est pas une chimère , » jugez qui sont les rebelles, ou de ceux qui saccagent nos campagnes, » arrêtent nos concitoyens, interceptent nos subsistances, dévalisent » nos courriers, et lancent sur nos murs les foudres destinées à ga- » rantir nos frontières; ou de nous qui ne sommes armés que pour » défendre nos personnes et nos propriétés, faire exécuter les lois et » repousser les scélérats que l'opinion publique et les tribunaux ont » proscrits, €^t dont nos ennemis soutiennent la cause ?
» Rappelez-vous, citoyen général, qu'un des principaux chefs d'ac- « cusation contre le dernier tyran, fut d'avoir fait, au 10 août, couler
« le sang français. Que ceux qui dirigent contre nous la force que » vous commandez tremblent de l'application; sentez-en vous-même »' la conséquence, et si véritablement vous voulez fraterniser avec » nous, cessez vos hostilités, faites retirer votre armée.
» Les sections assemblées , à qui vous avez adressé hier copie de la » lettre que vous nous aviez écrite la veille, n*ont pas en ce moment V d'autres assemblées politiques que celles des autorités et des délé- » gués à qui elles ont confié leurs intérêts; elles n'ont pas pris les » armes pour délibérer, elles sont au camp et n'abandonneront pas » plus leur poste que vous.
» Cessez, citoyen général, de regarder les administrateurs.et les dé- » légués de Rhône<et-Loire comme séparés de leurs commettants, »» cessez de voir en eux des émigrés et des contre-révolutionnaires; » cessez de croire qu'ils veulent sacrifier leurs concitoyens : quarante « mille républicains de toutes les sections de Lyon et de toutes les » communes de Rhône-et-Loire sont sous les armes, pour prouver » que nous n'avons tous ensemble qu'un seul et même intérêt , celui w de la liberté, de l'égafité et de la République une et indivisible, la » sûreté des personnes et des propriétés, l'exécution des lois, et la » résistance à l'oppression dont la charte constitutionnelle a fait la » sauvegarde du droit du peuple. Vous avez, dites-vous encore, dé- » fendu à votre armée d'attaquer la première et de piller nos proprié- « tés. Eh bien ! général , c'est précisément votre armée qui a com- » mencé l'attaque; nous n'avons fait jusqu'ici que répondre à ses » hostilités; nos campagnes sont pillées et dévastées par vos troupes: » communiquez notre lettre aux représentants du peuple qui dirigent » vos opérations , et demandez leur si ce sont là les garants des offres » que vous nous faites de leur part dans votre lettre. »
Roum^n y secrétaire. St^n^' BEM AN I, Président.
Cette lettre, conforme en tous points à la vérité, prouvait que la bonne foi de Keliermann avait été surprise par des rapports mensongers, et que c'était bien son avant-garde qui la première avait commencé les hostilités. Dubois - Crancé convient lui-même, dans un compte-rendu de sa mission, adressé à la Convention nationale, que son intention première fut de prendre Lyon d'assaut. Cet aveu, ce projet d'assaut constituent de fait l'attaque du 8 août.
CHAPJTRfc: XXX.