‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 204 sur 217 · CHAPITRE XXX. :iVJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. :iVJ

Le chant des cavaliers est attribué, paroles et musique, à un chasseur, dont l'arrivée mystérieuse à Lyon fournissait matière à mille conjectures plus ou moins bizarres. Ses manières nobles, distinguées, quoique franchement militaires ; une mélancolie profonde qui contrastait péniblement avec la folle galté de ses camarades, son sang -froid imperturbable, une cicatrice encore récente qui partait de. son front pour aboutir à Textrémité droite de sa bouche, le soin qu'il prenait à cacher son véritable nom sous celui du Petit- Frédéric (il était petit de taille) ; tout en lui servait à piquer vivement la curiosité de ses camarades, qui respectaient en riant Tincognito dont il s'enveloppait.

Les uns disaient que c'était un Suisse déguisé ; les autres prétendaient que c'était un officier supérieur de l'armée des princes; un brigadier assurait avoir aperçu sur sa poitrine découverte un petit médaillon renfermant un portrait de femme. Enfin tous pensaient que la présence de Frédéric sous les drapeaux lyonnais était un secret dont le général Précy était seul le dépositaire.

En effet , dès les premiws jours du siège , Précy s'était longuement entretenu avec lui dans le vestibule de rHôtel-de-Ville, et lui avait offert une lieutenance dans son corps privilégié de chasseurs. Celui-ci l'avait refusée, préférant combattre en qualité de simple soldat.

La nuit pendant laquelle Frédéric composa le chant des cavaliers lyonnais, le détachement de cavalerie, dont il faisait partie, se trouvait au poste avancé des Tupiniers à Grézieux. Une action fort chaude avait eu lieu dans le jour entre les troupes de la Convention et celles du peuple de Lyon.

Les soldats de Dubois-^Crancé s'étaient élancés deux fois pour enlever la position des Tupiniers ; deux fois ils avaient reculé , brisés par les baïonnettes lyonnaises, et le feu de quatre pièces de canon mises en batterie sur une terrasse élevée.

Une troisième fois ils s'étaient développés dans la plaine Carmagnac et s'apprêtaient à débusquer, baïonnettes en avant, les batteries qui les criblaient, lorsque lé petit corps d'infanterie lyonnaise découvrant ses ailes, livra passage aux cavaliers qui, le pistolet et le sabre à la main , chargèrent à fond , et repoussèrent la colonne ennemie.

La nuit était tranquille , on apercevait au loin le feu du bivouac des Crancéens. On entendait même distinctement le cri de leurs sentinelles

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perdues, et parfois le refrain de la Marseillaise qu'ils chantaient pour se consoler de leur échec de la veille. Frédéric ne donnait pas. « Ce chant est beau , dit-il à ses camarades , pourquoi n'aurions-nous pas notre Marseillaise aussi, nous? notre chant de guerre, notre chant de victoire ou de consolation? » Disant ainsi, il se leva, se promena silencieusement pendant une heure, demanda une plume et écrivit ces lignes qui , à défaut de mérite littéraire, ont du moins celui d*eiq)rimer énergiquement les idées et les opinions des assiégés.

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