CHAPITRE XXX
Tune des plus belles et des plus glorieuses pour les armes lyonnaises : « Après un combat soutenu d'une demi-heure, nos adversaires » prennent îa fuite, et vont cacher leur honte dans le camp retranché »> de Montessuy. Notre brave jeunesse est digne de tout éloge : elle a •» montré la plus grande intrépidité , elle a bravé la mort sans trem- > bler : sans son courage héroïque on perdait une superbe et belle » pièce d'artillerie. Dans cette aCTaire l'ennemi a perdu une grande » quantité de soldats. Nous n'avons perdu que trois hommes , il y a eu « plusieurs blessés. »
Pour se venger de cet échec, les représentants du peuple eurent recours à leur système ordinaire ; ils lancèrent un nouvel anathème Kîontre le royalisme lyonnais, le traitant de parti infâme dominé et dirigé par une masse d'étrangers , de prêtres réfractaires et d'émigrés. Le bulletin du 14 août est le compte-rendu , le procès-verbal de la journée; il est ainsi conçu en ces termes :
« La nuit s'est passée paisiblement ; après avoir été maltraités la veille, >» les satellites de Dubois-Crancé n'ont pas osé reparaître, ils ont trouvé » de difBcile digestion les Muscades de nos concitoyens qu'ils appel- » lent soldais de colonne.
» A la pointe du jour, pour faciliter l'introduction d'un convoi de » blé, une action très-vive s'engage auxBrotteaux, le feu se soutient « avec vigueur, la victoire nous reste , et les provisions entrent, »
Ce bulletin faisait en terminant réloge de Précy et blâmait adroite ment l'ardeur de ses soldats : l'exaltation des Lyonnais en présence des ennemis était arrivée au point qu1ls se défiaient en audace et en témérité.
« Citoyens soldats, continuait le bulletin, il est des généraux avides » de gloire qui ne craignent pas pour s'illustrer de multiplier les victî- »> mes, et qui ne se plaisent qu'à cueillir des lauriers teints de sang; ce M n'est point là le caractère du général Précy. Lyon l'a arraché de sa ^ retraite pour terrasser l'ennemi, il en a prêté le serment, et il y sera ^> fidèle , non en exposant nos braves soldats, il les porte tous dans son '> cœur ; non en courant sur des hommes égarés à travers des mon- » ceaux de cadavres >, mais en gardant une défensive honorable. Il ne »> sera l'agresseur que par nécessité. Braves soldats! soyez rigides ^> observateurs des ordres du général , ralentissez cette ardeur incon-
» sidérée qui sovventsam nécessiié vous fait affronter la mort, Précy « est voire frère , tous les hommes de Tart , Kellermann lui-même , » rendent justice à ses talents. »
Repoussés chaque jour et sar tous les points , les représentants du peuple désespérèrent un instant de prendre Lyon de vive force, ainsi qu'il résulte d'une lettre adressée par Dubois-Grancé au comité de salut public delà Convention, après un conseil de guerre tenu au château de Lapape dans la matinée du 14^
« Il est certain, dit-il, qu'on a trop espéré que la ville de Lyon » ne ferait aucune résistance, et qu'il suffirait de lui présenter Tap- » pareil d'une force quelconque, pour décider sa sour-îssion; mais » on avait depuis deux mois et demi trop bien organisé la cmitre- » révolution , le système en était trop bien lié dans toutes les parties » de la République, spécialement dans le Midi , pour que la position » de Lyon n'ait pas par préférence l'attention de nos ennemis.
» On aurait tort de croire que Lyon est facile à prendre; placé entre •» deux rivières, il n'est attaquable en ce moment, et jusqu'à ce qu'il *« soit cerné du côté de Saint-Just, que par une côte en amphithéâtre » coupée de maisons, de murailles sur lesquelles ils ont établi leur » défensive appuyée au Rhône par la droite et à la Saône par la gau- » che, position que l'on ne peut tourner, qu'il faut attaquer de front, ^ qui est semée d'obstacles naturels, où chaque champ forme une » redoute, et qui est défendue par trois rangs de batteries l'une au- » dessus de l'autre.
« Mais si les rebelles ont une position avantageuse, la nôtre n'est » pas moins bonne. Nous ferons couper à coups de canon le pont « Morand pour éviter qu'ils ne viennent attaquer nos battei'ies en plaine, » et nous les chaufferons avec des bombes et des boulets rouges » sur toute la surface que présente la ville à deux cents toises de » distance. Nous croyons qu'ils ne résisteront pas à cette épreuve; » au pis-aller, tandis que la flamme embrasera difTérents quartiers, » nous ferons une vigoureuse attaque pour emporter de vive force » les retranchements de la Croix-Rousse, et si nous les emportons, » il faut que la ville se rende ou il ne restera pas pierre sur pierre*
» Ne soyez donc point étonnés si l'on vous dit un jour que Lyon » n'existe plus. >»