‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 21 sur 217 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SOMMAIRE : Coostitution civile du clergé. — Chirat et Champagneux.— * Installation de Tévéque Lamourette. — Protestation des chanoines comtes de Lyon. — Mandement de M. de Marbeuf. — Arrestation de Tex-grand vicaire Bois-Boissel. — Pamphlets religieux. — Détresse des ouvriers lyonnais. — Pillage des châteaux de Beaulieu et de Poieymieux. — - Massacre de M. Guillin-Dumontet.

A mesure que l'Assemblée constituante poursuivait son travail de réorganisation, les hommes dont nous venons d'indiquer l'origine , acquéraient plus d'empire et redoublaient d'audace* La constitution civile du clergé leur fournit l'occasion de déployer contre les ecclésiastiques la haine qu'ils avaient jusqu'alors réservée aux nobles et aux riches.

L'Église de Lyon se trouva divisée en deux camps : celui des prêtres insermentés, et celui des assermentés. Le premier, persécuté par les magistrats qu'appuyaient les clubistes et la populace, devait inévitablement succomber : en effet, chaque jour il se trouvait exposé aux plus rudes épreuves, en butte aux préventions les plus inouïes, chaque jour on insultait les prêtres dans leurs temples , chaque jour on attaquait les Gdèles sur le seuil des églises, chaque jour on les poursuivait jusque dans leurs prières ; des cris de mort se faisaient entendre sur leur passage, mêlés à de révoltantes injures; rien n'était épargné , rien n'était respecté, tout était devenu l'objet d'un odieux système de violence, encouragé souvent par les exemples , provoqué même quelquefois par les actes de la municipalité.

Chirat, procureur-syndic du département, se faisait remarquer

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parmi les persécuteurs, ainsi que le journaliste Champagneux. Ce dernier donna, le 28 janvier 1791 , au tribunal de police correctionnelle, un véhément réquisitoire contre les prêtres, « qu'il fallait, disait-il , poursuivre comme des bêtes féroces, d'autant plus à craindre qu'ils prêchaient la paix, même en présentant la gorge au couteau. »

La nomination d'un nouvel évêque accrut encore les ferments de discordes. A la fin du mois de février, les électeurs de Rhône-et-Loire s'étaient assemblés dans l'église cathédrale pour procéder à la nomination d'un nouveau prélat, selon la loi; et l'abbé Lamourette, vicairegénéral d'Arras, avait été proclamé évêque de la métropole, par trente voix de majorité, sur quatre cent quatre-vingt-quinze votans. Cet abbé, chaleureusement recommandé aux clubs lyonnais, avait donné plusieurs gages aux idées nouvelles; ses prônes civiques lui valurent une ovation magnifique à Lyon : il y fit son entrée au son de toutes les cloches et au bruit du canon ; les autorités municipales allèrent le recevoir aux portes de la ville; les habitués des clubs, s'empressant autour de lui , faisaient retentir les airs de l'éclat de leur joie ; un nombreux corps de gardes nationales précédait et suivait Tévêque entouré de son clergé. Le long trajet qu'il parcourut ainsi, pour se rendre à l'église cathédrale, dut lui paraître la voie triomphale du Capitole ;. .. Et cependant le triomphateur marchait déjà vers la roche Tarpéienne. Un bizarre événement, que bien des personnes considérèrent comme un sinistre présage, interrompit les joies de cette pompeuse réception ; rheureux prélat s était à peine assis sous le dais qu'on lui avait préparé, qu'il disparut tout à coup aux yeux de son clergé, au moment où il recevait majestueusement l'encens des thuriféraires. Des jeunes gens, introduits secrètement dans les tribunes du chœur , choisirent le moment où le prélat montait sur son siège pour détacher un des cordons du dais dans lequel il se trouva subitement enveloppé.

Vaincus par la force , les hommes attachés aux principes de séparation des pouvoirs spirituel et temporel eurent recours à des protestations, dont l'unique effet fut d'exaspérer leurs ennemis. Dès le mois de novembre 1790, les chanoines comtes de Lyon , assistés de toutes les collégiales de la ville , avaient invoqué le concile de Trente contre l'abolition des chapitres. La municipalité avait supprimé leur écrit, et fait apposer les scellés sur leurs archives. M. de Marbeuf, persistant à conserver le titre d'archevêque de Lyon, primat des Gaules, suspendit de leurs fonctions sacerdotales les nouveaux directeurs

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