‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 23 sur 217 · UN DIEU, UN ROI, UNE FOI, UNE LOL · texte numérisé non relu

UN DIEU, UN ROI, UNE FOI, UNE LOL

Mais la religion, comme la royauté, recevait sans cesse de nouvelles atteintes. Cependant l'embarras financier de la ville de Lyon croissait en proportion des réformes décrétées par rAssemblée constituante. Un

grand nombre d'établissements, fondés par les habitants , étaient devenus propriétés nationales ; les octrois n'avaient pu être rétablis , les créanciers de la ville insistaient pour être payés, et, par l'organe de Roland et de Bret , députés extraordinaires , Lyon demandait en vain que l'État se chargeât de l'acquittement des dettes communales, en prenant, comme indemnité , diverses propriétés appartenant à la ville. La détresse des classes laborieuses était au comble ; « vingtcinq mille âmes, dit l'adresse des députés extraordinaires, étaient réduites au pain de Faum&ne. » Leur sort préoccupait tous les esprits, et l'académie de Lyon, dans sa séance du 7 décembre 1790, avait proposé, entre autres sujets du concours d'avril 1791 , l'examen de l'utilité des manufactures de lainage : « Réuniraient-elles, plus qu'aucune ^ autre, les avantages de fournir du travail pour tous les âges, tous » les sexes, tous les genres de facultés et d'intelligences; et d'être » plus indépendantes de toutes les variations qui résultent de diverses » circonstances? Pourraient-elles spécialement occuper les ouvriers » de Lyon , dans le temps de cessation de leurs travaux ordinaires? » Malgré son dénûment , dont elle n'entrevoyait pas la fin , la classe laborieuse de Lyon , éclairée par les exemples du passé , demeura sourde aux instigations des partis. Non -seulement aucun trouble grave n'eut lieu dans la ville, mais encore les lois n'eurent à punir aucun attentat à la propriété. Il n'en fut pas de même dans les campagnes voisines de Lyon. Mécontents des mesures insuffisantes de l'Assemblée nationale , les paysans entretenaient une haine violente contre les ci-devant seigneurs féodaux , et l'hostilité des populations rurales se manifesta par deux événements à jamais déplorables et qui ont laissé de sinistrés souvenirs dans le département de Rhône-et- Loire.

Depuis plus de trente ans, M. de Chaponnay, père de six enfants, dont trois militaires, habitait la terre de Beaulieu-lès-Lyon, Le 24 juin 1791, après midi, deux mille hommes de garde nationale s y présentèrent, tambour battant, ayant à leur tête les maires de Morancé, de Lucenay et de Chazelay. Sous prétexte de faire une visite domiciliaire, ils pénétrèrent dans les appartements; argenterie, linge, dentelles, assignats, furent brisés, déchirés, mis en pièce; on abattit les arbres des avenues; on roula les tonneaux sur une terrasse, et tout le vin hit répandu. On doit remarquer d ailleurs que cette dévastation ne fut point accompagnée de vol, et qu'elle eut pour but unique do

Page 1