CHAPITRE IV
» cipalités et lardente inquiétude du peuple. Un imposteur dénonce- » t-il une maison comme renfermant un arsenal, ou une mine pour » faire sauter le pays, ou une contre-révolution, aussitôt la multitude » s'ébranle, la garde nationale raccompagne, des municipaux la sui- » vent; on investit le toit d'un citoyen paisible, on enfonce les portes » s'il ne les ouvre; on parcourt, dans Tespoir de le trouver coupa- » ble, tous les recoins de son domicile; on sème l'effroi dans sa fa- » mille, trop heureux si l'opération ne s'achève pas par lincendie^ » ou le pillage, ou du moins par une arrestation arbitraire. Mais la » maison reste notée, et, au premier incident, les frénétiques et les » brigands y portent le ravage. Telle est la police publique qui forme » aujourd'hui , en France, la sauvegarde des citoyens. *
M. Guillin-Dumontet se plaignit au département du Rhône, l'unie ceux qui se fiaient encore à la vaine formule : La Loi et le Roi. Ce corps administratif blâma cette visite inquisitoriale comme un attentat, défendit formellement de pareilles violences et en même temps invita M. Dumontet à signifier aux municipalités coupables le décret qui les rendaient responsables des donunages. Au surplus, les perquisitions faites, ayant donné lieu de constater que le château n'était pas à craindre, semblaient le mettre à l'abri de vexations nouvelles. M. Guillin-Dumontet pouvait donc se promettre quelque tranquillité.
Vaines prévisions, précautions inutiles contre la plus basse tyrannie qui ait jamais pesé sur un peuple I Le 26 juin 1791, par suite d'instigations secrètement parties des clubs de Lyon, l'agitation se répand à Poleymieux , des rumeurs sinistres frappent les esprits : les hommes s'échauffent en des conciliabules, les fenmies s'effraient, le génie du mal semble souffler dans les cœurs une sourde rage. Que va-t-il se passer ? partout règne encore un sombre silence.
C'était un jour de fête. H'»'' Guillin-Dumontet était allée à la messe avec ses enfants. En sortant de l'église, on l'avertit à voix basse qu'un mouvement d'attaque se prépare contre le château et que de grands malheurs la menacent, elle et son mari. La malheureuse femme étonnée, et jusqu'alors sans défiance, ne peut croire à ce qu'on lui dit elle repousse bien loin cet avis, elle se refuse à la nécessité pressante de quitter sa maison, de partir et d'emmener ses enfants , elle néglige ainsi les précautions qu'on pouvait prendre encore ; elle arrive pourtant chez elle toute troublée et rapporte l'avis à son mari qui s'écrie. — « Us ne l'oseront pas I »
Dès ce moment la fuite devint impossible, les paysans réunis en armes devant l'église, éclatent en cris de fureur; ils se vantent qu'ils vont marcher contre le château et n'en laisseront pas pierre sur pierre. Des inconnus les haranguent, ils s'organisent et se mettent en marche en brandissant leurs armes.
M. Guillin-Dumontet ne doutant plus de leurs desseins, oublie son âge, et malgré les blessures dont il est couvert, malgré le petit nombre de domestiques qui peuvent le seconder, il se prépare bravement à la défense , il revêt son vieil uniforme , parcourt la maison , en fait fermer et barricader les portes , distribue à ses gens des fusils de chasse et fait charger les armes. Il avait retrouvé toute l'énergie de sa jeunesse « tout le courage et le sang-froid qu'il avait si souvent déployés devant l'ennemi. Sa femme en pleurs accourt, se jette à ses pieds et le supplie de se retirer, ou du moins de se soumettre et de tenter un accommodement; elle lui présente ses deux enfants qui pleurent et prient avec elle. Cet assaut livré aux plus chers sentiments de son cœur lui dut être le plus redoutable ; il y résista. — « Non, s'écria-t-il, il ne sera pas dit qu'un homme qui n'a capitulé de sa vie, et que n'ont pu faire trembler les plus farouches Indiens, se soit soustrait par une lâcheté aux menaces de, quelques centaines de paysans. Qu'ils viennent; je les attends I » Et il se constitua bravement l'ennemi d'une multitude exaspérée.
Sur les dix heures du matin, on vit de loin une petite année s'approcher du château; deux municipalités des environs s'étaient réunies à celle de Poleymieux, toutes décorées de leurs écharpes et suivies de trois cents gardes nationaux. On marchait dans cet appareil contre un seul homme, contre un vieillard! Une perquisition d'armes cachées servait encore de prétexte à cette incroyable expédition.
Dans cette extrémité, M"« .Guillin-Dumontet a retrouvé. ce courage du désespoir, ce sang-froid sublime dont tant de femmes firent preuve au milieu des horreurs de cette époque : elle descend , fait entr'ouvrir la grande porte et se présente seule et calme au-devant de la municipalité; elle demande avec douceur les motifs de ces démonstrations menaçantes. « On veut connaître, dit-on, l'état du château et le nombre d'armes qu'on y cache. » Elle rappelle alors la visite du mois de décembre précédent , les arrêts du département à ce sujet ; elle s'explique avec une modération et une présence d'esprit ad-