‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 27 sur 217 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le nombre des assaillants grossissait sans cesse. Tous les villages voisins renforcèrent l'attaque ; mais le vieux marin, son Gdèle nègre et deux ou trois domestiques, savamment embusqués derrière les lucames d'un avant-corps de logis, nourrissaient un feu si vif et si bien dirigé que les assiégeants ne pouvaient reformer leurs rangs. Deux hommes n'étaient occupés qu'à charger leurs armes. Guillin et son nègre étaient excellents tireurs, et les cadavres s'entassaient sous leurs coups, et surtout le terrible tromblon balayait des files entières. Les paysans enQn*se lassent, poussent des cris de rage et désespèrent d'emporter le château par les armes. Quelques-uns se glissent au pied des murs , ils y amoncellent des fagots, de la paille, des pièces de bois et y mettent le feu. La fumée s'élève à flots épais et les vieilles tours féodales disparaissent glorieusement au milieu de l'incendie. On entendait toujours gronder le tromblon du vieux commandant, et les balles se faisaient jour à travers les flammes; mais la porte principale, malgré ses ferrures et ses bois épais à demi consumée par les flammes, s'écroule avec fracas, les paysans escaladent les débris et se précipitent. Guillin et ses hommes font retraite jusqu'au vestibule où ils s'arrêtent pourlécher une décharge simultanée qui renverse dans la cour les plus hardis de ceux qui les poursuivent , ils montent au premier étage en rechargeant leurs armes. Cependant les portes vitrées du rez-de-chaussée tombaient l'une après l'autre sous mille coups , la foule se répand dans les escaliers à la suite des assiégés dont le feu rapide , inattendu et toujours meurtrier marque seul les traces. Ce fut un combat héroique d'étage en étage, de chambre en chambre, pied à pied. Guillin Dumontet demeurait seul avec son nègre, car ses domestiques étaient morts en fuyant; enfln, toutes les portes étant forcées derrière eux, ils arrivent en haut des tours sur une étroite plate-forme par une seule issue facile à défendre. « C'est ici que nous mourrons, dit Guillin à son nègre, mais nous n'y mourrons pas seuls. » Les premiers ennemis qui paraissent à cette issue roulent au bas des degrés sur les compagnons qui les suivent. Zamor seconde son maître avec précision, ils ménagent prudemment leurs coups, les morts obstruent cette ouverture qui demeure infranchissable. Tout à coup Zamor pousse un cri de rage; il n'a plus de poudre, les munitions sont épuisées. « Je n'avais d'autre espoir que de mourir en vieux soldat, les armes à la main, lui dit froidement son maître. » Pour la dernière fois Guillin fait feu de son tromblon, mais une

balle l'atteint au front , il s'appuie contre la plate-forme et voit son nègre tomber derrière lui; quelques gardes nationaux, émerveillés de tant de courage , parviennent alors jusqu'auprès du vieux commandant, ils l'exhortent à se montrer, à se rendre, ils répondent de sa vie ; le sang coulait alors sur son visage et l'aveuglait, la foule l'enveloppe, il secoue la tête et dit : « Je suis perdu. » Puis se relevant hardiment, il ramasse ses forces pour ajouter : « Qu'on m'achève donc et qu'on en finisse. » La populace se jette sur lui, ce fut à qui lui porterait les premiers coups : un homme de Couzon lui traverse la tête d'un coup de fourche, un vieux paysan de Chasselay lui abat l'épaule droite du tranchant de sa faux , chacun lui veut plonger son sabre dans la gorge; toutefois il respirait encore, et pour ajouter aux horreurs de son agonie, on lui crie, on lui répète qu'on égorgera comme lui sa femme et ses enfants pour éteindre son infâme race ; enfin un jeune homme de Curis, plus humain que les autres, l'achève d'un coup de hache.

Alors commence une scène qui passe en atrocités tout ce qui précède, un de ces tableaux qui, à chaque instant dans les récits de cette époque , forcent Thistorien à jeter la plume ou à la tremper dans le sang. Guillin est à peine mort, que ses bourreaux se précipitent, dépècent le cadavre, ils s'en partagent les lambeaux, les uns lavent dans son sang leurs mains noires de poudre , d'autres , chose incroyable! et qui se vit alors souvent, d'autres y trempent leurs lèvres altérées; on arrache les oreilles, les entrailles fumantes de la victime , on s'en décore en guise de trophées et de cocardes , enfin on emporte sur une pique la tète détachée du tronc pour la faire figurer à je ne sais quel indescriptible festin qui se prépare à Chasselay. Ici véritablement le cœur se lève, et malgré l'obligation d'exposer ces effets du déchaînement des peuples, l'écrivain ne saurait se résoudre, dans la crainte de n'être pas cru, à effrayer la postérité de pareils détails , s'ils n'étaient exactement consignés dans la procédure qui fut instruite à Lyon après l'éyénement. Les paysans , que la gendarmerie arrivée trop tard poursuivait à Chasselay , furent arrêtés à table dévorant le cœur et le bras de la victime qu'ils avaient fait rôUr.

Pendant ces horreurs et tandis que la populace pill&it le château en flammes , à la vue des écharpes municipales, H**"*^ Guillin-Dumontet s'échappait assistée de deux habitants de Poleymieux. Elle fut conduite avec ses enfants, dans l'état le plus pitoyable, chez une dame

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