CHAPITRE IV
Peillon qui voulut bien la cacher chez elle; mais bientôt les meurtriers inassouvis se ravisent et la poursuivent, on la cherche de porte en porte , en poussant des cris de mort : elle est forcée de quitter son asile , emportant un de ses enfants dans ses bras , l'autre fut confié au dévouement d'une femme de chambre fidèle qui suivit courageuse* ment sa maîtresse. M""*: Dumontet erra tout le jour dans la montagne, se cachant dans les bois , les fossés, traquée de gîte en gîte et succombant sous le poids du corps de son enfant à demi mort. Vers le soir, brûlée d'une soif ardente, les pieds sanglants, expirant de fatigue et d'inanition, elle arrive sur les bords de la Saône et tombe entre les mains d'une troupe de meurtriers qui la poursuivait : elle touchait à ses derniers moments, mais un officier de la garde nationale la défendit au péril de sa vie, à la tète d'un détachement que la ville de Lyon avait envoyé malheureusement trop tard à la défense de M. Guillin-Dumontet. Cet officier, M. Valesque, recueillit la malheureuse femme avec les égards et la pitié qu'elle méritait, il la secourut, lui donna sa troupe pour escorte et parvint à la ramener avant la nuit dans Lyon, où elle fut mise en lieu de sûreté. Ce fut là qu'elle apprit le sort de son mari et toute l'étendue de son malheur.
A la nouvelle de ces affreux événements de Poleymieux , le club central ne sut point déguiser sa joie; la gendarmerie avait arrêté à Chasselay un des principaux acteurs de la scène, au moment où, dit-on, il buvait un verre de sang de la victime ; les agents du club parvinrent à faire remettre cet homme en liberté.
La veuve du seigneur de Poleymieux, revêtue d'habits de deuil, parut le 13 août 1791 devant l'Assemblée nationale. « Je vivais, ditelle, tranquille avec mon mari dans le sein de ma famille; à la suite de quelques troubles, ma maison est investie de quelques gardes nationaux : les domestiques avaient fui; mon mari avait livré ses armes, forcé de s'éloigner et de se cacher dans un endroit écarté. Je me présente à ces effrénés, j'étais ferme et décidée ; ils me respectèrent : mais bientôt le pillage commença, et l'incendie qui l'accompagnait fit des progrès rapides et horribles, mon époux est obligé de sortir de sa retraite ; plusieurs habitants lui promettent de le défendre; mais lorsqu'il parait auprès des brigands, leur fureur redouble, ils se précipitent sur lui , il devient leur victime de la manière la plus atroce et la plus cruelle ; bientôt ils se'retirent et vont faire une scène de cannibales. Us vont se nourrir I... »
Un cri d'horreur et d'indignation interrompt M™« GuilHn, qui finit par demander la liberté de Guillin de Pougelon, son beau-frère , l'un des principaux agents de la conspiration royaliste. Une froide discussion succéda à l'unanime émotion de l'Assemblée. Un Lyonnais, M. Delandine , bibliothécaire de Lyon, député du bailliage du Forez, appuya la motion de la malheureuse veuve; quelques membres du côté gauche même insistèrent pour la mise en liberté de Guillib de Pougelon, mais les observations de Camus, Rewbell et Chabroud , firent renvoyer la question au Comité des recherches. Toutefois l'Assemblée, attendrie sur le sort de M™« Guillin, chargea le Comité des Finances d'examiner jusqu'à quel point elle méritait les secours de la nation.