CHAPITRE VI
réglise s'élevait un sarcophage , flanqué de cariatides vivantes, et surmonté d'une urne qu'entourait Técharpe tricolore , symbole de l'autorité municipale. La garde nationale et la garnison étaient rangées autour du chœur et dans la nef : ce fut une belle apothéose , un digne hommage rendu à un magistrat victime de ses devoirs, et ceuxlà mêmes qui négligeaient les leurs s'empressèrent d'honorer sa mémoire.
Les violences contre les ennemis de la constitution civile du clergé recommencèrent le jour de Pâques, le 8 avril 1792. Un grand nombre de fidèles s'étaient réunis ce jour-là dans l'église de Sainte-Claire pour entendre la messe ; hommes et femmes se croyaient en sûreté, lorsqu'à leur sortie du temple une troupe de forcenés se précipitèrent sur eux, frappant les uns , terrassant les autres, faisant subir aux fem* mes ce qu'ils appelaient la fustigation civique. Obligés de céder au nombre et à la force, les hommes couverts de sang et de boue courent au corps-de-garde le plus voisin pour implorer du secours ; en vain ils supplient, en vain ils implorent une protection nécessaire, les soldats restent dans une immobilité passive : « Mais on tue nos frères, on assassine nos femmes et nos filles 1 s'écrient de malheureux pères de famille. — « Nous n avons pasd ordres, » répondent froidement les soldats courbés sous le joug de la discipline. Ceux qu'on parvient à entraîner sur le théâtre du désordre regardent de sang-foid, l'arme au bras, les cruautés qu'on exerce sur de pauvres femmes à genoux, dépouillées d'une partie de leurs vêtements, et demandant avec des larmes la mort de préférence à la honte, au déshonneur.
Cette scène durait depuis longtemps , lorsque le maire Vitet parut enfin; mais il s'occupa moins de sévir contre les coupables, que de leur prodiguer des marques d'approbation.
Un jeune homme qui débutait alors, et que nous verrons grandir dans les luttes parlementaires, Camille Jordan, osa stigmatiser avec énergie ces excès, dans un opuscule intitulé : La Loi et la Religion venr gées des violences commises a%LX portes des églises catholiques de Lyon (1). Sa voix ne fut pas écoutée , et les scènes déplorables du jour de Pâques servirent immédiatement de prétexte à la fermeture des églises catholiques demeurées ouvertes jusqu'alors à la piété des fidèles, acte illégal, abus de pouvoir s'il en fut jamais ; car l'exercice de toutes les
(\) Voir les pièces justiûcatives.
68 HISTOIRE DE LYOiV.— 1792.
religions était reconnu par les to» existantes de TËtai. Bien k>ia de détruire la foi catholique à Lyon^ cette mesure ne servit qu*à redoubler le lèleet la piété de ses harbitants : se rappelant alors qu'ils étsôenl les fils des saints et des martyrs, ils prouvèrent que la foi du Christ et k religion de leurs pères peuvent s'exercer aux mauvais jours sans temples publies. Déjà plusieurs funilles foisaient célébrer secrètement dans leurs maisons Fauguste sacrifice et les offices divins. Plusieurs autres personnes riches, autorisées par les représentants de Tex-archevèque, monseigneur de M arbeuf, transformèrent leurs salons e» ehapeUes destinées à recevoir un certain nombre de personnes; on y conservait les saintes hosties, pour les communiant» et les malades. Les constitutionnels, furieux de voir leurs temples plus solitaires qu'auparavant, firenC épier et suivre les fidèles soupçonnés de se rendre dans des maisons particulières pcmr y accomplir les devoirs de leur culte; ils attendaient, ils désiiraieRt une nouvelle occasion pour renouveler les scènes du 8 avril; mais si to prudence des catholiques trompa leurs espérances, la persécution dirigée contre eux n'en continua pas nmins avec vigueur. De son côté^ te maire Yîtet persistait à prendre part k ces fâcheux événements : profondément irréligieux, il prétendait que la religion étatt nne chose bonne tout au plus pour des nourrices et des enfants à la mamelle; il assurait que la doctrine du Christ était une doctrine de CmdrilUm^ un système de pot-aiê-feu. Tout en convenant que Jésus était un républicain consciencieux, il assurait qu'il n'était pas assez avancé pour les circonstances présentes. « Cest un voltigeur tricolore de Louis XIV ^ » disail-il souvent; quelquefois même il n'était pas bien certain que Jésus-Christ ne fût pas un répubiieain déguisé, un Jésuite sans-culottes; et pour peu qu'on le poussât dans cette voie dubir tative, il ajoutait qu'il n'avait jamais compris ces paroles, tant soit peu contradictoires selon lui : Rendez à César ee qui appartient à César.... Tons les hommes sont frères, en ce monde ils sont tous égaux. Vitet cependant avait des prétentions au rigorisme, il aurait volontiers changé son nom contre celui de Brutus ou de Caton; en attendant, copie informe de Péthion, maire de Paris, il s'était fait proclamer, comme Ivû , citoyen vertueux, magistrat incorruptible.
Trop faible pour attaquer Vitet, le directoire du département voulut du moins punir l'un des plus ardents provocateurs des mesures révolutionnaires, et il suspendit Chàlier de ses fonctions. Chàlier courut à Paris solliciter sa réintégration, et la municipalité, privée de l'appui