‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 39 sur 217 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

du fougueux démoerate, songea à réparer cet échec. Uoceasion &'en présenta bientôt. Depuis quelque temps la place' de général en chef de la garde nationale était vacante; radminifltration du département voulait élever à ee poste important un homme* wnùpr, parfaitement placé dans l'esprit public, qtd donnât par sa position sociale, son caractère et ses antécédents pohtiques, des garanties à Tordre et à la tranquillité : c'était une raison pour que la conmiune désirât tout le contraire. Par une manoeuvre habile employée souvent en révolution, die représenta qu*il serait bien dMmiter l'exemple donné par les Parisiens dans une circonstance récente et toute semblable : « Ce n'est pas dans les salons parfumés et tes palais dorés du faubourg Saint-Germain, dit-elle, que les patriotes de la capitale sont allés chercher un chef, car ils n'y auraient trouvé que faiUesse, égolsmo on perfidie ; ils l'ont trouvé dans une des maisons du peuple, au faubourg Saint-Antoine ; Santerre, enfant de la nation est pour eux, à cette heure, la persoimiGcation de la force, du désintéressement et delà loyauté. C'est aussi dans la maison du peuple que les patriotes de Lyon doivent aller chercher un citoyen probe et désintéressé, pour donner un chef à leurs légions nationales. »

Le club central, maître à peu près de tous les choix, pouvant les disposer à son gré, parvint donc sans beaucoup de peine à foire nommer commandant-général de la garde nationale de Lyon un pauvre malheureux ouvrier de la Grande^ôte nommé Juillard : d'un caractère sans volonté, sans pensée fixe, mats excellent homme du reste, aimé de tous ceux qui l'approchaient, Juillard n^avait d'autres titres pour obtenir une dignité pareille, que celui d^ancien militaire; c'était Hin de ces hommes mixtes qui dans Tordre moral n'ont pas assez d'énergie pour faire le bien et trop peu de v(rionté pour repousser le mal, êtres faciles, qui se laissent emporter au vent des majorités sans s'inquiéter aucunement du but et du résultat; c'était bien la créature qu'il fallait aux conjurés de Lyon, assurés qu'ils étaient de pouvoir lui imposer toutes leurs inspirations. Pour eux le moment d'agir était venu, TAssentblée Législative avait proclamé la patrie en danger et dédaré la guerre à Pempereur d'Autriche. Le général en chef des troupes prussiennes , ledmc de Brunswick, prêt à marcher contre nos frontières, publiait l'insolent manifeste par lequel il sommait les Français de se soumettre sous peine de subversion totale. Vitet reçut ces déclarations menaçant tes au moment où il présidait le conseil de la conmiune : « M. le duc est un fanfaron ou un fou, dit-il, voici le cas que les homBfics de cœur

doivent en faire; « et froissant la dépêche entre ses doigts, il la jeta à terre et la foula aux pieds. A l'exemple des Parisiens, les patriotes lyonnais voulurent donner quelque apparat à la proclamation du danger de la patrie. Les huissiers de la municipalité crièrent la formule sur les places, au milieu de nombreux attroupements. Quelques jours avant, à la suite d'un dîner, on avait vu les clubistes parcourir la ville, ayant pour étendard une vieille culotte surmontée d'un bonnet rouge; le bonnet rouge reparut, le jour de la proclamation, au faite de la bannière municipale.

La lutte continuait à Paris entre le pouvoir exécutif et le mouvement révolutionnaire. Louis XVI, sans force pour combattre ouvertement les envahissements de la démocratie, cherchait du moins à faire ressortir les inconvénients du nouveau régime en en contrariant la marche. Tantôt il subissait passivement la volonté nationale; tantôt ses inclinations naturelles et acquises le portaient à des actes de résistance, qui, loin de comprimer l'agitation populaire, donnaient un nouvel aliment aux passions politiques. Après avoir accepté contre son gré un ministère patriote, sous les auspices duquel la guerre fut déclarée à l'Empereur d'Autriche, il renvoya, le 12 juin, Servan, Clavière et Rolland. Peu de jours après, le conseil général de la conmiune de Lyon expédiait l'adresse suivante à l'Assemblée législative :

« Législateurs, la France avait des ministres véritablement amis de » la liberté et du bien public, leurs premiers pas dans le ministère » nous présagaient le règne de la prospérité : déjà la paix et la prou spérité succédaient aux divisions qui nous déchirent depuis si long- » temps. Par quelle fatalité nous sont-ils donc enlevés? Comment » ceux qui ont obtenu la confiance de la nation ont-ils pu perdre » celle du roi? Quelles peuvent être les causes d'un renvoi si brus- » que et si inattendu? La proposition de former autour de la capi- » pitale un camp de vingt mille hommes, l'extinction de l'infâme » agiotage seraient-ils le sujet de cette disgrâce ? Oh ! si ce sont là ^ leurs crimes, ils n'ont qu'à s'en féliciter. Il est temps de prouver » que s'il existe une loi constitutionnelle qui donne au roi le droit » de suspendre la volonté de tous, il en est une autre qui est la pre- « mière de toutes, c'est le salut du peuple. Celle-ci vous conunande » de donner au gouvernement une assiette plus stable. Daignez » donc, législateurs, daignez pourvoir au danger qui menace la » patrie , prenez des mesures fermes et vigoureuses, nous vous ré-

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