CHAPITRE Vit
SOMMAIRE: Fédération du 14 juillet 1792. — Plantation de Tarbre de la liberté. — Dépulation des royalistes lyonnais à Louis XVI. — Lettre du fédéré Thonion au curé Bottin. — Organisation du comité des Trois-Cents.*^ Journée du 10 août. — Arrêté de la commune de Lyon contre les étrangers. — Émigrations nombreuses. — Décret contre les prêtres insermentés. — Destitution du directoire et du district. — Réintégration de Chàlier. — Lettre de Laussel. — Troubles au sujet des subsistances. — Circulaire du président de la section de la Juiverie. — Renversement de la statue équestre* de Louis XIV. — L*iralien Casali forme le projet d'assassiner le maire de Lvon.
Des signes précurseurs annoncèrent la journée du 10 août. Confiants dans le succès des armes étrangères, les royalistes manifestaient sans crainte l'espoir d'une restauration ; les patriotes demandaient hautement la mise en accusation du roi, et appelaient la vengeance nationale sur les partisans de l'ancien régime. Un terrible dilemme était désormais posé : ou l'aristocratie reprendrait les privilèges qu on lui avait arrachés ; ou le peuple, non moins inflexible dans ses prétentions , poursuivrait les conséquences des idées égalitaires; dans tous les cas, se préparait une guerre sanglante, implacable, où les partis, n'ayant de salut que dans la victoire, combattraient jusqu'à ce que l'un ou l'autre succombât.
Chaque jour, des groupes de démocrates lyonnais, en passant sous les arbres de Bellecour , devant les hôtels aristocratiques , faisaient entendre de sinistres imprécations. Des cris de mort troublèrent la fête civique qui fut célébrée cette année, le 14 juillet, au Grand-^^amp, à l'occasion du renouvellement du serment fédératif , et interrompi" L 10
rent plusieurs fois Texécution d'une pièce lyrique de circonstance, intitulée : La Liberté, composée par Pelzin. Les mêmes cris se renouvelèrent le 22 juillet, au milieu d*une cérémonie réputée religieuse. La place des Minimes, sanctifiée aux premiers temps du christianisme par la mort héroïque des plus glorieux martyrs lyonnais, devint ce jour-là le théâtre que le curé Bottin choisit pour donner de nouveaux gages à la révolution. Il se rendit processionnellement, bannière au vent et croix en tête, de son église à cette place, afin d'y célébrer le sacrifice de la messe en l'honneur de la plantation de l'arbre de la liberté. On le vit, après avoir levé les saintes espèces, ofirir dévotement de ses mains, au mai national , Tencens pur qu'on ne doit qu'à Dieu.
Le même jour, une députation lyonnaise était admise au château des Tuileries , récemment envahi, dans la journée du 20 juin, par les citoyens déguenillés des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marc«au. Les royalistes lyonnais exprimaient, par l'organe de leurs envoyés, leurs vœux et leurs espérances. « Sire, disait leur adresse à Louis XVï, » des larmes de rage ont brûlé nos paupières, à T horrible nouvelle " des attentats du 20 juin , dont notre douleur autant que notre res- » pect pour Votre Majesté nous défend de lui retracer Timage, Nous » en vouons les exécrables auteurs à la rigueur des lois, à un oppro- « bre indélébile et à la colère des nations. Que votre bonté. Sire , dont » les méchants abusent, cesse d'enchaîner nos bras, et un peuple im- » mense vole aux pieds du trône pour en venger les outrages. Nous » adorons notre roi , tout notre sang est à lui. No'us l'avons juré, qu'il » dise un mot, un seul mot, et nous exécutons nos serments. Tels sont, » Sire, les sentiments de tous les citoyens lyonnais, à l'exception des » factieux dont le nombre est très-petit, et dont le sobriquet abhorré «^ ne souillera pas une page consacrée par le meilleur des rois. Nous » sommes avec idolâtrie et respect de Votre Majesté, Sire, les très- » humbles et dévoués sujets, et citoyens de la ville de Lyon. »
Ces paroles enthousiastes étaient l'inutile écho d'un sentiment généreux, rien ne pouvait désormais entraver la marche progressive de la révolution ; traînant à sa remorque la seconde ville de France, Paris se trouvait déjà à la veille du 10 août. Les Girondins, après avoir retenu l'insurrection pendant quelque temps, venaient de mettre les premiers en question la déchéance de Louis XVI. Le mensonge et |a calomnie volant de bouche en bouche , se glissaient dans tous les cœurs; Péthion présenlait à l'Assemblée législative une pétition des