CHAPITRE Yll
du danger. Louis XVI cherche en vain autour de lui sa brillante noblesse.... elle est presque toute passée à Tétranger. Quelques vieux militaires couii)és par l'âge , usés par les blessures et les fatigues de la guerre 9 quelques jeunes gentilshommes , plusieurs anciens gardes du corps, des Suisses dévoués et des grenadiers delà garde nationale, fidèles à leur serment, se groupent à ses côtés pour le défendre et mourir avec lui. Vains efforts ! inutile dévouement, l'insurrection est triomphante ! Un dernier coup de canon sanctionne la légitimité de la révolution, et Louis XVI est traîné prisonnier dans la tour du Temple, aux cris répétés de: A bas le tyran!
La nouvelle des événements survenus dans cette grande journée, en arrivant bientôt à Lyon, produisit deux effets contraires, sans amener les résultats prévus et espérés par les clubistes. La consternation et la joie se répandirent simultanément dans cette grande cité. Les modérés et les royalistes, justement alarmés de cette immense commotion qui venait en un jour de changer la forme organique du gouvernement de la France, appréhendèrent d'affreuses catastrophes ; les Jacobins, au contraire, enivrés par le succès, prévirent l'anéantissement de leurs ennemis. La commune de Lyon triomphante s'empressa de mettre à exécution l'arrêté qu'elle avait pris contre les étrangers qui avaient cru trouver à Lyon, sous la protection des lois, une sécurité que les autres ville^s de la France semblaient leur refuser. Ces personnes riches pour la plupart , et appartenant à des familles distinguées par leur mérite ou par leur naissance , devaient les premières servir d'holocaustes aux colères des conjurés. Pour bien connaître leur nombre, leurs noms et leurs qualités, le consdl général de la commune avait arrêté, le 12 août 1792, que tous les hôtels garnis et toutes les auberges , sans aucune exception , seraient immédiatement visités par des commissaires. Mais plusieurs membres de la municipalité, justement effrayés d'une proscription aussi générale et n'osant pas la combattre ouvertement, dans la crainte de se compromettre auprès de leurs collègues , résolurent de la faire échouer en agissant par des voies infaillibles, quoique détournées. Feignant de prendre aussitôt une attitude hostile envers les personnes qui n'avaient point élu leurs domiciles à Lyon, ils ordonnèrent à tous les étrangers qui se trouvaient dans cette ville sans y être retenus par des affaires de famille ou d'intérêt, de la quitter dans un délai de trois jours. Cet ordre eut un effet instantané; l'émigration devint même si prodigieuse
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que ces muuicipaux bien intentionnés craignirenjt que les conjurés ne songeassent à remplacer, sur leurs fatales listes, le nom des fugitifs par celui des citoyens de Lyon. Embarrassés, ne sachant plus comment apaiser la soif de sang de leui*s collègues , et forcés de choisir immédiatement entre deux dangers également manifestes , ils préférèrent, dans rétat des choses, le massacre des étrangers à celui de leurs compatriotes; ils publièrent donc un nouvel arrêté, qui, détruisant l'autre, nommait des commissaires pour examiner le motif du séjour des étrangers. Cette mesure hypocrite rassura complètement ceux qui n'avaient pu quitter encore la ville, et les victimes restèrent ainsi sous la dépendance de leurs bourreaux. Le conseil général de la commune désigna, quelques jours après, le château de Pierre-Scize pour recevoir le dépôt de ces malheureux. Voici les termes de cet arrêté : «Vu la nécessité de se servir du château de Pierre-Scize pour la détention de plusieurs citoyens , il a été arrêté que le conseil général de là commune procéderait demain à la nomination d'un concierge pour cette maison de détention. «>
Les royalistes étaient plongés dans le deuil; les prêtres insermentés, surtout, redoutaient la sentence que venait de rendre contre eux l'Assemblée législative. Cette nouvelle loi déclarait sujets à la déportation, tous ecclésiastiques, religieux et frères laïques qui ne prêteraient pas le serment à la Constitution. On adoucit pourtant la rigueur de ce décret en faveur des prêtres ou religieux sexagénaires , qui , par un privilège accordé à leur âge, devaient être mis en réclusion dans chaque chef-lieu de département; on laissait à la disposition du conseil départemental le soin de désigner les maisons de détention. Le même décret portait que les prêtres, les religieux ou frères laïques arrêtés dans l'intérieur de la France, après le délai fixé par l'Assemblée législative, sans avoir satisfait à la loi, seraient déportés surle champ à Cayenne.
Un grand nombre d'ecclésiastiques prirent aussitôt des passe-ports à la municipalité de Lyon , pour aller chercher à l'étranger la paix et la liberté de conscience, dont les privait la mère-patrie. Les officiers municipaux chargés de délivrer ces passe-ports, avaient le soin d'indiquer exactement les routes que les proscrits fugitifs devaient prendre pour se rendre en Savoie , seul pays où il leur fut permis de se réfugier. Us les désignaient, par une apostille convenue d'avance , aux révolutionnaires apostés sur les grandes routes et aux frontières,