CHAPITRE VII
pour les voler , les rançonner ou les massacrer. Les prêtres qui partirent avant le 6 septembre furent assez ^heureux pour arriver sans beaucoup de peine au terme de leur voyage; mais ceux qui cherchèrent à émîgrer après cette époque, se trouvèrent exposés à mille dangers, malgré la précaution qu'ils avaient eue de faire mettre leurs passe-ports en règle. Insultés, frappés, dépouillés des légères ressources qu'ils emportaient , ils arrivèrent à Chambéry dans un état affreux , la plupart dangereusement malades des suites des mauvais traitements qu'ils avaient essuyés.
Immédiatement après le 10 août, Chàlier, qui sollicitait à Paris sa réintégration, redoubla d'activité dans ses démarches. Il comparut, le 15, à la barre de l'Assemblée législative ; il représenta qu'il avait été destitué uniquement pour avoir déployé trop de sévérité dans ses fonctions d'administrateur de la police, et qu'appelé par ses concitoyens au tribunal de police, il ne voulait pas rentrer à Lyon couvert d'une flétrissure. Sur la proposition de l'abbé Fauchet , l'Assemblée non-seulement fit droit à la pétition de Chàlier, mais encore elle cassa le département et le district. Le député Lacombe-Saint-Michel et quelques autres conmiissaires, que l'Assemblée avait envoyés à Lyon après le 10 août, furent chargés de l'exécution de cette mesure. Les Jacobins de Lyon célébrèrent la chute des autorités qui les avaient combattus, par une indécente parodie des cérémonies funéraires , et sommèrent tous les habitants, au nom de la nation souveraine , d'illuminer, en réjouissance de cette mémorable et salutaire expulsion. Le 19 août, la municipalité vota une lettre de remerciement au conseil exécutif.
Chàlier fut alors plus que jamais l'idole des patriotes. Laussel , qui se trouvait à Paris, écrivait, le 28 août, au citoyen Billotet: » Je ne sais si vous avez reçu la lettre que j'avais remise à M. Chà- » lier ou s'il l'a égarée ; écrivez-moi à l'adresse et sous l'enveloppe » de M. Berthelet, huissier de l'Assemblée nationale. Beaucoup de » députés, et notamment ceux de Rh6ne-et-Loire', voulaient partir » pour aller travailler les élections; mais on leur a refusé des » passe-ports. Recommandez bien à vos électeurs de faire de bons X choix. Désignez -leur Chàlier, Allier, qui loge rue Royale, hôtel » de la Paix, au 3"% il ferait honneur à votre ville ; Siauve, curé » d'Ampuis; le curé de Saint-Bonnet-le-Troncy ; Bouttat, père, offi- » cier municipal de Villefranche; Preverand , chef de légion de la
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» môme ville; Anacharsis Clotz, dont je vous fais passer quelques
» écrits.
» Je n'ai pas le temps de vous donner de nouvelles : je vous di- V rai seulement que Taristocratie relève sa tête dans les sections; » mais un long et sourd roucoulement se fait entendre, et tout se » dispose à couper la tète aux Gargantuas et à faire une affaire gé- » nérale de tous les malveillants. Écrivez-moi combien on a coupé » de tètes à Lyon. Ce serait une infamie de laisser échapper sains » et saufs nos ennemis. Nos volontaires sont à Orléans depuis deux » ou trois jours pour expédier les prisonniers contre-révolutionnai- » res qu'on y traitait trop bien. Dites à Châlier que j'ai fait arrô- « ter rhomme chez la Lyonnaise, c'était un ci-devant grand -prévôt ,» de Grenoble; dites-lui encore que j'ai découvert Guillin l'échappé » là où il y a quelques-uns de nos gueux de Lyon. Au retour de » nos fédérés nous les expédierons, etc. , etc. »
En attendant le massacre projeté, on entretenait l'agitation populaire. Vers le milieu du mois d'août, le bruit fut répandu que les subsistances allaient manquer, et que les accaparements de blé réduiraient bientôt le peuple à la famine. A cette occasion, un maître d'école, Dodieu, fit paraître une circulaire, dont les conclusions furent adoptées avec enthousiasme par toute la populace de Lyon. « Citoyens et frères, disait-il, voilà un extrait de notre procès-verbal »» d'hier soir, contenant une mesure que nous vous invitons à mettre » en pratique; par ce moyen nous pourrons incessamment opérer le '> bien qu'exige le salut de notre cité. Nous arrêterons ensemble, si » vous le voulez, de mettre à exécution les lois nouvelles et les délibé- » rations utiles de la municipalité concernant les prêtres et réfugiés, » et après les avoir au moins désarmés, nous procéderons de suite à « la perquisition des farines et des grains accaparés pour les vendre au » profit même des accapareurs, mais au prix parisien, dans tous les » marchés, par commissaires pris un à un dans chaque section, et » autorisés à requérir la force publique et armée; puis nous taxerons » le pain dans une juste proportion. Cela fait, les tribunaux aristocray» tes et prévaricateurs sont ceux dont nous ferons justice^ nous nomu merons des commissaires pour les remplacer.
» Mais, pour toutes ces opérations, il faut, citoyens, que nous soyons » intimement unis : faites donc ce que nous ferons, pulvérisons Tam- » bition et le sordide intérêt, imitons la cité de Paris, et souvenons