‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 45 sur 217 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

» nous que si la vie d'un seul particulier peut sauver le général et lapa- » triCy nous avons droit de Vimmoler, Vivent à jamais les amis de la » liberté et de Tégalité I

» Signé DoDiEU, président de la section de la Juiverie, réunie en » assemblée primaire et permanente, et l'un de ses électeurs. « Ce 27 d'Auguste l'an IV de la liberté et \^ de l'égalité. » Directeurs absolus de la ville, affiranchis des corps administratifs qui leur en avaient disputé la possession, les Jacobins lyonnais se hâtèrent d'accomplir l'ordre de l'Assemblée législative, qui avait décrété la destruction de toutes les effigies royales en France. Ils dirigèrent leurs premiers coups, le 28 août , contre la statue équestre de Louis XIV, qui s'élevait au milieu de la place Bellecour, sur un magnifique piédestal en marbre de Carrare, entouré de bassins, dont les eaux jaillissantes entretenaient la Traicheur de plusieurs pièces de gazon. Vainement un citoyen, ami des arts, voulut faire l'acquisition de cette statue, pour la conserver dans son hôtel coDune une merveille ; vainement le maire Vitet lui-même fit tous ses efforts pour arracher au vandalisme armé du fatal marteau, un chef-d'œuvre de la statuaire; la loi du nivellement décrétée par l'Assemblée législative devait avoir son cours. Une populace immense inondait la place entière. Comme aux jours des exécutions criminelles, toutes les fenêtres, tous les balcons, les toits les plus élevés étaient garnis de curieux spectateurs. Le moment fatal approchant , plusieurs amis des beaux-arts unirent leurs voix à celle du maire Vitet pour persuader à la populace ameutée d'épargner la statue de Louis XIV, en se contentant de couronner le front du prince avec le bonnet de la liberté. Les factieux répondaient alors avec un son de voix menaçant, que l'ombre même des tyrans devait disparaître de la surface de la terre, cette ombre despotique pouvant étouffer à jamais les principes de liberté qui germaient au fond des cœurs: « Vous avez raison, citoyens, s'écria Vitet, essayant un dernier moyen pour, détourner en partie les coups inévitables des conjurés ; vous avez raison, mes amis, point de quartier pour le tyran, mais respect pour son cheval; la pauvre bête est innocente des crimes de l'homme, elle est d'ailleurs le plus bel ornement de votre ville, le voyageur qui passe la contemple dans le silence de ladmiration. —Non, non, point de quartier, » répondit le peuple; et sciant la barre de fer qui fixait les jambes du cheval , il attacha un câble au cou de la statue; le signal est donné, le câble résiste un instant aux efforts 1. 1 1

de la populace, mais bientôt il se brise entre ses mains; on revient à la charge, un câble plus fort remplace le premier. On s'anime du geste, on s'encourage de la voix, des cris de joie se font entendre, et le colosse d'airain roule brisé, le front tourné vers les façades de la Saône. Un historien du temps raconte que limage fière du héros, quoique gisante, semblait encore menacer du regard les vandales qui rinsultaient. Un honnête perruquier, nommé Denis, faillit périr ce jour-là, victime d'un jeu de mots que lui suggéra son indignation. La foule ivre de joie s'étant jetée sur la statue renversée pour mieux jouir de son triomphe, Denis s'écria : « Ce cheval n est déjà plus qu'une charogne, la vermine s'y attache. »

Un étranger, un peintre de Rome, nommé Casati, dévoué à la cause royaliste, fut indigné de ces excès, et voyant, dans le maire Louis Vitet, le chef suprême des révolutionnaires, il résolut d'en délivrer Lyon par un assassinat; dans une lettre confidentielle, il confia ses projets à l'abbé Lamourette, évêque et député de Lyon. Celui-ci répondit au fanatique italien « que la proposition qu'on lui faisait était criminelle, « qu'il ne pouvait entrer dans une conjuration dont la pensée première » était la mort d'un homme; prêtre d*un Dieu de paix, il ne pouvait » sans être coupable accorder son assentiment à une action contraire « aux commandements de Dieu. »

Voulant convaincre l'abbé Lamourette, Casati lui adressa une seconde lettre : « Je ne demande, écrivait-il, que six hommes français braves, » propres à mon dessein et qui n'auraient autre chose à faire qu'à » m'appuyer en cas de besoin. Chacun, ajoutait*il, n'aura d'autre » arme qu'une ^ée cachée sous son habit, et ne la tirera qu'après )» être entré dans la salle d'audience du maire : je courrai sur lui et > de deux coups je suis sûr de le laisser sur la place.... Je ne suis pas » du nombre des stupides qui ne voient pas, ou ne veulent pas voir • que, depuis l'époque du 20 juin dernier, il faut que le roi perde Pé- •> thion ou que Péthion perde le roi, et que par conséquent l'entreprise » en question devient chaque jour plus juste et plus nécessaire. Le » lendemain, reprenait Casati, sera employé à montrer de bonne heure » au public la tête du maire que je ferai magnifiquement placer à la ^ porte de son bureau, à Tendroit même où il faisait attacher le journal » La Sentinelle et autres écrits de cette nature.. Je vous engagerai alors » à décider le roi à se transporter dans cette ville dès que le calme y » paraîtra constant, et nous laisserons à la Providence le soin de con-

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