‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 46 sur 217 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

» (luire le reste, l'entreprise me paraissant de nature à mériter sa » faveur. Maintenant, examinons s'il est digne d'un évêque et d'un » député à rAssemblée nationale de tremper dans une conspiration où » il est question de la vie d'un ou de plusieurs hommes. Je dis que » l'homme de cœur a, dès qu'il le veut, l'occasion de mourir, mais que » l'occasion de mourir pour une belle cause ne se rencontre pas tous » les jours. S'il était question de tuer M. Vitet comme M. Vitet , je " dirais que l'entreprise ne me regarde pas et qu'il faut chercher un » assassin pour cela ; mais il est ici question d'abattre la tyrannie des •^ maires qui n'est pas fatale aux rois de France pour la première fois ; » et je pense que, comme autrefois, on ne peut les détruire que par une » voie violente : aux maux extrêmes, il faut des remèdes pareils. Et » quelle extrémité pouvons^nous voir plus monstrueuse que celle od » nous sommes, lorsqu'un maire de Paris, appuyé par un parti trop » puissant, tient en échec le pouvoir de l'Assemblée nationale, ren- » verse le trône de la plus belle et de la plus ancienne monarchie de » l'Europe?.... Le tout consiste dans l'instant de l'exécution et peut se » réduire à quelques pistolets de poche ou choses semblables qui ne » doivent pas arrêter sept hommes de cœur bien intentionnés.

» Maintenant un homme d'église se mêlera-t-il d'une action san- » glante? protégera-t-il une conspiration? Pourquoi non? Si l'on s'ar- " mait contre un pouvoir légitime, j'en trouverais la pensée détesta- » ble; mais il est question de conserver au souverain le royaume que •> ses ancêtres lui ont transmis , que la loi lui garantissait et que ses » peuples auraient dû lui maintenir. Il arrive que ses peuples, égarés » par les détestables principes dont Jean^lacques Rousseau est l'infâme » apôtre, renversent tout principe avoué, veulent voir dans les puis- » sances légitimes des tyrans, et, par un aveuglement inconcevable, « ne voient pas la tyrannie où elle blesse les yeux les moins clair- » voyants. Il vous appartient donc, Monsieur, et comme Français et » comme ecclésiastique, d'appuyer de tout votre pouvoir une entre- » prise qui tend à rendre son lustre à la religion, et à garantir la na- » tion du plus grand des crimes. L'innocence opprimée, la dignité » royale avilie, le crime et la révolte triomphants, tout engage un mi- '» nîstre des autels comme vous à favoriser le projet d'un étranger ' qui, depuis vingt-trois ans, aurait désiré d'être Français; mais qui, » depuis les scènes révoltantes qu'il est contraint de voir depuis qua- ^ tre ans, aime mieux et beaucoup mieux être de Rome. >

Effrayé par cette implacable volonté, et voulant prévenir un crime qu'il jugeait inutile, Lamourette dénonça Gasati, l'Italien, à la municipalité de Lyon, déroulant à ses yeux tous les fils qui pouvaient la mettre sur les traces du complot : Casati fut immédiatement arrêté et incarcéré. En sa qualité de chef du comité de surveillance, le municipal J.-F. Perret lui fit aussitôt subir un interrogatoire, le !•' septembre 1792. Calme , impassible devant le sort qui l'attendait; le conspirateur romain avoua tout, ne déplorant qu'une seule chose , ne manifestant qu'un seul regret, celui de n'avoir pu consommer l'action qu'il avait préméditée.

« Gomment, lui dit Perret, conunent avez- Vous pu combiner ainsi les moyens homicides qui devaient atteindre un de vos semblables? — Un de mes semblables ! répondit vivement Casati ; vous vous trompez. M. le maire de Lyon n'est pas un des miens> je le renie pour tel. ^ Comment, ajouta le municipal interrogateur, comment avez-vous pu concevoir l'idée- d'un pareil crime, d'un crime digne tout au plus de Ravaillac? — Comment pouvez-vous, répliqua fièrement Casati, comment osez-vous, monsieur, comparer Yitet à Henri lY ? » A la suite de cet interrogatoire, Casati fut reconduit en prison, où, au milieu des terribles événements qui suivirent, il eut le bonheur d'être oublié.

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