CHAPITRE VIII
SOMMAIRE : Journées des 2 et 3 septembre, à Paris. — Arrivée du Royal- Pologne. — Arrestation de neuf d'entr*eux. — Auto-da-fc civique.— Massacre des prisons. — Les assassins au théâtre. — Élections à la Convention nationale. — Classification morale des députés d*après leurs votes dans le procès de Louis XVI.
Le 10 août avait pu faire pressentir les journées des 2 et 3 septembre. Il était malheureusement logique qu'après avoir détrôné Louis XVI, !« peuple vainqueur exerçât ses vengeances contre les défenseurs de la couronne. A la nouvelle de la prise de Verdun, au moment où tous les hommes en état de porter les armes allaient marcher au-devant des Prussiens , le danger de la patrie , la crainte de laisser les ennemis intérieurs maîtres de la capitale , servirent de prétexte à d'afireuses exécutions. On sait dans quelles circonstances mille quatre-vingt neuf détenus furent égorgés dans les prisons de Paris, après un vain simulacre de jugement et de condamnation ; on connaît la lettre par laquelle les administrateurs de la commune de Paris invitaient tous les. départements à adopter un moyen nécessairede salut public. Les patriotes lyonnais ne tardèrent pas à répondre à cette sanglante provocation ; et Dodieu disait publiquement : « Si la vie de quelques particuliers peut sauver la patrie , nous avons droit de les immoler. *>
Vers la fin du mois d'août, le Royal-Pologne, régiment de cavalerie formé par le marquis de la Rochejacquelm, était arrivé à Lyon avec un ordre de séjour. Le plus grand nombre de ses officiers, appartenant à Tancienne aristocratie militaire, n'avaient point su déguiser leurs antipathies, leurs haines pour les réformes nouvelles ; quelques-uns mêmes avaient osé manifester publiquemenÉ leurs re-
grets pour l'ancien ordre de choses, et leurs intentions de rejoindre à la première occasion ceux d'entre les émigrés qui marchaient contre la France. Neuf d'entre eux furent bientôt arrêtés et renfermés sous Taccusation de trahison contre la France, dans la tour principale du château de Pierre-Scize. C'étaient messieurs Menoux, colonel ; Despérières, lieutenaût-colonel; Formanoire, capitaine; Vinay, capitaine; Forget, capitaine; Achard^ lieutenant; Barette, sous-lieutenant ; Millot et Gavot, sous-lieutenants.
Là, fiers et indomptés comme les jeunes mousquetaires de Tancien régime, ils contemplaient en pitié, du haut ide leur tour, les hommes et les choses de la révolution; ils souriaient avec dédain à rinexpérience des citoyens-soldats commis à leur garde ; ils ridiculisaient leurs tournures militaires , leur peu d'habitude du maniement des armes, les traitant de conscrits, de canuts, et leur conseillant de quitter au plus vite leurs fusils aux baïonnettes de fer, pour leurs navettes à la soie d'or. Quelquefois même ils poussèrent l'insulte et la raillerie jusqu'à jeter à la garde montante ou descendante les débris de leurs joyeux et somptueux festins. Ces actes inconsidérés, regardés d'abord par des hommes de conviction et de gravité comme le fait de jeunes étourdis, finirent par provoquer une irritation parmi le peuple, qui ne demandait pas mieux que de trouver un prétexte pour légitimer ses colères.
C'était le dimanche 9 septembre. La journée commença , au Champ-de-Mars , par un auto-da-fé de titres de noblesses, et des portraits des anciens échevins, enlevés aux salles de THôtel-de- Ville. La municipalité y parut, et fit prêter à la force armée, autour du bûcher civique , le serment de défendre l'égalité et la liberté. Les flammes venaient de s'éteindre , et les Lyonnais , dispersés dans les prairies des Brotteaux, commençaient à peine à se livrer sans réserve aux plaisirs accoutumés du dimanche, lorsqu'un assez grand nombre de Jacobins déterminés, maîtres pour ainsi dire de la ville, se précipitèrent sur le chemin qui conduit au château de Pierre-Scize; quelques hommes, des femmes et des enfants les suivent; un silence de mort règne sur leur passage. Une voix seule, la voix d'un chef à Tœil terne et sanglant, se fait entendre par intervalles comme le son lugubre du tamtam. « Le moment est arrivé, dit-elle, point de faiblesse; amis, soyons dignes de nos frères de Paris, refoulons dans nos cœurs tout scn-