‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 48 sur 217 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

liment de crainte et de pitié. Au nom de la patrie en danger^ point de quartier pour ses ennemis ; mort aux nobles et aux prêtres! » Une jeune fille, devinant à leurs regards leurs sinistres intentions, les devance ; elle court avertir le poste du Château-Fort qu'ils vont assiéger : une faible garde suffisait pour en défendre l'entrée ; elle se met aussitôt sous les armes. Pendant ce temps-là, les jeunes officiers reconnus innocents dès la veille , attendaient joyeusement, assis à table, Theure de la délivrance. Au bourdonnement confus qui se fait aux portes, ils croient qu'elle vient de sonner pour eux. Hélas 1 c était l'heure de la mort I Revenus bientôt de leur erreur, et devinant aux cris des Jacobins le sort qui les attend, ils cherchent vainement à leurs côtés leurs sabres de combat, pour mourir dignement en soldats de Royal-Pologne ; mais ils sont désarmés. Assaillis tout à coup par une troupe de forcenés, les citoyens de garde chargent leurs armes, et jurent de repousser au besoin la force par la force. Us supplient les factieux de se retirer, de laisser aux lois le cours naturel de la justice. Les Jacobins furieux répondent par de grands cris, et demandent qu'on leur livre à l'instant même les prisonniers; ils somment M. de Belle-Scize, ancien commandant, ex-prévôt des marchands et gouverneur alors du château, d'obtempérer à leurs ordres, le rendant responsable de tous les malheurs que son refbs peut occasionner. M. de Belle- Scize hésite; mais sa fille, jeune et belle personne de vingt-et-un ans, l'encourage et lui rappelle ses devoirs de soldat : « Mon père, lui dit^lle en se jetant au-devant de lui, vous ne livrerez pas ces malheureux jeunes gens. |£ntendez-vous ces cris? Ils viennent jusqu'à nous ; ce sont des cris de mort ; les bourreaux sont là-bas, impatients; ils attendent leurs victimes. Mon père, vous défendrez au péril de votre vie les officiers commis à votre garde, car vous en répondez devant la nation. » Les cris de mort redoublent; les conjurés se disposent à commencer l'attaque. M. de Belle-Scize hésite encore. « £h bien ! mon père, s'écrie sa lille avec exaltation en lui arrachant son épée ; eh bien ! ce sera moi qui les défendrai. »

Sur ces entrefaites, le maire arrive, suivi de trois ou quatre municipaux ; il était quatre heures. Les grenadiers de la garde nationale, inaccessibles aux menaces, et fermes à leur poste, contenaient au bout de leurs baïonnettes une foule frémissante, vociférant toujours : «Mort aux traîtres I à l'eau les émigrés! mort aux

officiers de Royal-Pologne ! « Vitet les renforce de plusieurs compagnies de chasseurs à pied, et confie la garde des portes de la ville, qui se trouvaient alors au bas du fort, au bataillon des femmes armées de piques Bottin.

Ces dispositions militaires en imposèrent un instant aux Jacobins ; mais changeant aussitôt leur plan d'attaque', ils représentent au maire que le séjour de ces officiers au château de Pierre-Scize est contraire à Tesprit de la loi, qui doit être égale pour tous. En conséquence, ils demandent au nom de cette loi que les prisonniers soient transférés immédiatement dans la prison commune. Vitet, se conformant à leurs désirs, somme à son tour le gouverneur commandant de lui livrer les officiers confiés à sa garde. Les portes s'ouvrent, et Vitet, s'avançant vers les prisonniers : « Ne craignez rien , messieurs, leur dit-il; vous êtes sous ma protection, je réponds de votre vie. Si Ton ose menacer vos jours, je vous couvrirai de mon écharpe. » Aussitôt après ces solennelles promesses, quatre malheureux officiers, frappés mortellement, tombent à ses pieds. L'un des royalistes détenus, M. de Gavot, s'élance du haut des murs dans un clos voisin et prend la fuite. M. Menoux, colonel du Royal-Pologne, se glisse entre deux matelas, où trois heures après il est découvert et égorgé. L'abbé Guillon assure qu'on lui scia le cou sur sa cravate, sans avoir voulu lui permettre de Tôter. Les trois autres, garantis par l'écharpe des magistrats, sont traînés vers la prison commune. Calmes et résignés, couverts du sang de leurs malheureux compagnons, ils déplorent d'être obligés de mourir ailleurs que sur un champ de bataille. « Qu avez-vous fait de nos frères, demandent-ils aux assassins qui les entourent? qu'avez-vous fait de nos frères? » Quelques citoyens réunis sur la place des Terreaux implorent en vain l'ordre de réprimer ces scènes de carnage, et les bourreaux s'avancent toujours, portant quatre têtes au bout de leurs piques ; ils s'animent par des chants sauvages à de nouveaux massacres; deux officiers tombent encore sous leurs coups, malgré l'écharpe municipale qui les couvre. Le seul qui reste est sur le point d'être sauvé, car il est en vue de l'Hôtel-de-VilIe ; mais tout à coup un homme du peuple s'écrie : « La prison n'est point faite pour recevoir un aristocrate, un émigré. C'est la^ mort qu'il mérite. " On arrache ce malheureux des mains des magistrats, et on l'immole à l'instant même sur le perron de l'Hôtel-de-Ville.

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