‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 55 sur 217 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

leur ouvrage, et quelques-uns d'entre eux songèrent à se défaire des détenus en provoquant une insurrection homicide. On annonça au peuple qu*on n'aurait de vivres que jusqu'au lendemain onze heures; on lui présenta les prisonniers comme des accapareurs qui avaient spéculé sur la famine, ou des contre-révolutionnaires stipendiés par rémigration. On choisit, pour exciter le peuple à une répétition du 9 septembre, le moment du passage des volontaires marseillais, qui retournaient dans leurs foyers après avoir renversé Louis XVI. lis furent accueillis à leur arrivée, vers le milieu d'octobre, par l'élite des Jacobins, précédés d'un nombreux corps de musique, et suivis de femmes vêtues de blanc, qui portaient à la main des branches de myrte et d'oranger. L'air retentit des cris de : « Vivent les sans-culottes I Vivent les vainqueurs du 10 août î Vivent les juges du 2 septembre !.. » Le bataillon marseillais fut conduit avec pompe au club central , où tous les révolutionnaires étaient rassemblés. L'homme désigné pour lés haranguer était Riard-Beauvernoîs, membre du comité des Trois- Cents , ci-devant noble, qui, par une apparence de patriotisme exagéré, cherchait à faire oublier ce qu'il appelait ses torts d'origine.

« Citoyens de Marseille, s'écria cet énergumène , libérateurs de la

République française nous avons le bonheur de vous posséder,

non-seulement dans nos murs, mais au milieu de nous, dans le

temple de la liberté et de l'égalité Que nous aurions besoin de

citoyens aussi vertueux et aussi courageux pour nous aider à dompter les ennemis immenses qui empoisonnent notre cité, et contrarient les opérations saintes que nous voudrions opérer pour le bien et la délivrance des maux que notre patrie souffre ! ^

« Citoyens de Marseille.... vous savez sans doute que depuis longtemps notre ville de Lyon ne s'est pas tout à fait rendue digne des moyens que devrait méditer un civisme réel; mais dites au moins dans vous-mêmes que si la ville de Ltjon est pestiférée, il y a des médecins qui s'efforcent à éteindre la contagion,,., \)\\jàs au moins, partout où vous passerez, que vous avez trouvé des amis de la constitution.... des amis Gdèles et sincères de la liberté et de l'égalité, qui sont sans cesse combattus par des égoïstes et des royalistes; que le nombre de ces derniers est si grand, que les patriotes méritent au moins des éloges.... puisque depuis quatre ans ils n'ont cessé de lutter, de combattre contre une immensité d'esclaves vendus aux despotes de toute espèce; que ces esclaves sont de riches négociants,

des robinocrates, des ci-devant nobles, des mauvais prêtres, des sansculottes même, qui ont oublié les droits de Thomme et de la nature,

par des dons mercenaires que leur ont offerts nos ennemis et

qu'ils ont eu la bassesse d'accepter.

» Nous avons encore à combattre des tribunaux injustes et barbares, que Ton peut mettre au nombre des brigands; de sorte 4u'il est permis à tous les membres qui composent la chicane, de tout faire tuer, massacrer, assassiner. Il suffit gu'ils soient membre/S de la chicane pour qu'ils soient absous par nos infâmes et iniques tribunaux. Ah! citoyens de Marseille^ quiconque veut être patriote dans notre ville, y est martyr; quiconque veut être éner: gique, y est persécuté. Et voilà pourtant comme vivent les ^amateurs de la liberté dans une grande cité! Dans une assemblée primaire , le patriote est moulu de coups ; lorsqu'il veut faire observer . les nouvelles lois, on lui crache à la figure, on le terrasse, on lui foule les pieds sur le ventre; est-il de service, on Tenvironnie de baïonnettes, on le traîne à la lanterne, on lui arrache le signe sacré dont la nation le décore, on lui fait subir tous les outrages que l'enfer- peut imaginer.

» Citoyens de Marseille, continue l'orateur, qui êtes ici présents,, je vous invite de semer votre courage et votre énergie dans le coBur de ces iimides Lyonnais pendant lé peu de temps que nous avons le plaisir de vous posséder. Ranimez-les; ce n'est pas tout que d'avoir montré du courage pendant les combats; puisque nous vous possédons, donnez-nous en passant cette noble énergie qui peut nous arracher de- la malheureuse position que la crainte nous impose,

» Les timides Lyonnais m'ont choisi pour être un de leurs chefs; inspirez-leur au moins en passant le courage que je me suis efforcé jusqu'à présent de leur montrer.

• Donnez-moi en passant, donnez- leur vos principes d'habitude qui vous ont rendus victorieux, afin qu'après d'aussi bons principes que les vôtres, nous puissions terrasser des ennemis dorés que nous n'osons presque pas regarder en face.

«J'espère, citoyens de Marseille, que cette tribune va être de suite occupée par un de vous, et que celui qui va y monter n'en descendra pas sans nous avoir ranimés du désir de surmonter nos

ennemis de savoir les combattre et les vaincre; et que vous

ferez faire serment à toute cette assemblée de cesser toute timidité

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